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» Catégorie : Langues régionales


Parler Lorrain : Attends-voir !

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Le Lorrain aurait plutôt tendance à mettre le verbe « voir » à toutes les sauces. Passe encore qu’il s’exclame à tout bout de champ : « Regarde-voir ! », jusque-là, tout est logique ! Mais l’on comprend moins qu’il ordonne « Ecoute-voir ! » car il est plutôt malaisé d’observer avec les oreilles ! Et encore moins « Goûte-voir ! » car il n’est pas évident de contempler avec la langue ! Ne parlons même pas de « Sens-voir ! » : comment voulez vous observer avec le nez ? Passons sur les « Essaie-voir ! », « Attends-voir ! », « Amène-voir ! », « Passe-moi voir ! », et toutes ces formulations insolites qui tendraient à nous faire croire que les yeux sont propices à tous les usages, à condition bien sûr de les avoir en face des trous !

En réalité, il s’agit là d’un total contresens sur la signification du verbe « voir ». Et d’ailleurs, il ne s’agit pas d’un verbe mais d’un adverbe. Nous avons ici affaire au « voire » de l’ancien français, dérivé du latin « vera », pluriel de « verus », signifiant « bien » ou « vrai », que l’on retrouve aujourd’hui dans l’expression adverbiale « voire même ». En ce qui nous concerne, « Regarde-voir ! » ne signifie donc pas : « Regarde pour voir ! » mais « Regarde bien ! ». Ceci posé, tout est logique : dans les injonctions  « Ecoute-voir ! », « Goûte-voir ! », « Sens-voir ! » de même que « Attends-voir ! « Essaie-voir ! » ou « Amène-voir ! », « voir » n’est qu’une simple forme d’insistance destinée à attirer l’attention d’une personne sur un acte à accomplir.

Par ailleurs, cet adverbe joue aussi un double rôle qui explique sa durable popularité. D’une part, il s’agit d’un mot qui prend la forme d’une ponctuation émotive identique à celle d’un point d’exclamation. D’autre part, il s’agit d’une atténuation de l’injonction. Là où les expressions « Attends ! » ou « Essaie ! » pourraient paraître brutales et contrevenir aux règles les plus élémentaires de la courtoisie, le petit mot « voir » introduit opportunément une once de politesse et de délicatesse. Le même résultat sémantique est d’ailleurs obtenu par l’euphémisme « un peu » dans « Attends un peu ! » ou « Essaie un peu ! ».

Rien d’étonnant donc qu’il trouve des équivalents et remplisse la même fonction dans des langues voisines. L’allemand utilisera « mal » (une fois), abréviation de « einmal », par exemple dans « Guck mal » signifiant justement « Regarde-voir ! » et notre cousin belge obtiendra le même résultat avec « Regarde une fois ! ». Ce qui pose un autre problème. En effet, si votre ami belge vous propose cordialement de « venir boire une bière une fois », n’escomptez pas vous en tirer à moins d’une bonne vingtaine de belles « chopes » !

Le célèbre « voir » n’est donc pas une nouvelle ineptie dans le Parler Lorrain, il témoigne une fois de plus du sens du travail bien fait et du grand savoir vivre des Lorrains !

Jean-Paul BOSMAHER, professeur de lettres à la retraite et écrivain pour le Groupe BLE Lorraine.

M. BOSMAHER est l’auteur de plusieurs ouvrages de références sur la Lorraine, dont notamment le Parler Lorrain paru en 2014 aux Editions du Quotidien.

Des tournures du Parler Lorrain : « Tu veux le journal pour toi lire ? »

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Dans le domaine linguistique, on aurait tendance à supposer que les emprunts appartiennent toujours au domaine lexical. C’est une erreur : de nombreux emprunts appartiennent au domaine syntaxique. En ce qui nous concerne, de nombreuses tournures de Parler Lorrain sont en effet directement empruntées à la syntaxe germanique.

Ainsi le très lorrain « attendre après », qui se substitue au simple « attendre » du français courant, est un emprunt direct au « warten auf » allemand. Illustration à la campagne :

− La Marie : Le camion du boulanger est passé ? Je ne l’ai pas entendu corner ?

− La Paulette : T’es complètement beulou ou quoi ? Tu ne vois pas que j’attends après ?

Autre exemple très fréquent qui se retrouve notamment en Moselle, où l’on ne dit pas « il y a dix ans » mais « il y a dix ans en arrière ». Il s’agit d’une reprise du « zehn Jahren zurück » allemand. Illustration :

− La Paulette : C’est quand même étonnant que le boulanger fasse sa tournée des villages avec un 4X4 qui a un pare-choc pour chasser les éléphants ?

− La Marie : Surtout qu’il y a dix ans en arrière, il la faisait avec un combi Volkswagen qui remontait à l’époque où il jouait au gugusse déguisé en hippie !

Troisième exemple : l’emploi du pronom personnel à la forme forte accompagné du verbe à l’infinitif en fin de phrase, tels que  « moi picoler », « nous manger », « toi beugner », qui sont repris du « um … zu », suivi de l’infinitif, germanique. Illustration :

− Le Jojo : J’ai la pépie : je boirai la mer et les poissons ! Allez, la Marie, apporte-moi voir la topette de mirabelle pour moi picoler !

− La Marie (qui vient juste d’adhérer au MLF) : On n’a pas le temps, sacré tauré ! Je viens juste de préparer des patates en brôlotte pour nous manger ! Mais t’auras pas de pain : je viens de queuter le boulanger ! Et arrête de faire le peut ou je vais chercher la grande pêlotte pour toi beugner !

La Paulette, la Marie et le Jojo sont des personnages hautement imaginaires, quoique tout particulièrement bien imités. Je ne voudrais froisser aucun Lorrain en particulier !

Jean-Paul BOSMAHER, professeur de lettres à la retraite et écrivain pour le Groupe BLE Lorraine.

M. BOSMAHER est l’auteur de plusieurs ouvrages de références sur la Lorraine, dont notamment le Parler Lorrain paru en 2014 aux Editions du Quotidien.

L’article défini dans le Parler Lorrain

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L’une des caractéristiques emblématiques du Parler Lorrain est de faire souvent précéder le nom ou le prénom par l’article défini. Ainsi, on ne doit pas dire « Bosmaher » mais « le Bosmaher », « Riboulet » mais « le Riboulet », « Goeuriot » mais « le Goeuriot ». De même pour « le François », « le Nicolas », « le Jean-Paul », « l’Aurélie », « la Nadège », « la Marie », etc.

Mais d’où provient cette particularité pittoresque ?

Chacun sait que lorsque l’occupé adopte la langue de l’occupant, il la transforme pour l’adapter à la sienne. Ainsi, le français possède un article défini alors que le latin n’en possédait pas. En latin, la fonction des mots était indiquée par sa déclinaison et non par sa position dans la phrase comme en français. Cependant, l’article défini « le », « la » est bien d’origine latine. Il dérive du « ille » et du « illa » latins qui ne jouaient pas le rôle d’articles mais d’adjectifs ou de pronoms démonstratifs ayant pour fonction de désigner une personne ou de rappeler une personne dont on venait de parler. Lors de l’évolution linguistique, le roman a réduit « ille » et « illa » à « le » et « la » et leur a fait perdre leur valeur de démonstratif pour les transformer en simples articles.

Une question cependant : pourquoi la langue française n’a-t-elle pas généralisé l’usage de cet article devant les noms et les prénoms comme le fit si ingénieusement le Lorrain ? Il en découle tout naturellement que le Parler Lorrain est beaucoup plus logique et beaucoup plus rationnel, donc mille fois supérieur, au français courant. Ce dont les Lorrains n’ont jamais douté !

Une seconde interprétation abonde dans ce sens. En latin, « ille » ou « illa » pouvaient posséder une valeur de majesté. C’est-à-dire qu’ils connotaient la grandeur d’un personnage. La distance spatiale exprimée par le démonstratif était alors remplacée par une distance morale ou sociale. Ainsi « Bosmaher ille » ne signifie pas « ce Bosmaher » mais « ce fameux Bosmaher ». Il en découle tout naturellement que si le Lorrain fait précéder le nom ou le prénom des autres Lorrains de « le » ou « la », loin d’être signe de patois régional, de basse rusticité, ou de triviale familiarité, c’est tout simplement pour laisser entendre que toutes les Lorraines et tous les Lorrains sont gens de très haute qualité ! Ce dont les Lorrains n’ont jamais douté !

Jean-Paul BOSMAHER, professeur de lettres à la retraite et écrivain pour le Groupe BLE Lorraine.

M. BOSMAHER est l’auteur de plusieurs ouvrages de références sur la Lorraine, dont notamment le Parler Lorrain paru en 2014 aux Editions du Quotidien.

Le sénat dit non à la ratification de la Charte européenne des langues régionales

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Le sénat à majorité de droite a enterré mardi, à quelques semaines des élections régionales des 6 et 13 décembre, le projet de loi de ratification de la Charte européenne des langues régionales. Ce rejet compromet l’organisation d’un congrès pour l’adoption de cette réforme constitutionnelle. Il décrédibilise une fois de plus la France sur la scène internationale. Il constitue par ailleurs une véritable injure à celles et ceux pour qui ces langues sont une part d’eux-mêmes.

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Manifestation en faveur des langues régionales de Lorraine à Metz (Crédits photo : Groupe BLE Lorraine)

La Charte européenne des langues régionales engage les Etats signataires à reconnaître les langues régionales et minoritaires en tant qu’expression de la richesse culturelle. Elle a été signée par la France en 1999. Sa ratification avait été promise par François Hollande durant sa campagne présidentielle en 2012.

Rappelons que pour être adoptée, une telle réforme constitutionnelle nécessite une majorité des trois cinquièmes des députés et des sénateurs réunis en congrès au château de Versailles après avoir été adoptée par les deux chambres.

Les langues régionales de Lorraine mobilisent à Metz

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Près de 200 personnes se sont rassemblées dans une ambiance bonne enfant samedi après-midi devant la préfecture de région à Metz, afin de défendre et de promouvoir les langues de Lorraine. Les manifestants arboraient des drapeaux lorrains et des chasubles Mir schwätzen PlattDes membres et des dirigeants du Parti Lorrain étaient présents.Des rassemblements similaires ont eu lieu un peu partout en France.

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Drapeaux lorrains, chasubles en Platt et ambiance bonne enfant étaient au rendez-vous à Metz (Crédits photo : Groupe BLE Lorraine) 

Rappelons que le Groupe BLE Lorraine attend que la France ratifie enfin la Charte européenne des langues régionales comme elle s’y est engagée. Nous exigeons également que les langues de Lorraine, en particulier le Lothringer Platt (Franciques Luxembourgeois, Mosellan et Rhénan) et le Vosgien, ne soient plus les parents pauvres des langues régionales en France. Celles-ci bénéficient en effet de moyens autrement plus conséquents que nos langues. Le Groupe BLE Lorraine demande enfin qu’un enseignement bilingue à parité horaire (français / Lothringer Platt) soit mis en place dans les écoles de Moselle germanophone.

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Manifestation pour la défense et la promotion des langues régionales de Lorraine

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Une manifestation en faveur des langues régionales de Lorraine est organisée ce samedi 24 octobre 2015 à 15 heures devant la préfecture de région à Metz, près de la Place de la Comédie.

Des rassemblements similaires auront lieu dans d’autres régions de France. Près de 24 000 personnes sont par exemple attendues à Montpellier.

Le Groupe BLE Lorraine attend que la France ratifie enfin la Charte européenne des langues régionales comme elle s’y est engagée. Nous exigeons également que les langues de Lorraine, en particulier le Lothringer Platt (Franciques Luxembourgeois, Mosellan et Rhénan) et le Vosgien, ne soient plus les parents pauvres des langues régionales en France. Celles-ci bénéficient en effet de moyens autrement plus conséquents que nos langues. Le Groupe BLE Lorraine demande enfin qu’un enseignement bilingue à parité horaire (français / Lothringer Platt) soit mis en place dans les écoles de Moselle germanophone.                                                                                                             

Un verre de l’amitié sera proposé aux manifestants. Les cent premiers arrivés se verront également offrir un polo à manches longues avec l’inscription « Mir redden Platt » (Je parle le Platt) par les organisateurs.

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Näkscht Samschdach, 24 Oktober 15 U vor der Préfectur én Metz (beim Théâter), laden ma Eich énn „Platt schwätzer » oda nét. Kommen manifestieren fo dass der Staat de Charte fo de Régionalsprochen  énnerschreiwt. 

En ganz Frankreich manifestieren de Leit, zum Beispill én Montpellier sénn ze 24 000.

Dia ach, kommen on opfern zwei Stonnen fo de Platt.

En klän Empfang éss gesorscht.

Une saprée raousse !

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« Dégage d’ici, espèce de tauré, ou je m’en vas te coller une saprée raousse ! ». C’est ce que hurlait toujours le voisin de mes parents lorsqu’il m’avait surpris la nuit tombée dans son jardin en train de butiner à quatre pattes toute sa récolte de framboises et de fraises. Mais d’où vient donc le mot raousse ?

Dans ma dernière production, je vous ai rappelé que le Parler Lorrain avait essentiellement une origine romane puisqu’il était issu du latin. Cependant, la caractéristique de notre région est que l’influence linguistique y est double puisqu’elle est aussi germanique. Et pas seulement en Moselle.

C’est peut-être le cas du mot raousse ou raouste ou rouste, que d’autres font dériver du latin rustum pour ronce, afin d’évoquer une « volée de bois vert ». Les occupations d’un territoire par un peuple étranger marquent toujours durablement le pays occupé. Notamment lorsque les occupants sont des Teutons, gens réputés pour leur sens de la discipline et leur hospitalité guerrière. Ainsi, en 1870-1871, 1914 ou 1939, de nombreux Français se sont fait expédier manu militari de leur logis par un tonitruant « heraus ! ». En d’autres termes : « dehors ! ». Le ton de l’invitation était si péremptoire et la mine de la soldatesque tudesque si patibulaire que non seulement les braves Français sont sortis sans tambour ni trompette de leur pénates, mais qu’ils ont associé du même coup l’expression « heraus ! » à une menace de violentes rétorsions en cas de rébellion. Heraus est donc devenu synonyme de schlague, de taugnée, de tripatouillée, de torgnole, de raclée, de correction, de bastonnade, de baston, sens qu’il a ensuite conservé en Lorraine. Voilà pour la dimension sémantique du mot. Attachons nous maintenant à sa dimension phonétique.

Chacun sait que l’occupé déforme la langue de l’occupant pour l’accommoder à la sienne : ainsi le « t » de raouste, présent dans rustum, est absent de heraus. Ce que l’on sait moins, c’est que l’occupant, généralement d’origine populaire, déforme aussi sa langue natale. Ainsi, heraus appartient bien à l’allemand classique, le « Urdeutsch », mais sa prononciation n’a pas été très académique. En effet, d’une part, le « Urdeutsch » accentue la seconde syllabe des mots, sans toutefois supprimer la première (HerAUS), d’autre part, il prononce « au », « ao » et non pas « aou » (HerAOS). L’ordre de notre soldat qui aurait dû être en germanique classique « HerAOS ! » a donc été en germanique populaire « RAOUSSE ». Et c’est très exactement le terme qu’ont ensuite adopté les Lorrains. Pourquoi ? Pour une fois, ils ont été tellement impressionnés qu’ils n’ont pas pu résister !

Jean-Paul BOSMAHER, professeur de lettres à la retraite et écrivain pour le Groupe BLE Lorraine.

M. BOSMAHER est l’auteur de plusieurs ouvrages de références sur la Lorraine, dont notamment le Parler Lorrain paru en 2014 aux Editions du Quotidien.

Le Petit Nicolas traduit et édité en Vosgien

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Après la traduction de Tintin et l’affaire Tournesol en 2008, vendu à 5 000 exemplaires, trois associations de sauvegarde et de promotion du Vosgien, à savoir les seniors du Priolet à Xertigny, Lâ Patoisant dâ Tro R’Vères au Val d’Ajol et La Voye à Fresse-sur-Moselle, ont traduit et fait éditer six histoires tirées de La rentrée du Petit Nicolas. Elles ont été rassemblées dans un ouvrage bilingue couleur vert sapin de 144 pages.

Petit Nicolas Vosgien

L’œuvre de Goscinny et de Sempé avait déjà été traduite en Picard, en Breton, en Corse et en Créole. Sa version en Vosgien a depuis été inscrite au catalogue d’IMAV Editions dans la collection « Langues de France ». Chacune des trois associations vosgiennes a traduit deux histoires. Elles ne pouvaient en effet pas travailler ensemble sur une même histoire parce le Vosgien possède quelques variantes. Par exemple, d’une vallée à l’autre, le mot « soulier » se dit solè, seula ou sola. La traduction de l’ouvrage a été d’autant plus difficile qu’il existe que très peu d’écrits en Vosgien, en dehors de quelques dictionnaires et livres de grammaire parus au XIXème siècle. Il faut dire qu’à l’instar d’autres langues régionales de Lorraine, il y a un siècle, un enfant qui parlait Vosgien à l’école était puni par ses maîtres au nom de la république française. L’élève était alors humilié debout au milieu de la classe avec ses sabots autour du cou.

On recense aujourd’hui à peine quelques centaines de patoisants vosgiens, la plupart regroupés dans des associations de sauvegarde. A noter qu’un nouveau dictionnaire Vosgien-Français est en projet pour 2016.

En attendant, Lé p’tit Colâs en vosgien est édité par IMAV Editions. Les commandes peuvent être passées sur le site internet www.girmont.org. Les 650 premiers exemplaires sont numérotés et disponibles dès à présent. La vente en librairie débutera le 6 décembre 2015 pour la Saint-Nicolas.

« Mon Dieu don, qu’il est peut ! »

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C’est ce que s’exclamait ma grand-mère lorsque je n’étais pas passé « au » coiffeur depuis deux mois ou que j’avais le visage tout « marmousé » pour m’être goinfré de tout le contenu du pot de confiture de mûres. Et, ensuite, comme je faisais inévitablement ma tête de cochon, elle récidivait en clamant les mains sur les hanches : « Et maintenant, arrête-voir un peu de faire le peut ! »

C’est que le mot « peut » était en patois lorrain synonyme de sale, de repoussant, de répugnant, de vilain, de désagréable.

Or, là comme souvent en parler lorrain, le terme provient du latin. En l’occurrence de l’adjectif putidus qui recouvre les mêmes connotations péjoratives. Si le sens s’est conservé, le mot a évolué en suivant les règles de la phonétique historique selon laquelle tous les mots latins perdent leur finale : putidus » a donné peut.

Les plus délurés n’auront pas été sans remarquer que le « peut » de ma grand-mère est fort proche de la « pute » omniprésente dans la bouche de nos (jeunes) sauvageons mal éduqués. C’est qu’ils ont la même origine. Dès les temps les plus reculés, et sans doute sous l’influence de la morale chrétienne, la péripatéticienne grecque est devenue une « peute », une « pute », c’est-à-dire une femme laide, repoussante et peu fréquentable. Quand au doublon « putain », il s’explique par la persistance en ancien-français de deux cas de la déclinaison latine : le cas sujet et le cas régime. C’est pourquoi l’évêque Cauchon contemplant Jeanne d’Arc en flammes sur son bûcher a fort bien pu déclarer : « Cette pute (cas sujet) a enfin fini de nous embistrouiller ! » ou « Nous voilà enfin débarrassés de cette putain (cas régime) ! ».

Que la « pute » en question fût une sainte témoigne de la justesse toute relative des croyances et des coutumes !

Jean-Paul BOSMAHER, professeur de lettres à la retraite et écrivain pour le Groupe BLE Lorraine.

M. BOSMAHER est l’auteur de plusieurs ouvrages de références sur la Lorraine, dont notamment le Parler Lorrain paru en 2014 aux Editions du Quotidien.