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Le mystère du Pont des fées de Remiremont

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Selon la légende, les fées l’auraient érigé en une nuit, d’où son nom. Le Pont des fées, situé dans le Massif du Fossard, dans les Vosges, près de Remiremont, est aussi rudimentaire que monumental. Sept mètres de haut, treize de large et trente de long, mais aucune arche ni le moindre ruisseau en-dessous. De pont, il n’en a en réalité que le nom. Son usage et son origine restent en effet un mystère pour les archéologues.

Pont des Fées

Le Pont des fées reste une énigme pour les archéologues (Crédits photo : Grandmou)

Le Pont des fées constitue un passage entre le Massif du Fossard et celui du Saint-Mont. Mais dans les « fées », il faudrait plutôt y voir des hêtres, ou fayes en latin. Le Pont des fayes apparaît en effet pour la première fois sur une carte topographique du XVIIIème siècle. Mais de quand date-t-il et à quoi pouvait-il bien servir ? Les blocs de granit rendent impossible toute prospection au radar. Un livre édité en 1848 fait état de la démolition d’un second pont des fées, afin de construire la prison de Remiremont. Des fouilles archéologiques menées sur le Saint-Mont dans les années 1980 ont permis d’émettre plusieurs hypothèses. Une récente campagne a quant à elle mis au jour de nouveaux éléments.

Le Saint-Mont est un site archéologique de premier ordre. Le panorama sur le Massif du Fossard, sur la Moselle, la Moselotte et la Cleurie est exceptionnel. Son origine remonte à 620 après J.-C. Saint Amé et Saint Romary y fondèrent en 640 une abbaye. L’abbé Romary, qui venait de Metz, est d’ailleurs à l’origine du nom de Remiremont. Ce monastère mérovingien était réservé à 84 moniales qui se relayaient toute la journée pour que jamais ne cessent leurs prières. Il faut également savoir que Charlemagne est venu au Saint-Mont. L’abbaye était aussi une résidence princière. La dernière campagne de fouilles a permis de dégager des cuves maçonnées et juxtaposées, appelées formae. Spécifiques aux monastères mérovingiens, ces structures funéraires rarissimes étaient destinées à accueillir les dépouilles des 84 moniales. Il s’agit sans doute du plus grand site du genre en Europe. A noter qu’il est toujours possible d’observer sur le Saint-Mont les chapelles Sainte-Marguerite et Sainte-Claire datant respectivement du XI-XIIIème siècles et du XVème siècle.

Certains ont avancé que les deux ponts constituaient des postes d’observation et de défense d’une forteresse romaine. Cela dit, les traces de castrum retrouvées correspondraient plutôt à une fortification rudimentaire et communautaire édifiée par la population vivant en contrebas pour se protéger des invasions barbares au IVème et au Vème siècles après J-C. Or, les deux ponts auraient favorisé l’accès au site. Ils seraient ainsi liés à la vie sainte du Mont. Ils n’auraient pas servi de points de passage au VIIème siècle à l’évêque de Metz, Saint Arnoult, en ermitage sur le Mont Fossard, pour rendre visite à Saint Romary, mais plutôt aux pèlerinages qui se sont développés vers le IXème siècle, lorsque les religieuses ont quitté le Saint-Mont pour s’installer à Remiremont. Quoi qu’il en soit, ce type d’édifications n’a été retrouvé nulle part ailleurs.

(Source : RL du 21/08/2014)

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2 Commentaires

  1. totor

    23 août, 2015 à 11:03

    Nous sommes dans une région ou vivait le peuple celte des leuques .
    sa caractéristique était le matriarcat… Il y avait des druidesses qui vivaient sur les montagnes .
    Les appellations « pont des druidesses » ou « roche des druidesses » aurait fait tache après l’évangélisation !
    Donc le terme retenu a été « fées » ….
    Alors on peut sans se tromper dater ces sites de bien avant l’arrivée des romains .
    Autre déformation amusante du même tonneau: sur la côte de Répy au dessus d’Etival, un ancien camp Celte puis romain a été appelé « camp des sarazins » ……….

  2. Groupe BLE Lorraine

    20 janvier, 2016 à 23:02

    En 641, Arnould, évêque de Metz et ancêtre de Charlemagne, décède. Son dernier voyage le conduit des hauteurs de Remiremont à Metz. Sur la route, non loin de Champigneulles, ses fidèles escorteurs assoiffés tombent en panne de bière. Mais les tonneaux vides se remplissent miraculeusement. Arnould est promu saint ! Il est aujourd’hui le Saint Patron des brasseurs lorrains.

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