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Légendes et traditions de Lorraine (Archives 1)

Vous trouverez sur cette page tous les articles se rapportant aux légendes, aux contes, aux vieilles histoires et aux traditions de Lorraine. Une Lorraine mystérieuse et envoûtante comme vous ne l’avez jamais vue … 

Autour des feux de la Saint-Jean en Lorraine

La Saint Jean-Baptiste est certainement l’une des fêtes les plus curieuses du calendrier lorrain. Car elle revêt, dans nos contrées, une ferveur toute particulière. Un étonnant résidu de paganisme, à peine teinté de religion …

Située, comme par magie, à proximité du jour le plus long de l’année, la Saint Jean-Baptiste, que l’on se contente souvent d’appeler Saint Jean, voire Saint Jean d’été, est l’occasion d’allumer, dans toute la Lorraine, d’immenses brasiers que la culture populaire désigne encore sous le nom patois de « bûles ». La tradition est d’ailleurs bien ancrée. On la trouve mentionnée dès le XVIème siècle et elle continue d’être populaire auprès des communautés villageoises, depuis l’Argonne jusqu’aux Vosges. Mais au fait, d’où vient cette tradition ? Et pourquoi, à Sierck-les-Bains et dans quelques lieux des Vosges, les gens ne font-ils pas comme tout le monde ?

Feux Saint-Jean roue enflammée Contz-lès-Bains

Roue enflammée lançée depuis le sommet du Stromberg à Contz-lès-Bains pour la Fête de la Saint-Jean (Crédits photo : Thomgege)

Comprendre les origines des feux de la Saint-Jean, c’est remonter, en quelque sorte, au plus profond de nos origines. Bien avant la naissance du Christ, les Celtes avaient déjà coutume de célébrer le solstice d’été en allumant de grands feux. Ces immenses brasiers, qu’ils dédiaient aux dieux de la lumière et de la fertilité, étaient censés illuminer la nuit la plus courte de l’année. Certaines sources affirment qu’une fois que le bûcher était consumé, on le divisait en deux tas de braises entre lesquels on faisait défiler le troupeau de la communauté. Ce rite, païen par excellence, était censé protéger les animaux. Il semblerait qu’il ait été pratiqué en Lorraine jusqu’à des périodes relativement récentes.

Autrefois appelée « Litha », la fête du solstice, que la tradition germano-scandinave continue de désigner sous le nom de « Midsommar » (littéralement, « milieu de l’été ») était considérée comme l’apothéose du règne de la nature. D’après Bède le Vénérable, auteur médiéval d’un ouvrage intitulé De temporum ratione, cette fête était propice à l’amour, à la guérison et à la protection.

Avec ses bûchers, ses danses et ses rites païens, la fête du solstice s’est très vite attirée la méfiance de l’Eglise. Dès les premiers siècles du christianisme, prêtres et évêques tentèrent de faire interdire l’ensemble des cultes en rapport avec le Soleil et le cycle des saisons. En vain, car les peuples paysans (à noter d’ailleurs que « paganus », en latin, signifie aussi bien paysan que païen) continuèrent de célébrer, à leur manière, le jour le plus long de l’année …

Face à ce constat d’échec, l’Eglise s’appliqua alors à christianiser la fête, en choisissant de célébrer, chaque 24 juin, la Saint Jean-Baptiste. Le choix n’est pas anodin. Jean-Baptiste était le cousin du Christ. C’est lui qui l’aurait baptisé, dans les eaux du Jourdain, et l’aurait désigné comme étant l’incarnation de Dieu sur Terre. Emprisonné, il fut finalement décapité sur les ordres du roi Hérode, afin de satisfaire Salomé qui, en récompense d’une danse qu’elle venait d’exécuter devant le monarque, avait précisément demandé la tête de Jean-Baptiste …

En tant que cousin du Christ et dernier prophète à avoir annoncé sa venue, Jean-Baptiste occupe une place de choix dans la tradition catholique. Il est celui qui a baptisé Jésus, celui qui l’a annoncé et établi dans son ministère. Pour toutes ces raisons, on a choisi de le fêter à une date symbolique, étonnamment placé aux antipodes de Noël, qui, est-il besoin de le rappeler, célèbre la naissance du Christ. L’Eglise médiévale pensait alors que le charisme et la personnalité de Jean-Baptiste suffiraient à effacer, peu à peu, les vieux rites païens. Il n’en fut rien.

Car les bûles de la Saint-Jean continuent de flamber, chaque 24 juin, dans toutes les contrées d’Occident. En Lorraine notamment, elles font l’objet d’une incroyable popularité, peut-être parce qu’elles sont aussi l’occasion de réunir le village, la famille. Même à Metz, on dressait autrefois un imposant bûcher, sur la place de l’Esplanade. Les jeunes gens avaient l’habitude de s’y retrouver et d’y danser toute la nuit. Et d’y brûler quelques chats !

Cette tradition, qui remonterait au Moyen-âge, trouverait son explication dans le fait qu’en 1344, la ville, qui aurait été frappée d’une épidémie choréique, aurait éloigné le mal en sacrifiant des chats, animaux réputés pour incarner le diable. Depuis, les Messins enfermaient, chaque 24 juin, une demi-douzaine de chats dans une cage. Laquelle cage était suspendue au-dessus de la bûle. La coutume fut abolie, visiblement, qu’en 1773, à la faveur de Madame d’Armentières, femme du gouverneur militaire qui jugeait cette pratique barbare et révolue …

On le voit, les Lorrains d’autrefois associaient à la Saint-Jean de nombreuses superstitions. Dans certaines vallées vosgiennes par exemple, on avait coutume d’orner, chaque 24 juin, la plus belle vache du troupeau de tout un tas de rubans colorés. A Lunéville, on disait que si l’on ne chantait pas à la messe de la Saint-Jean, on risquait de voir quelques fées apparaître … En Meuse et dans quelques coins de Moselle, on recommandait, pour se prémunir du mauvais sort, de cueillir, pendant la nuit de la Saint-Jean, quelques herbes spéciales et de les placer sous son lit … A Saint-Dié, on avait coutume d’organiser une sorte de bal populaire, destiné à la jeunesse. Certaines façades de maisons étaient, pour l’occasion, ornées de guirlandes de fleurs et de rubans.

Mais la tradition la plus vivace consiste à allumer, autour du 24 juin d’immenses feux de joie autour desquels chacun vient faire la fête. Appelé « fackel » en Alsace, « chavande » dans les Vosges et le Sud Lorrain ou encore « bûle » en Lorraine du Nord, ces feux sont également censés permettre de brûler tous les mauvais souvenir de l’année. Symboliquement, chacun y jette ses soucis, ses regrets, ses peines et ses malheurs. Et l’on repart à zéro. Effaçant ainsi les tracas de toute une année. Il est des communes qui jouent sur ce symbole, en plaçant au sommet du bûcher une sorcière remplie de pétards ou un épouvantail un peu ridicule. Etonnant mélange des genres qui renoue, d’une certaine manière, avec le paganisme …

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Comment expliquer, sinon, certaines traditions qui, comme à Sierck-les-Bains, paraissent héritées de la nuit des temps ?

Dans cette petite ville située aux confins de l’Allemagne et du Luxembourg, la Saint-Jean se prête en effet à une curieuse coutume, pleine de symbolique, de charme et de magie. Les habitants du pays ont coutume d’allumer, chaque 24 juin, une roue de paille au sommet du Stromberg, une colline couverte de vignes et comme enlacée par un méandre de la Moselle. La roue, qui mesure un peu plus de deux mètres de diamètre, est ensuite amenée à dévaler la colline. Le spectacle est magique et curieux à la fois. La légende raconte que si la roue de feu termine sa course dans la Moselle, les récoltes seront tout bonnement exceptionnelles … Ce rituel ancestral, attesté à Sierck depuis le Moyen-âge, semble être un héritage direct du paganisme celte. Pour plusieurs folkloristes, cette roue de feu symboliserait le soleil dont la course ne finit jamais. Et la tradition de la roue enflammée ne serait donc qu’un résidu d’un ancien culte solaire. A moins qu’il ne s’agisse d’une réminiscence chrétienne … Dans son ouvrage intitulé Traditions populaires, croyances superstitieuses, usages et coutumes de l’ancienne Lorraine, M. Richard rapporte en effet qu’un ermite, retiré sur les hauteurs d’une montagne de Lorraine, aurait précipité dans la Moselle une statue d’Apollon ou de Belenos. Et l’auteur d’ajouter que les gens de la région continuent de faire dévaler, chaque 24 juin, une roue de feu dont la course imite celle de la statue païenne … 

Il semblerait toutefois que Sierck n’ait pas eu le monopole de cette tradition. Une transaction passée en 1565 entre Yolande de Bassompierre, abbesse du chapitre noble d’Epinal, d’une part, et les élus de la ville d’autre part, nous informe que la dame céda aux Spinaliens une portion de forêt, afin, dit le texte, « d’être affranchie de l’obligation de leur fournir, à l’avenir, la roue de fortune et la paille pour la former ». Dans les Hautes-Vosges également, il semblerait que la tradition ait été pratiquée.

Symbole païen à peine teinté de christianisme, la bûle de la Saint-Jean et ses variantes Sierckoise ou vosgiennes demeurent des emblèmes du folklore lorrain. Elles constituent une sorte de repère dans l’année. Un peu comme un phare qui guide les marins. Avant la Saint-Jean et ses feux, la nature est conquérante, les jours ne font que rallonger. Mais une fois la bûle éteinte, les jours se font moins longs. Et les nuits, plus fraîches … C’est un peu, en somme, ce que notait Victor Hugo, dont le père, rappelons-le, était lorrain, dans ces quelques vers pleins de mélancolie : 

Pour qui vit comme moi les fenêtres ouvertes,

L’automne est triste avec sa bise et son brouillard,

Et l’été qui s’enfuit est un ami qui part.

Kévin GOEURIOT, Historien de la Lorraine et professeur d’histoire-géographie, pour le Groupe BLE Lorraine.

Spécialiste de la Lorraine, de son histoire, de son identité et de son patrimoine, Kévin GOEURIOT travaille actuellement à la réalisation d’un ouvrage dans lequel seront recensées toutes les fêtes et traditions du calendrier lorrain. Il vient également de publier, aux Editions du Quotidien, Quand la Lorraine sera française, un roman historique évoquant la mort du Duc Stanislas et l’incorporation de la Lorraine à la France.

Encore et toujours le Carnaval

La région de Sarreguemines vit au rythme des nuits de carnaval depuis quelques jours. Beaucoup de gens prennent d’ailleurs des congés pour assister à l’ensemble des soirées, qui s’achèvent généralement au petit matin. Le célèbre Speckbal de Wiesviller, ou « fête du lard», celui que l’on ose montrer, a dernièrement attiré plus d’un millier de fêtards costumés, dont environ 200 se sont vus refuser l’entrée faute de place. Les carnavaliers ont ensuite eu le choix entre le Balla-balla à Sarreguemines et les soirées déguisées à Volmunster et Nousseviller.

A noter que le Balla-balla offre encore deux salles et deux ambiances musicales, contre quatre au temps de sa splendeur, avant 2001. On y a dansé bras dessus bras dessous les Schungle et Rucki-zucki traditionnels en scandant des «Allez hop !» dans la grande salle, pendant que la plus jeune génération s’est déchaînée sur des rythmes modernes dans la petite salle. Carnaval s’achève officiellement le Mercredi des cendres, avec la condamnation du prince, dont la poupée est symboliquement pendue puis brûlée. 

(Source : presse régionale) 

Traditions de Carnaval en Lorraine

Sarreguemines, Verdun, Remiremont, Sarrebourg … La Lorraine reste un bastion incontournable du carnaval où les manifestations, les défilés et les spectacles comiques s’y enchaînent. De nombreuses communes demeurent fidèles à cette tradition, particulièrement en Moselle-Est où la plupart des bals et des cavalcades font le plein. L’esprit de cette fête, encore solidement ancrée dans les mœurs, continue de souffler, même si, le carnaval, autrefois synonyme de brassage social et générationnel, peine aujourd’hui à rassembler.

Globalement, il faut dire que les jeunes se reconnaissent de moins en moins dans cette tradition qu’ils trouvent parfois désuète. Les anciens vivent quant à eux dans la nostalgie de la grande époque. Certains se souviennent encore du carnaval d’antan, comme à Hombourg-Haut par exemple. « C’était extraordinaire. Des gens venaient de Cologne. La fête durait quatre nuits de suite ! Il y avait 3 000 personnes, masquées intégralement. Et le dernier soir, tout le monde tombait le déguisement. » On est bien loin de ce faste aujourd’hui, si bien que la manifestation peine à remplir son unique soirée, pendant que le défilé périclite dans une société de plus en plus individualiste et sectaire. Dans la cité médiévale d’Hombourg-Haut, perchée sur son promontoire, on assiste ainsi depuis quinze ans au déclin de cette période d’allégresse, de joie, de dérision et d’inversement du rôle social que constitue le carnaval. La fermeture des houillères, quelques bagarres ayant terni l’image de la fête, en ont peut-être fait déchanter certains.    

En Lorraine, c’est en Moselle-Est que la tradition du carnaval reste la plus ancrée. Il faut dire que plus on est proche de l’Allemagne, plus cette tradition est forte. Les soirées y sont ici incontournables. Et c’est tant mieux. Si Metz, Woippy et Marange-Silvange ont depuis malheureusement déposé les déguisements, si Rurange et Montigny-les-Metz ont réduit la voilure, les manifestations de Moyeuvre-Grande et de Rosselange ont été remises au goût du jour et celles de Carling et de Bambiderstroff font toujours un carton. Dans le Pays de Nied, la tradition de carnaval a perdu de sa superbe. Avec le temps, beaucoup de rendez-vous traditionnels se sont éteints, faute de combattants, d’envie et de moyens. Si à Bouzonville, l’après-midi de la fête de la choucroute se teinte encore de quelques sketches, il faut aller jusqu’à Heining-lès-Bouzonville, près de la frontière sarroise, pour retrouver l’esprit joyeux et festif des Kappensitzungen d’antan. Chaque samedi de mars, une quarantaine de bénévoles se mobilise pour faire perdurer cette tradition sympathique et chaleureuse. Mais à Heining, on est quand même plus dans l’esprit spectacle de cabaret que dans la lecture acide de l’actualité récente. Toujours est-il qu’on y fait des sketches, des farces, des danses, des chants … de 20 h 15 jusqu’à 1 h du matin, devant une salle comble. Les spectateurs ont réservé leur soirée depuis des semaines. Même si une partie de la Kappensitzung se déroule encore (et heureusement) en Lothringer Platt, les organisateurs et les acteurs ont depuis diversifié leurs prestations, afin que ceux qui ne parlent par cette langue puissent tout de même s’amuser. Et le moins que l’on puisse dire c’est que cette formule séduit. 

Enfin, pour conclure cet exposé et cet état des lieux du carnaval en Lorraine, rappelons que ces jours de liesse et de folie ont aussi longtemps été synonymes de débauche, où tout était permis, et où alcool et sexe faisaient bon ménage. Une époque aujourd’hui révolue, ce qui n’est pas plus mal. Le problème, c’est que la situation s’est de nos jours considérablement dégradée. Si en ces temps de carnaval, les gens changeaient de peau pour s’immiscer dans celle d’un autre personnage et se laissaient plus facilement aller, ces travers autrefois codifiés et limités dans le temps, qui avaient pour but de décomplexer et de soulager la soupape sociale, ne sont plus du tout régulés. Car aujourd’hui, dans la société pourrie que l’on connaît, la débauche sexuelle c’est tous les jours.  

592ème Foire Grasse de Lunéville

Le lundi 15 février, ne manquez pas la 592ème Foire Grasse de Lunéville, qui se déroule comme chaque veille de Mardi Gras depuis 1417 aux alentours du château. Cette année, c’est le mimosa qui sera mis à l’honneur. Plus de 200 camelots et exposants y sont attendus, tout comme 20 000 visiteurs. Avec la Foire agricole de Poussay, dans les Vosges, la Foire Grasse de Lunéville est la seule du Grand Est à avoir traversé les siècles. En ces temps de Carnaval, elle constitue une manifestation incontestable qui marque la fin de l’hiver (ou presque).

A noter que la première édition de ce qui est devenu au fil du temps une grande fête populaire, s’est déroulée au début du XVème siècle, à l’initiative de la confrérie des bouchers-charcutiers. A cette époque, la Foire Grasse permettait aux villageois des communes environnantes de venir faire leurs emplettes annuelles. Les camelots s’installaient alors sur le parvis des églises et aux abords du château. Habitants et autres manants glanaient, souvent par le biais du troc, des semailles, mais aussi des outils, des vêtements, des tissus, …Si les représentants de tous les corps de métier se partageaient les lieux, ceux qui tenaient le haut du pavé étaient sans conteste les vendeurs de cochonnailles et d’autres mets traditionnels. Et il faut dire qu’avant de faire carême, ces 40 jours de jeûne et de pénitence avant Pâques, il était bien difficile de résister au fumet de la saucisse lotharingienne ou du fuseau lorrain ! Quand les charcuteries étaient consommées sur place, elles étaient souvent accompagnées des célèbres auriquettes, ces gâteaux briochés aux trois cornes symbolisant les croissants de lune figurant sur l’emblème de la cité. Si cette spécialité a depuis été remplacée par les traditionnels beignets de Carnaval, les saucisses sont toujours sur les étals, grâce, notamment, à la Confrérie des Gousteurs de la Saucisse Lotharingienne. Saucisses et saucissons, pâtés, jambons, andouilles et andouillettes, épices … mais aussi beignets, churros, gaufres ou crêpes … il y en a vraiment cette année encore pour tous les goûts. Sans oublier évidemment la fameuse berlinguette, cette longue canne de sucre d’orge qui ravit les enfants et que l’on peut d’ailleurs remporter en jouant à la loterie qui porte le même nom, située face au château depuis des décennies.

Sarreguemines : une cavalcade haute en couleur 

Même si la cavalcade de Sarreguemines a attiré un peu moins de monde que les années passées, dans la mesure où 20 000 personnes ont investi les rues de la cité des faïences en 2010, elle fut peut-être d’une meilleure qualité et plus riche. Certains visiteurs avaient même fait l’effort de se déguiser, particulièrement les enfants. Après tout quoi de plus normal pour un carnaval, non ? Ainsi ce sont plus de 1 400 participants costumés venus de toute l’Europe qui ont défilés au son des fanfares. On comptait par exemple des sociétés de musiques allemandes, autrichiennes, suisses et belges. Le cortège de carnavaliers s’est mis en marche, en entonnant le mythique : « Allez, hop ! ». Parmi les formations, les Cycles Comiques Olm, débarqués tout droit de Luxembourg sur leurs drôles d’engins à pédales, les cloches savoyardes, qui ont tintées dans les rues, ainsi que les fameux Gilles, ces magnifiques personnages folkloriques belges parés de plumes et de sabots, se sont particulièrement distingués. Les confettis sont tombés en pluie battante sur le public, ainsi que les bonbons qui étaient tant attendus par les enfants. Bref, un air de fête soufflait sur Sarreguemines et dans toute la Moselle-Est.   

Pèlerinage de la Sainte-Blaise à Metz

Nous souhaitons aujourd’hui vous faire découvrir une tradition religieuse qui se perpétue de génération en génération et qui est encore bien présente en Lorraine, notamment à Metz. Il s’agit des célébrations de la Sainte-Blaise. Celles-ci se sont dernièrement déroulées dans la première ville de Lorraine, en l’église Saint-Eucaire, véritable bijou médiévale situé dans le pittoresque quartier Outre-Seille. Depuis de très nombreuses années, ce pèlerinage autour de ce médecin et évêque devenu martyr au IIIème siècle déplace les foules à Metz. Car à la Sainte-Blaise, on vient aussi et surtout pour les petits pains. Ils sont ronds et hérissés de légères piques qui symbolisent les dents du peigne à carder ayant servi à supplicier le Saint. Une fois bénis, on leur accorde des vertus protectrices pour la santé, en particulier pour la gorge. Une manifestation à découvrir une fois par an. 

Vie et mort du Heylock

Dans la tradition des carnavals de Moselle, celui de Sarrebourg revêt un caractère bien particulier, symbolisé par le personnage même du Heylock. Ce fameux mannequin géant de papier mâché est en effet cette année appelé à être brûlé le 17 février prochain, sur une barge lancée sur la Sarre. L’horrible poupée est actuellement en train de naître des mains des employés municipaux. Pour 2010, il s’agira d’une sorte de tortue extraterrestre de 5 mètres de long appelée Dinolock, qui a été esquissée par une petite fille. La bête se démarquera ainsi des précédents Heylocks. En effet, la posture assise de cette hideuse effigie a été abandonnée au profit de celle d’un quadrupède hybride.

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Le Heylock à Sarrebourg en 2008 (Crédits photos: blog Sarrebourg 57400)

Traditionnellement, la combustion du Heylock marque la fin des festivités du carnaval, de cette période d’allégresse et de défoulement pendant laquelle les rôles sociaux sont inversés et tournés en dérision. Malheureusement, le Mardi Gras sarrebourgeois actuel n’est que le pâle reflet de celui d’antan, lorsque la société carnavalesque locale de l’époque recouvrait toute la ville de cotillons, tant la fête battait son plein. Cette année, il ne subsistera ainsi plus qu’une après-midi récréative pour les enfants le mercredi 17 février. Le même jour, le Heylock défilera dans les rues de Sarrebourg, avant de partir en fumé sur la Sarre. Une cérémonie qui semble bien être l’un des derniers vestiges, qui se consume tout doucement, du carnaval d’avant … 

Plein feux sur le Carnaval de Sarreguemines

Le Carnaval de Sarreguemines débute fin janvier avec les Kappensitzungen* des seniors. Grande Cavalcade, Balla-Balla et bal des enfants rythmeront entre autres le temps du déguisement et de la dérision orchestré par la Société carnavalesque de la cité des faïences, qui réserve quelques surprises aux nombreux visiteurs et spectateurs.

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Grande cavalcade du carnaval de Sarreguemines (Crédits photos : kamaax.com)

Le rituel commencera comme chaque année par la remise officielle des clés de la ville par le maire au prince et à la princesse du Carnaval. La fin de l’hiver est en effet plus ou moins proche et le temps des réjouissances est venu. Les Kappensitzungen pourront alors débuter, enchaînant les numéros. Cette année, de nouveaux Footzers* viendront distiller leurs histoires en compagnie des anciens, en Lothringer Platt pour certains. Le Carnaval prend en effet une certaine saveur dès que les gens parlent cette langue. Une autre ambiance. Les spectateurs n’auront en tout cas aucun mal à comprendre le spectacle visuel des Tanzmariechen* et des Tanzgarde*. Deux groupes ont été programmés pour l’occasion, les Narrenzumpft Schmalzoch Horden et le TSV Wiesenthal Dettenheim de Mannheim, champions d’Allemagne en titre de Tanzgarde. De même, des sketchs et autres saynètes des membres de la société seront présentés par des hôtesses complètement rhabillées pour cette fin d’hiver.

Enfin, les Guggamusik* apporteront aux Kappensitzungen de la frénésie musicale avec l’ensemble Ammekracher Däredingen de Solothurn en Suisse. Un Schungler* lancé de la scène vers la salle sous une pluie de confettis marquera l’apothéose de la cérémonie ! N’oublions non plus que la grande cavalcade du 7 février s’annonce également grandiose avec la participation cette année de Gilles venus de Belgique. A noter que le Balla-Balla se tiendra les 13 et 16 février à l’hôtel de ville de Sarreguemines. Le prince du Carnaval sera quant à lui condamné le 17 février.    

Lexique 

Kappensitzung : revue carnavalesque où s’enchaîne différents numéros de danse, de sketchs, de saynètes et de musique 

Tanzgarde : garde dansante composée de jeunes filles portant un tricorne et qui dansent de manière très acrobatique 

Tanzmarieche : soliste danseur qui présente un numéro spécial 

Footzers : raconteurs d’histoires installés dans un tonneau qui distillent des blagues piquantes 

Schungler : bras dessus, bras dessous, marée humaine se balançant de gauche à droite 

Guggamusik : ensemble musical très festif 

Voir des vidéos sur la tradition du Carnaval en Lorraine sur BLE Web TV.

Le Père Fouettard messin aux Etats-Unis ! 

Le Père Fouettard est le sinistre personnage qui accompagne Saint-Nicolas dans ses déplacements, afin de punir les enfants qui n’ont pas été sages pendant l’année. Son histoire est encore profondément ancrée en Lorraine. Le mythe du Père Fouettard prend son origine dans différentes fables. On croit souvent qu’il serait une invention des pédagogues du XVIIIème siècle pour effrayer les garnements et les paresseux. En fait, le personnage naquît lors du siège de Metz par les troupes de Charles Quint au XVIème siècle. Les habitants de la ville assiégée décidèrent de tourner en dérision l’image de l’empereur en brûlant un mannequin à son effigie et en le surnommant « Père Fouettard ». L’influence de la presse américaine fit perdre progressivement les attributs moralisateurs de Saint-Nicolas avec l’abandon de ce personnage effrayant, mais les parents lorrains usent encore de cette légende pour menacer les petits garnements de ne pas recevoir de bonbons et de chocolat à la Saint-Nicolas, ainsi que de cadeaux le soir de Noël. 

L’Epiphanie : traditions de Lorraine et d’ailleurs

La fête des rois, célébrée dimanche dernier, constitue le dernier chapitre de l’histoire de la Nativité. Elle clôture également les célébrations liées au solstice d’hiver commencées en Lorraine il y a un mois avec la Saint-Nicolas. Chez nous, outre les fameuses pâtisseries, de nombreuses crèches ont fleuris depuis l’Avent. Mais quel est la véritable signification de cette fête ? En grec, « Epiphanie » signifie avènement. Ce mot est lié à la naissance de Jésus. Il s’agit de la fête des rois mages venus s’incliner devant le Christ. Mais en réalité, cette journée particulière remonte à des célébrations plus anciennes. Ainsi, dans l’Egypte ancienne, on fêtait le 6 janvier la renaissance du Soleil et la crue future du Nil. A Rome, autour du 20 décembre, lors des Saturnales, on inversait l’ordre établi en choisissant le roi d’une journée. C’est de là, comme de l’Evangile avec les mages, que vient la coutume de tirer les rois. Lors des Saturnales, le roi tiré au sort pouvait faire tout ce qu’il voulait. Plus tard, le 28 décembre, pour célébrer les Saints Innocents, l’ordre social était également inversé pendant un jour, afin de conjurer le mauvais sort. Toujours à Rome, le culte du dieu Mithra était assuré par des mages qui observaient les astres. La forme ronde et la couleur dorée de la galette, qui symbolisent le Soleil, se rattachent donc à un culte préchrétien. La fève fait quant à elle référence à la fécondité et est annonciatrice du printemps. 

De même, l’Evangile selon Saint-Mathieu explique qu’après la Nativité, des mages sont venus d’Orient, guidés par une étoile pour rendre hommage à l’Enfant Jésus en lui apportant trois cadeaux. La tradition transforma plus tard ces magiciens en rois, tout en précisant leur nom, leur âge et leur nombre qui représente les différents continents alors connus. On distingue ainsi pour l’Europe, Melchior, le plus âgé, qui offre l’or, pour l’Asie, Gaspard, le plus jeune, qui fait cadeau de l’encens et pour l’Afrique, Balthasar, le roi noir, qui apporte une résine parfumée, la myrrhe.

L’Eglise naissante chercha par conséquent à remplacer les fêtes païennes liées au solstice d’hiver en célébrant la naissance de Jésus. La 1ère date choisie, le 6 janvier, commémorait à la fois la Nativité, l’adoration des mages, le baptême dans le Jourdain, ainsi que le 1er miracle aux noces de Cana. Puis, au milieu du IVème siècle, afin de mieux couvrir les anciennes fêtes païennes, l’Eglise d’Occident avança Noël au 25 décembre. L’Epiphanie, qui resta fixée au 6 janvier, est de nos jours fêtée le 1er dimanche qui suit le Nouvel An. 

En Lorraine, terre d’immigration, d’autres traditions, comme la Befana, ont été apportées lors de l’arrivée des ouvriers italiens venus travailler dans les mines et la sidérurgie. La Befana doit son nom à la déformation du mot Epiphanie. Selon la légende, cette sorcière avait été avertie de la naissance de Jésus par les mages. Mais cette dernière refusa de sortir de chez elle pour leur indiquer le chemin. Prise de remords, elle erre encore, chaque nuit du 5 au 6 janvier, juchée sur son balai, et distribue des cadeaux aux enfants endormis dans l’espoir que l’un d’eux soit le Petit Jésus. Dans toutes les maisons, on accroche alors une chaussette près de la fenêtre ou de la cheminée. Le matin elle est remplie de bonbons et de sucreries ou… de charbon pour les enfants moins sages. Un gâteau en forme de sorcière est confectionné pour l’occasion. En Lorraine, la Befana a été célébrée par les premières générations d’immigrés avant d’être concurrencée par la Saint-Nicolas. Cela dit, cette fête se perpétue toujours dans certaines associations. 

(Source : presse régionale)

Le secret des fèves des Vosges

L’un des trois dernier ateliers de fabrication de fèves artisanales en France se trouve à Domrémy-la-Pucelle, dans les Vosges. La marque de fabrique lorraine, Nex, arrive encore à faire face à la marée des fèves en composites et en plastiques en provenance de Chine et, plus largement, d’Asie. Le maître des lieux peut s’enorgueillir de posséder un véritable répertoire de fèves. Tout un trésor. En effet, chaque année 80 000 fèves sortent de sa célèbre maison. Pour le plus grand bonheur des fabophiles, c’est-à-dire des collectionneurs de fèves des rois.­

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