Accueil Culture et patrimoine « Mon Dieu don, qu’il est peut ! »

« Mon Dieu don, qu’il est peut ! »

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C’est ce que s’exclamait ma grand-mère lorsque je n’étais pas passé « au » coiffeur depuis deux mois ou que j’avais le visage tout « marmousé » pour m’être goinfré de tout le contenu du pot de confiture de mûres. Et, ensuite, comme je faisais inévitablement ma tête de cochon, elle récidivait en clamant les mains sur les hanches : « Et maintenant, arrête-voir un peu de faire le peut ! »

vilain

C’est que le mot « peut » était en patois lorrain synonyme de sale, de repoussant, de répugnant, de vilain, de désagréable.

Or, là comme souvent en parler lorrain, le terme provient du latin. En l’occurrence de l’adjectif putidus qui recouvre les mêmes connotations péjoratives. Si le sens s’est conservé, le mot a évolué en suivant les règles de la phonétique historique selon laquelle tous les mots latins perdent leur finale : putidus » a donné peut.

Les plus délurés n’auront pas été sans remarquer que le « peut » de ma grand-mère est fort proche de la « pute » omniprésente dans la bouche de nos (jeunes) sauvageons mal éduqués. C’est qu’ils ont la même origine. Dès les temps les plus reculés, et sans doute sous l’influence de la morale chrétienne, la péripatéticienne grecque est devenue une « peute », une « pute », c’est-à-dire une femme laide, repoussante et peu fréquentable. Quand au doublon « putain », il s’explique par la persistance en ancien-français de deux cas de la déclinaison latine : le cas sujet et le cas régime. C’est pourquoi l’évêque Cauchon contemplant Jeanne d’Arc en flammes sur son bûcher a fort bien pu déclarer : « Cette pute (cas sujet) a enfin fini de nous embistrouiller ! » ou « Nous voilà enfin débarrassés de cette putain (cas régime) ! ».

Que la « pute » en question fût une sainte témoigne de la justesse toute relative des croyances et des coutumes !

Jean-Paul BOSMAHER, professeur de lettres à la retraite et écrivain pour le Groupe BLE Lorraine.

M. BOSMAHER est l’auteur de plusieurs ouvrages de références sur la Lorraine, dont notamment le Parler Lorrain paru en 2014 aux Editions du Quotidien.

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2 Commentaires

  1. totor

    22 septembre, 2015 à 10:59

    Mon ! La peute bêête ! !
    il a osé le patois ……
    Chez moi on disait marmosé. mais, d’après l’académie Stanislas, il y avait environ 180 formes de patois lorrain à la fin du 19ème siècle ….
    Bravo pour l’article !

  2. Groupe BLE Lorraine

    23 mai, 2021 à 12:20

    L’expression populaire jojo n’est peut-être pas proprement lorraine, mais elle reste fréquemment entendue entre Meuse et Vosges. L’élève qui ramène un bulletin de notes médiocre pourra s’entendre dire, avant de recevoir une bonne calote, que ses résultats sont loin d’être jojo. Le même élève qui s’amuse à faire des grimaces en cours sera désigné comme étant l’affreux jojo de la classe. Inutile de préciser donc que le mot jojo est loin d’être porté en haute estime dans le vocabulaire des Lorrains. Cela vient-il du Jojo, le fameux singe de la Pépinière de Nancy ? Allez, qui n’a pas connu le Jojo, ce charmant chimpanzé qui pirouettait dans sa cage et amusait le tout Nancy ? Le jour où il est mort, l’Est Républicain a rendu à notre Jojo un hommage digne de la pompe funèbre de Charles III. Ah, sâpré Jojo, t’étais pourtant pas si peut’ que ça !

    Kévin GOEURIOT, historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

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