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Des tournures du Parler Lorrain : « Tu veux le journal pour toi lire ? »

Dans le domaine linguistique, on aurait tendance à supposer que les emprunts appartiennent toujours au domaine lexical. C’est une erreur : de nombreux emprunts appartiennent au domaine syntaxique. En ce qui nous concerne, de nombreuses tournures de Parler Lorrain sont en effet directement empruntées à la syntaxe germanique.

journal

Ainsi le très lorrain « attendre après », qui se substitue au simple « attendre » du français courant, est un emprunt direct au « warten auf » allemand. Illustration à la campagne :

− La Marie : Le camion du boulanger est passé ? Je ne l’ai pas entendu corner ?

− La Paulette : T’es complètement beulou ou quoi ? Tu ne vois pas que j’attends après ?

Autre exemple très fréquent qui se retrouve notamment en Moselle, où l’on ne dit pas « il y a dix ans » mais « il y a dix ans en arrière ». Il s’agit d’une reprise du « zehn Jahren zurück » allemand. Illustration :

− La Paulette : C’est quand même étonnant que le boulanger fasse sa tournée des villages avec un 4X4 qui a un pare-choc pour chasser les éléphants ?

− La Marie : Surtout qu’il y a dix ans en arrière, il la faisait avec un combi Volkswagen qui remontait à l’époque où il jouait au gugusse déguisé en hippie !

Troisième exemple : l’emploi du pronom personnel à la forme forte accompagné du verbe à l’infinitif en fin de phrase, tels que  « moi picoler », « nous manger », « toi beugner », qui sont repris du « um … zu », suivi de l’infinitif, germanique. Illustration :

− Le Jojo : J’ai la pépie : je boirai la mer et les poissons ! Allez, la Marie, apporte-moi voir la topette de mirabelle pour moi picoler !

− La Marie (qui vient juste d’adhérer au MLF) : On n’a pas le temps, sacré tauré ! Je viens juste de préparer des patates en brôlotte pour nous manger ! Mais t’auras pas de pain : je viens de queuter le boulanger ! Et arrête de faire le peut ou je vais chercher la grande pêlotte pour toi beugner !

La Paulette, la Marie et le Jojo sont des personnages hautement imaginaires, quoique tout particulièrement bien imités. Je ne voudrais froisser aucun Lorrain en particulier !

Jean-Paul BOSMAHER, professeur de lettres à la retraite et écrivain pour le Groupe BLE Lorraine.

M. BOSMAHER est l’auteur de plusieurs ouvrages de références sur la Lorraine, dont notamment le Parler Lorrain paru en 2014 aux Editions du Quotidien.

27 décembre, 2015 à 13:01


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