Centre de ressources numériques sur la Lorraine

Bonne et heureuse année 2016 !

Le Groupe BLE Lorraine souhaite une très bonne année 2016 à tous ses membres, ses intervenants, ses partenaires et ses lecteurs, ainsi qu’à leurs proches. Que celle-ci vous apporte 2 fois plus de joies, 0 souci, 1 santé de fer et 6 tonnes de bonheur.

A bientôt sur nos sites !

bonhomme neige

1 janvier, 2016 à 12:26 | Commentaires (0) | Permalien


Implantation de Huayisheng Mould à Faulquemont

Huayisheng Mould France Technical Center est un sous-traitant chinois spécialisé dans la production de moules pour les constructeurs automobiles. L’entreprise a dernièrement décidé de s’implanter à Faulquemont après avoir visité plusieurs sites en France et en Europe. La présence du golf et du restaurant gastronomique le surplombant ont convaincu l’investisseur.    

La société s’installera dans un bâtiment relais réalisé en onze mois par le District Urbain de Faulquemont (DUF) après un investissement de plus de deux millions d’euros. Huayisheng Mould y finalisera les moules bruts produits en Chine destinés à fabriquer des planches de bord, des consoles et des panneaux de portes par injection plastique. Le site disposera également d’un centre de maintenance pour les pièces d’usure des moules.

L’industriel chinois a d’ores et déjà annoncé investir quatre millions d’euros en matériels de production. Une vingtaine de personnes en CDI devrait prochainement être recrutée. Celles-ci suivront un parcours de formation spécialement conçu par l’entreprise qui entend à terme se développer en Europe.

A noter enfin que d’autres projets sont en cours de finalisation sur la zone industrielle de Faulquemont, à l’image de l’extension de Tonelli France qui est spécialisé dans le cartonnage destiné à l’industrie automobile. Actuellement composé de huit employés, l’effectif de la société devrait quadrupler d’ici l’été 2016 grâce à un contrat passé avec un géant du meuble en kit. Le DUF est un très bel exemple de la reconversion de l’après-mine. Environ 5 200 personnes travaillent sur les six zones du District où vivent plus de 25 000 habitants.

logo Huayisheng Mould

30 décembre, 2015 à 14:48 | Commentaires (0) | Permalien


Chaudières à pile à combustible : une maison pilote à Marange-Silvange

Une chaudière à pile à combustible est présentée dans une maison pilote à énergie positive située à Marange-Silvange. Une première en France dans le domaine de la construction neuve individuelle signée Viessmann en partenariat avec Maisons d’en France.

La haute technologie de l’installation permet d’extraire les molécules d’hydrogène, afin d’alimenter le cœur d’une pile à combustible. La réaction électrochimique qui en résulte peut produire en continu pendant vingt heures le chauffage et l’électricité d’une famille de quatre personnes. La chaudière à pile à combustible réduit par ailleurs de 30 % les émissions de CO2, le tout pour une facture de moins de 300 euros par an pour un pavillon de 140 mètres carrés. En attendant une démocratisation de l’appareil, il faut tout de même débourser près de 20 000 euros pour un tel équipement.

Viessmann fabrique déjà des chaudières à pile à combustible pour le marché allemand dans son usine implantée à Faulquemont. Il faut dire que l’électricité est deux fois plus chère dans ce pays qu’en France. La  ville de Forbach est également pionnière en la matière puisqu’une crèche, un logement de concierge et deux autres appartements en cours de rénovation sont dotés d’une pile à combustible.

D’ici quelques années, chacun d’entre nous devrait être son propre producteur d’électricité. Cette autonomie permettrait de suppléer ERDF qui a de plus en plus de difficultés à gérer les pics de consommation. Le surplus produit pourrait ainsi être injecté dans le réseau. A l’avenir, le stockage d’énergie devrait par ailleurs occuper une place importante une fois que des avancées technologiques dans le domaine des batteries auront été réalisées. Viessmann y travaille justement en collaboration avec Panasonic.

30 décembre, 2015 à 14:31 | Commentaires (0) | Permalien


Rénovation urbaine à la Cité du Wiesberg de Forbach

Le Sud de la Cité du Wiesberg, à Forbach, s’apprête à être métamorphosé. La Société Nationale Immobilière (SNI) Sainte-Barbe s’est en effet dernièrement engagée dans un programme de réhabilitation de 198 logements qui représente un investissement de 6,7 millions d’euros. Celui-ci porte sur 33 immeubles de six logements chacun.

Un montant de 33 700 euros sera attribué à chaque logement, afin notamment de renforcer l’isolation thermique. Le système de chauffage collectif sera par exemple remplacé par des chaudières à gaz individuelles. Les loggias extérieures, également appelées séchoirs, seront fermées. Des celliers pourront y être créés. La rénovation concerne aussi une remise aux normes électriques et la réfection des colonnes de gaz. Des balcons suspendus seront par ailleurs créés. Les portes de garages seront de même remplacées, les halls d’entrée seront repeints et l’installation de réception télévisuelle sera refaite.

A noter que l’architecture Emile Aillaud qui caractérise la Cité du Wiesberg, classée patrimoine du XXème siècle, sera préservée. Les façades des immeubles arboreront prochainement du rouge brique, du gris, du bleu foncé et un peu de violet.

Le bailleur social espère clôturer cette première tranche pour octobre 2016. Une seconde campagne de travaux similaires est en effet envisagée pour 198 autres logements du Wiesberg après 2016.

30 décembre, 2015 à 13:24 | Commentaires (0) | Permalien


Des tournures du Parler Lorrain : « Tu veux le journal pour toi lire ? »

Dans le domaine linguistique, on aurait tendance à supposer que les emprunts appartiennent toujours au domaine lexical. C’est une erreur : de nombreux emprunts appartiennent au domaine syntaxique. En ce qui nous concerne, de nombreuses tournures de Parler Lorrain sont en effet directement empruntées à la syntaxe germanique.

Ainsi le très lorrain « attendre après », qui se substitue au simple « attendre » du français courant, est un emprunt direct au « warten auf » allemand. Illustration à la campagne :

− La Marie : Le camion du boulanger est passé ? Je ne l’ai pas entendu corner ?

− La Paulette : T’es complètement beulou ou quoi ? Tu ne vois pas que j’attends après ?

Autre exemple très fréquent qui se retrouve notamment en Moselle, où l’on ne dit pas « il y a dix ans » mais « il y a dix ans en arrière ». Il s’agit d’une reprise du « zehn Jahren zurück » allemand. Illustration :

− La Paulette : C’est quand même étonnant que le boulanger fasse sa tournée des villages avec un 4X4 qui a un pare-choc pour chasser les éléphants ?

− La Marie : Surtout qu’il y a dix ans en arrière, il la faisait avec un combi Volkswagen qui remontait à l’époque où il jouait au gugusse déguisé en hippie !

Troisième exemple : l’emploi du pronom personnel à la forme forte accompagné du verbe à l’infinitif en fin de phrase, tels que  « moi picoler », « nous manger », « toi beugner », qui sont repris du « um … zu », suivi de l’infinitif, germanique. Illustration :

− Le Jojo : J’ai la pépie : je boirai la mer et les poissons ! Allez, la Marie, apporte-moi voir la topette de mirabelle pour moi picoler !

− La Marie (qui vient juste d’adhérer au MLF) : On n’a pas le temps, sacré tauré ! Je viens juste de préparer des patates en brôlotte pour nous manger ! Mais t’auras pas de pain : je viens de queuter le boulanger ! Et arrête de faire le peut ou je vais chercher la grande pêlotte pour toi beugner !

La Paulette, la Marie et le Jojo sont des personnages hautement imaginaires, quoique tout particulièrement bien imités. Je ne voudrais froisser aucun Lorrain en particulier !

Jean-Paul BOSMAHER, professeur de lettres à la retraite et écrivain pour le Groupe BLE Lorraine.

M. BOSMAHER est l’auteur de plusieurs ouvrages de références sur la Lorraine, dont notamment le Parler Lorrain paru en 2014 aux Editions du Quotidien.

27 décembre, 2015 à 13:01 | Commentaires (0) | Permalien


Inauguration de la première épicerie Vosges Terroir à Epinal

La toute première épicerie Vosges Terroir a dernièrement été inaugurée à Epinal. Située près de la gare, 2 Avenue Dutac, elle est implantée au sein de la boutique Papilles Insolites, elle-même labellisée par la Chambre d’agriculture des Vosges. 80 produits mettent à l’honneur la gastronomie, le patrimoine culinaire et le savoir-faire des Vosges. Des fromages de montagne, des miels de sapin ou encore des viandes fumées sont à déguster. Les références présentées ont une couleur et une saveur typique de la contrée, voire même une connotation innovante à l’image du travail délicat du safranier ou du trufficulteur.

logo Vosges Terroir

27 décembre, 2015 à 12:53 | Commentaires (0) | Permalien


Fermeture d’Eurodial-Le Père Georges à Florange

Le Tribunal de Grande Instance de Diddenowen (Thionville) a prononcé le 17 décembre dernier la liquidation judiciaire de la société Eurodial-Le Père Georges, implantée dans la zone industrielle Sainte-Agathe à Florange. L’annonce a été brutale pour la trentaine de salariés qui perdent leur emploi au moment des fêtes. Adhérent de la charte « La Lorraine Notre Signature », Eurodial était spécialisée dans la préparation de produits à base de viande. L’entreprise avait succédé à la société d’exploitation des Etablissements Pierre Ucko, elle-même liquidée il y a environ un an et demi.

27 décembre, 2015 à 12:43 | Commentaires (0) | Permalien


Joyeux Noël !

Le Groupe BLE Lorraine vous souhaite un très joyeux Noël, à vous, à votre famille et à vos proches.

boules de Noël Metz

25 décembre, 2015 à 12:18 | Commentaires (0) | Permalien


C’est Noël au Groupe BLE Lorraine !

Images de Noël au siège (Crédits photos : Groupe BLE Lorraine)

Noël BLE 1

Noël BLE 2

Noël BLE 3

Noël BLE 4

Noël BLE 5

Noël BLE 6

24 décembre, 2015 à 0:03 | Commentaires (0) | Permalien


La Féerie de glace Disney à Metz en images

Découvrez notre reportage photos sur la Féerie de glace Disney à Metz (Crédits photos : Groupe BLE Lorraine).

Féerie de glace Metz 1

Féerie de glace Metz 2

Féerie de glace Metz 3

Féerie de glace Metz 4

Féerie de glace Metz 5

Féerie de glace Metz 6

23 décembre, 2015 à 23:38 | Commentaires (0) | Permalien


La magie de Noël à Metz en images

Découvrez notre reportage photos aux Marchés de Noël de Metz 2015 (Crédits photos : Groupe BLE Lorraine).

Noël Metz 2015 1

La Grande Roue installée Place d’Armes face à la Cathédrale Saint-Etienne

Noël Metz 2015 2

Manège et tour en bois des commerçants Place Saint-Louis

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Marché de Noël de tradition Place Saint-Louis

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La crèche de la cathédrale

Noël Metz 2015 5

La cathédrale assiégée depuis le Sentier des Lanternes

Noël Metz 2015 6

Féerie de lumière magique au Sentier des Lanternes

Noël Metz 2015 7

Boules de Noël contemporaines de Meisenthal exposées à l’Hôtel du Département de la Moselle

23 décembre, 2015 à 21:57 | Commentaires (0) | Permalien


Kévin GŒURIOT : une plume fidèle à la Lorraine

Dans une interview exclusive accordée au Groupe BLE Lorraine, auquel il contribue via des études historiques et des contes, Kévin Gœuriot, tout juste Lauréat du Prix des Conseils départementaux de Lorraine pour son sixième livre intitulé Quand la Lorraine sera française, revient sur le rattachement de la Lorraine à la France qui l’a inspiré. Un épisode de notre histoire qui trouve une résonance particulière à la veille de la dissolution de la Lorraine au sein de l’ACAL.

Groupe BLE Lorraine : Tout d’abord, félicitations Kévin pour ce Prix qui vient couronner votre  travail. Pouvez-vous nous raconter plus en détails la genèse de votre roman historique ?

Kévin Gœuriot : « Merci beaucoup pour vos compliments, qui me vont droit au cœur ! Il est vrai que le roman qui a été couronné à Bar-le-Duc, vendredi dernier [11 décembre 2015, N.d.l.r.], est le fruit d’un long travail d’écriture. En fait, l’idée de consacrer un roman historique au rattachement de la Lorraine et du Barrois à la France a germé dans mon esprit il y a une dizaine d’années, lorsque j’étais étudiant en histoire, à Nancy. Tout petit déjà, j’avais été frappé par un dessin de Jean Morette, sous lequel on lisait : le 23 février 1766, le bon duc Stanislas meurt. Le lendemain, la Lorraine était française. Cette petite phrase avait suffi à piquer ma curiosité. Je me demandais en effet comment la mort d’un monarque dont le nom, à cette époque, ne m’évoquait guère que la place qui porte aujourd’hui son nom, pouvait signer, pour les Lorrains, la fin de leur indépendance.

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Kévin Gœuriot feuilletant son roman : « Les Lorrains peuvent être fiers d’être les héritiers d’un passé à la fois glorieux et douloureux » (Crédits photo : Kévin Gœuriot)

Du coup, je me suis renseigné. A force de lectures, j’ai compris, d’une part, que le rattachement de la Lorraine à la France ne s’était pas fait d’un coup, en 1766, mais qu’il était le fruit d’un long processus, entamé dès le Moyen-âge. L’annexion des Trois-Evêchés en 1552, l’occupation des duchés et leur cession par François III en 1737 sont autant d’événements intéressants. Mais spontanément, c’est vers Stanislas que je me suis tourné. Peut-être aussi parce que, bien qu’étant le moins lorrain de nos ducs, il en reste le mieux connu des Lorrains …

La phase de recherche a donc duré quelques années. Puis, après avoir élaboré un plan (maintes fois remanié d’ailleurs), je suis passé à la phase d’écriture, qui a duré un peu plus d’un an. Je tenais à faire alterner les chapitres qui évoquent la famille Collin, à Bauzemont, avec les lettres, fictives, de Jean-Baptiste Durival, frère du célèbre Nicolas, qui nous a laissé une fidèle description de l’ambiance qui régnait à Lunéville, dans les années 1760 … L’idée était avant tout de plonger le lecteur dans une ambiance. Pour cela, je n’ai pas hésité à émailler les dialogues des paysans de quelques mots patois, expliqués dans un lexique, en fin d’ouvrage.

Le manuscrit, lu et corrigé par mon épouse, a ensuite été proposé aux éditeurs en février dernier. Il a très vite intéressé et en avril 2015, il était disponible en librairie. Une petite fierté, qui tombait à point pour célébrer le prochain 250ème anniversaire du rattachement des duchés de Lorraine et de Bar à la France … »

Groupe BLE Lorraine : Qu’est-ce qui a selon vous convaincu le jury de vous attribuer ce Prix ?

KG : « Je ne sais pas trop, il faudrait demander aux membres de ce jury [rires]. Mais je dois avouer que Monsieur Vetsch, conseiller départemental de la Moselle, m’a confié, en me remettant le prix, qu’il avait ouvert mon roman un soir d’octobre et qu’il n’avait pas pu aller se coucher avant d’en avoir achevé la lecture. Un joli compliment, auquel s’ajoutent les remarques des autres membres du jury. Ces derniers ont salué l’ambiance décrite, les mots patois, l’humour aussi, notamment pendant la veillée, qui est décrite dans le chapitre XIX.

A ma décharge, je dois dire que le jury n’avait reçu qu’une quinzaine de livres. Mais je ne sais pas combien de romans. En outre, c’est mon éditrice qui a eu l’idée de soumettre le roman au concours. Du coup, quand la nouvelle que le prix m’était attribué est tombée, j’étais assez surpris … »

Groupe BLE Lorraine : Au 1er janvier 2016, fusionnée avec l’Alsace et la Champagne-Ardenne, la Lorraine disparaîtra en tant qu’entité administrative et politique. Quelle analogie pouvez-vous établir en tant qu’historien entre la situation que nous vivons actuellement et 1766, année du rattachement de la Lorraine à la France ?

KG : « La nouvelle carte des régions est une chose qui interroge en effet. Mais je me suis toujours efforcé d’être optimiste. Si l’on regarde le passé, la Lorraine n’a fait qu’évoluer, au fil des siècles, dans ses limites et frontières. A tel point que dans notre région, la frontière doit moins être considérée comme une ligne que comme un espace à part entière, avec toute sa profondeur et son épaisseur … En outre, l’unité lorraine est largement discutable et un Lorrain du Pays de Bitche a assez peu à voir, en définitive, avec un Lorrain de Bar, de l’Argonne ou des Hautes-Vosges. Pendant des siècles, l’unité lorraine n’a tenu que parce que les Lorrains adhéraient à certaines valeurs, au premier rang desquelles figuraient la religion et la famille ducale. Aujourd’hui, les Lorrains se retrouvent dans d’autres valeurs. Ils sont fiers de leur patrimoine, de leur gastronomie, de leur histoire aussi, de laquelle ils ont hérité une identité complexe et quelques complexes identitaires.

L’analogie que l’on peut établir entre 1766 et la période actuelle est donc difficile à dresser. Elle forcerait l’historien à mentir ou à déformer une réalité. Nos ancêtres percevaient les choses d’une autre manière que nous ne les percevons. Les médias, la vie politique, n’existaient quasiment pas en 1766 ! La vie elle-même était rythmée par les saisons et non par les élections, les séries télévisées et le calendrier scolaire … Du coup, la comparaison entre les deux périodes me paraît hasardeuse. Surtout qu’il ne faut pas oublier qu’entre temps, une partie de la Lorraine s’est retrouvée par deux fois annexée à l’Allemagne, créant ainsi un véritable traumatisme qui, d’une certaine manière, ajoute encore un peu plus de complexité au débat …

Malgré tout, je voudrais attirer votre attention sur les commémorations du rattachement de la Lorraine à la France. Un opuscule signé du Baron Guerrier de Dumast nous indique qu’en 1866, le centenaire de cette commémoration s’était fait en grande pompe, avec un long défilé de costumes historiques. En 1976, la commémoration a donné lieu à quelques productions littéraires originales, mais la plupart du temps orientées. J’ignore si en février prochain, la mort de Stanislas et la réunion de la Lorraine à la France seront commémorés. Une exposition se prépare au Musée Lorrain de Nancy. Mais le centenaire de la Bataille de Verdun risque de polariser le devoir de mémoire. Ce qui est regrettable à mon avis. Car les Lorrains devraient mieux connaître l’histoire de leur région. Elle n’est pas incompatible avec la « grande histoire » qu’on nous inculque à l’école. Elle est tout simplement complémentaire. Tout Lorrain devrait, à mon avis, avoir entendu parler de René II, de Stanislas et du Saillant de Saint-Mihiel. Tout comme les Bretons devraient entendre parler de la Duchesse Anne ou les Alsaciens de Maître Erwin de Steinbach et des Princes de Rohan … Mais ça, c’est un autre débat … »

Groupe BLE Lorraine : Dans quel état d’esprit étaient les Lorrains à cette époque ? Quels en furent les conséquences directes et concrètes pour eux et leur pays ?

KG : «  Il est toujours très difficile de savoir ce que pensait une société, il y a quelques siècles de cela. Pour autant, on peut s’en faire une idée assez précise grâce aux lettres, documents et témoignages laissés par quelques personnages, généralement les plus instruits. Ils ne sont donc pas toujours représentatifs. On sait par exemple, grâce aux écrits des frères Durival ou à ceux de Dom Calmet, que les Lorrains se méfiaient assez du changement de nationalité. Ils étaient très attachés à la famille ducale et lorsque François III quitta la Lorraine en 1737, nombre de ses portraits furent lacérés en place publique … Ce qui n’empêcha pas les mêmes Lorrains d’aller prier pour le repos de l’âme de ce duc, au mois d’août 1765. Stanislas, qui avait hérité de la Lorraine entre-temps, en fut d’ailleurs assez irrité et semble s’être montré jaloux de l’attachement que les Lorrains continuaient à manifester à leur ancien duc. De même, on sait que l’intendant Antoine-Martin Chaumont de la Galaizière, qui exerçait la réalité du pouvoir et prenait ses ordres à Versailles, s’était attiré l’inimitié des Lorrains en recourant aux corvées et en les accablant d’impôts. La grogne était donc bien présente. Et on a presque peine à comprendre comment les mêmes Lorrains adhèrent, deux générations plus tard, aux idéaux de la révolution … Certainement que l’esprit lorrain s’est révolté, en 1789, contre les injustices plus que contre l’Etat lui-même.

Pour ce qui est du peuple, on ne sait pas vraiment ce qu’il pensait. Mais il est certains que les laboureurs de Lorraine, en 1765-66, se posaient des questions. Ils craignaient certainement qu’une fois devenus français, ils soient accablés de nouveaux impôts et considérés comme des pions sur un échiquier. Ou que le pouvoir central (pour ne pas dire centralisé) fasse moins de cas de leur sort que ne le faisaient les ducs. Craintes justifiées d’ailleurs car la France, une fois la Lorraine entrée dans son giron, va se montrer assez ingrate. Savez-vous par exemple que le mobilier du Château de Lunéville va être dispersé dans toute l’Europe et que le château sera lui-même transformé en caserne de gendarmerie, dès l’automne 1766 ?

Quant à connaître les conséquences du rattachement de la Lorraine à la France, elles sont multiples. Mais j’insiste : la réunion de la province au royaume de France s’est faite sur le long terme. En outre, en 1766, toute la Lorraine n’est pas non plus française puisque les miettes issues de l’empire que sont alors la Principauté de Salm et le Comté de Créhange gardent encore un semblant d’indépendance. De plus, les deux annexions vont amputer une nouvelle fois la Lorraine d’une partie de son territoire et d’une conquête de la province, la France va devoir se lancer, en 1914 et en 1940, dans une reconquête …

Et oui, qui a dit que l’histoire de la Lorraine était simple ? [rires] Les Lorrains peuvent être fiers d’être les héritiers d’un passé à la fois glorieux et douloureux, et dans lequel est née l’idée de paix, en la personne de Robert Schuman. Evidemment, il s’en trouvera toujours pour regretter le temps de l’indépendance et de la Lorraine ducale. Mais la Lorraine, quoiqu’on en dise, est bel est bien française. Elle a d’ailleurs payé, dans son histoire, un tel tribut à la France (tribut humain, économique et moral) qu’elle ne peut mépriser les liens qui l’unissent à la France.

Mon roman n’est pas un pamphlet politique. Son titre est volontairement impertinent. Mais son contenu est tout autre. Il mène le lecteur au cœur d’une période cruciale de l’histoire lorraine, en lui faisant vivre les semailles, les moissons et les veillées d’autrefois d’une part et, d’autre part, l’ambiance léthargique qui devait régner à la cour de Lunéville, dans les années 1760. Le livre qui vient d’être couronné, je l’ai d’abord voulu comme une ode à la Lorraine, à sa personnalité, à son histoire et à son identité. Aussi, comme je le note dans le texte, si chacun de nous entretient dans son cœur, une idée assez noble de ce que peut et doit être la Lorraine, il n’y a pas de crainte à avoir. La Lorraine vivra comme elle a toujours vécu et les chardons continueront de pousser le long de nos chemins. Et les alérions continueront de voler sur nos bannières. Et brimbelles et mirabelles continueront de s’étaler sur nos délicieuses tartes !

Le Groupe BLE Lorraine adresse toutes ses félicitations à Kévin Gœuriot pour son Prix et le remercie pour le temps qu’il nous a accordé pour répondre à nos questions.

Quand la Lorraine sera française, roman historique autour de la mort de Stanislas, par Kévin Gœuriot, Editions du Quotidien, 18 euros.

21 décembre, 2015 à 21:59 | Commentaires (0) | Permalien


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