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Sidérurgie : Gandrange, Florange

Cette page est spécialement dediée à la fermeture partielle du site de la vallée de l’Orne occasionnant la supression de près de 600 postes et à toutes les polémiques suscitées par cette décision du géant mondial de l’acier Arcelor-Mittal, qui a semble t-il oublié ses racines et d’où il venait. Il est également question ici des engagements et des promesses non tenus par le président de la France, cet homme qui avait pourtant rallumé la flamme de l’espoir chez les sidérurgistes lorrains. Aujourd’hui, comme pour les restructurations militaires, la désillusion et la colère sont grandes en Lorraine…

Dépose du permis de recherche pour le projet Ulcos

Le projet ULCOS (Ultra-Low Carbon Dioxide Steelmaking) de captage-stockage de CO2 (CSC) sur une installation sidérurgique, en l’occurrence le site d’ArcelorMittal de Hayange-Florange, est entré dans une nouvelle phase. ArcelorMittal a en effet déposé sa demande de permis de recherche pour le stockage de CO2 en Lorraine auprès de la Dreal (ex-Drire). Une étape incontournable et indispensable pour permettre au numéro 1 mondial de l’acier d’engager enfin des investigations sur le terrain. Il s’agit concrètement de faire des essais afin d’obtenir en bout de course le permis d’exploiter et de stocker le CO2.

A noter que cette demande de permis de recherche couvre des portions de territoire dans la Meuse, la Meurthe-et-Moselle et la Moselle. La phase d’exploration, qui s’étendra sur la période 2011-2014, aura pour objectif de compléter l’analyse documentaire et permettra l’acquisition de données géologiques sur le terrain dans le but de confirmer que les zones potentielles envisagées sont bien aptes au stockage de CO2. Le tout pour une mise en place du procédé à Florange à partir de 2015-2016. Rappelons que l’objectif d’Ulcos est de réduire d’au moins 50 % les émissions de CO2 par rapport aux méthodes actuelles de production (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/12/10/pour-le-captage-du-co2-a-florange/).

Alors qu’une centaine de personnes travaillent sur ULCOS (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/05/29/les-ble-consultes-au-sujet-dulcos/), une vingtaine est d’ores et déjà mobilisée à Florange où les hauts fourneaux doivent encore faire l’objet, avant 2015, d’une réfection totale. 

Et si les mines rouvraient ?

La rentabilité de l’exploitation d’un minerai est « volatile », dans le sens où cette notion varie selon les époques. Ainsi, au début de l’exploitation industrielle, les moyens de transports étaient relativement peu développés, il fallait donc aller chercher du minerai au plus proche, peu importe la teneur en fer. L’essor des moyens de communications et la découverte au tournant des années 1960 de très grands et de très riches gisements de fer à ciel ouvert, rendant ainsi leur exploitation beaucoup plus aisée, au Brésil, en Mauritanie, en Australie ou encore au Canada, ont petit à petit tué la minette lorraine. Mais de nos jours la situation pourrait de nouveau s’inverser, dans la mesure où les principaux producteurs de minerai de fer ont augmenté leurs prix de 180 % depuis le mois de janvier 2010. Si l’augmentation continuait à ce rythme, il serait à nouveau rentable d’exploiter de la minette lorraine. Il faut dire que dans un autre domaine et selon le même modèle, il est bien aujourd’hui rentable d’exploiter les schistes bitumineux canadiens en raison du prix élevé du baril de pétrole. Avant les différents chocs pétroliers et les réévaluations successives de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), une telle situation était pourtant inimaginable.

En outre, il est communément admis par certains que l’importation de minerai de fer par avion serait moins onéreuse. C’est faux, compte-tenu du coût du transport aérien et des très faibles capacités de chargement d’un avion en comparaison du transport maritime. C’est pour cela que cette hypothèse n’a jamais vraiment été sérieusement envisagée.

Concernant l’importation des minerais « exotiques » décrits précédemment, l’usine d’Uckange a été la seule à en accepter très tôt et quasi exclusivement. Les autres complexes lorrains s’y sont néanmoins mis également, dès 1983 à Hayange par exemple.

Nous n’allons pas refaire l’histoire et résumer en quelques mots les raisons du déclin de la sidérurgie en Lorraine. Il faudrait d’ailleurs y consacrer un livre entier. Mais par l’observation de certains phénomènes, plusieurs facteurs peuvent néanmoins être évoqués, comme l’intérêt grandissant des industriels pour la sidérurgie sur l’eau, c’est-à-dire directement liée à une embouchure maritime pour être au plus près des bateaux amenant le minerai de contrées lointaines, comme du côté de l’étang de Berre ou du Havre par exemple, mais aussi la faillite de certaines sociétés, l’absence de véritable politique industrielle de la part de l’Etat français, l’abandon de la dynastie De Wendel, la désunion des syndicats … Tout cela a engendré un immense gâchis, sur le plan économique et social. Et cela continue encore du côté de Gandrange (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/04/06/gandrange-la-fin-de-toute-une-epoque/) et de Carling (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/10/16/limmense-gachis-de-la-cokerie-de-carling/). Quand on sait que nos voisins allemands ont réussi à conserver bien plus d’installations industrielles… Ils avaient en effet compris dès le milieu du XIXème siècle que la production devait être diversifiée et transformée sur place. Les Français firent exactement le contraire en Lorraine, plus ou moins volontairement. Sur les 100 000 sidérurgistes lorrains en 1960, on estime que moins de 10% travaillaient à la transformation de la matière première. Ce qui revient à dire que la sidérurgie lorraine était une sidérurgie de type coloniale, qui devait fournir des matières brutes.

Il est enfin possible que la question d’exploiter à nouveau la minette lorraine se pose à plus ou moins long terme, dans la mesure où il reste encore la moitié du stock. A l’heure actuelle, le fer est une matière première dont on ne peut pas se passer. La question deviendra encore plus évidente au moment où les autres gisements seront épuisés. Il faudra donc bien se tourner vers ceux qui peuvent encore être exploités. Mais est-ce vraiment d’ailleurs encore le cas en Lorraine ? Il paraît en effet impossible aujourd’hui de rouvrir de nombreuses mines lorraines puisque ces dernières ont été (trop tôt) ennoyées. Un retour en arrière, si possibilité il y a, est donc plus qu’improbable. D’ici là, la sidérurgie lorraine aura sans doute un tout autre visage (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/12/10/pour-le-captage-du-co2-a-florange/). Elle sera certainement entrée dans une ère post-carbone, avec des procédés qui permettent de fabriquer de l’acier sans charbon et en utilisant l’électricité. Mais la revanche lorraine pourrait bien venir désormais de l’eau de ces galeries (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/03/20/leau-ou-la-revanche-du-bassin-ferrifere-lorrain/)… 

Kiffer veut fermer l’usine de Rombas !

Le maire d’Amnéville-les-Thermes a dernièrement écrit à ArcelorMittal dans une lettre datée du 7 mai 2010, afin de demander ni plus ni moins la fermeture de l’usine d’agglomération de Rombas. Il se justifie en évoquant les « rejets de poussières et de gaz qui deviennent carrément insupportables […] et portent atteinte à l’image de marque du site touristique et thermal ».

usinerombas.jpg  

Le très sulfureux et controversé Jean Kiffer a donc décidé de rééditer le coup de Gandrange (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/04/06/gandrange-la-fin-de-toute-une-epoque/), dont il avait stigmatisé les poussières et la pollution générées par l’usine d’ArcelorMittal. Il faudrait franchement qu’il arrête ses conneries en ne pensant qu’à son complexe touristique, qui est certes indéniablement une réussite, mais ne constitue en aucune manière le centre du monde et de la Lorraine. Il y a d’autres sujets sur lesquels le maire pourrait exercer à plaisir et soulager son nombrilisme nihiliste. Comme par exemple la défense des intérêts de la Lorraine et des Lorrains.  La missive de Jean Kiffer a également provoqué l’indignation de la CCFE/CGC d’ArcelorMittal. Car pour cette dernière, « si on ferme l’agglomération de Rombas, on condamne les hauts fourneaux et l’aciérie ». 

L’usine d’agglomération de Rombas, où l’on transforme le minerai de fer pour l’utiliser ensuite dans les hauts fourneaux, afin de faire de la fonte avant de produire de l’acier, emploie plus de 80 personnes. Jean Kiffer serait donc près à condamner toute une filière et tous les emplois qui vont avec pour améliorer le cadre de sa manne financière. Comprenez qu’une telle volonté est tout bonnement odieuse et inadmissible, plus particulièrement en temps de crise. Déjà que dans une période de croissance, cela nous aurait paru indécent. On voit bien que certains ne vivent pas dans la misère et n’ont pas besoin de travailler pour survivre. Rappelons qu’ArcelorMittal va investir 6 millions d’euros pour remettre d’appoint le P6 cet été (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/12/13/les-hauts-fourneaux-lorrains-remis-dappoint/).  

De plus, si Mittal a maintenu la phase liquide cela prouve bien que l’acier lorrain est compétitif.  Enfin, n’oublions pas d’évoquer le projet phare d’ULCOS (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/12/10/pour-le-captage-du-co2-a-florange/) de captage stockage de CO2 (CSC) de Florange qui fera de cette unité le premier site pilote de CSC dans le monde. 

De la sidérurgie aux loisirs

Ville verte, Moyeuvre-Grande le sera encore davantage (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/06/20/la-revolution-verte-de-moyeuvre-grande/). Des travaux d’envergure ont en effet dernièrement débuté sur le site des friches industrielles proches de la cité Gargan, sur la rive droite du Conroy. Un site qui a successivement abrité les ateliers de l’usine de Moyeuvre et d’autres installations sidérurgiques jusqu’en 1969, puis des activités diverses et enfin une casse automobile. Après que la dépollution ait été terminée, la démolition des bâtiments a été effectuée, en conservant toutefois des vestiges, comme des arches d’un atelier central, mais aussi une citerne rivetée datant de la fin du XIXème siècle, afin de rappeler l’épopée de la sidérurgie. Pour un montant de 500 000 euros, le site deviendra un véritable lieu de loisirs, avec des chemins de promenade, des plantations d’arbres et de fleurs, des prairies, des aires de jeux pour les enfants et même des sculptures. Un sentier sera en outre réalisé le long de la rive droite du Conroy. Une reconversion en jardin, à l’image de la Lorraine, désormais et de plus en plus tournée vers le tourisme et les activités de loisirs. 




32 Commentaires pour “Sidérurgie : Gandrange, Florange”


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  1. bloggerslorrainsengages écrit:

    2 ans après les promesses de Nicolas Sarkozy et 30 ans après celles de François Mitterrand, la Lorraine attend toujours sa reconversion et son renouveau.

    A Gandrange, le péché originel de Sacilor a été le rôle de poubelle sociale que la société a assumé depuis 1969. Cette aciérie bâtie pour fonctionner avec 2 300 personnes en a eu plus de 5 000. Tous les virages technologiques ont été manqués. Toute la vallée, hormis Amnéville-les-Thermes qui a pris une direction différente (tourisme), a été sacrifiée. Il apparaît avec le recul que la Lorraine a été traitée comme une colonie.

  2. bloggerslorrainsengages écrit:

    La Lorraine symbolise une fois de plus la faillite de la politique industrielle française. La sidérurgie lorraine souffre d’un sous investissement d’environ 30 % depuis les années 1970 par rapport à la moyenne de la sidérurgie européenne. Elle a perdu depuis 2002 plus de 42 000 postes, soit plus de 25 % des emplois industriels locaux. Si la situation d’arrêt des installations des usines à Chaud et de la filière Packaging devait se prolonger au-delà du premier semestre, cela entraînerait la mise en œuvre d’un plan de suppression de fabrications et de milliers d’emplois direct et indirect.

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