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Du plus grand cimetière américain à Saint-Avold

Situé à Saint-Avold, le Lorraine American Cemetery and Memorial est le plus grand cimetière américain d’Europe de la Seconde Guerre mondiale. Environ 10 000 soldats américains sont inhumés dans ce terrain qui s’étend sur près de 46 hectares. La plupart des soldats enterrés à Saint-Avold sont morts dans l’Est de la France, au Sud de l’Allemagne et en Tchécoslovaquie. Les dessins des parcelles du cimetière se répartissent symétriquement autour d’un axe Est-Ouest qui relie la chapelle au belvédère. Plusieurs arbres qui ornent les lieux sont originaires d’Amérique du Nord, à l’instar de gléditsias, d’inermis ou de sophoras.

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Le Lorraine American Cemetery and Memorial est le plus grand cimetière américain d’Europe de la Seconde Guerre mondiale (Crédits photo : Karim FAREZ pour le Groupe BLE Lorraine)

Le 1er octobre 1947, la France concéda l’utilisation à perpétuité du terrain aux Etats-Unis pour y accueillir un cimetière. L’inauguration eut lieu en 1960. Auparavant, les dépouilles des soldats reposaient dans quatre cimetières provisoires situés en Meurthe-et-Moselle, à Limey et à Andilly, dans le Bas-Rhin à Hochfelden, ainsi qu’à Saint-Avold. Près de 40 % des corps inhumés dans les quatre cimetières provisoires initiaux ont été transférés en Moselle-Est. En effet, les familles des victimes eurent la possibilité en 1947 de faire rapatrier les corps si elles le désiraient.

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Le cimetière américain de Saint-Avold a été créé en 1947 (Crédits photo : Karim FAREZ pour le Groupe BLE Lorraine)

Onze femmes sont inhumées au cimetière de Saint-Avold. Il s’agissait pour la plupart d’infirmières décédées de maladie ou dans un accident. Les femmes n’étaient en effet pas autorisées à combattre à l’époque. 151 tombes sur les 1 487 que compte le site ont été érigées pour des soldats inconnus. Les croix portent alors l’inscription « Ici repose dans l’honneur un frère d’armes connu seulement de Dieu ». De part et d’autre de la chapelle, 444 noms de soldats sont gravés sur le Mur des disparus qui est orné d’un aigle doré. Lorsqu’un corps est retrouvé et identifié, une petite fleur de bronze vient cacher le nom de l’ancien disparu. Le Mur comporte actuellement 32 fleurs. Le soldat Charley Havlat, qui repose à Saint-Avold, a été abattu par un sniper, le 7 mai 1945, dix minutes après la proclamation du cessez-le-feu sur le front Ouest. Un peu plus loin, une stèle avec une unique plaque de bronze rappelle le crash d’un avion de reconnaissance près de Nancy qui s’est soldé par la mort des trois aviateurs. L’appareil s’enflamma au sol et il fut ensuite impossible de distinguer les corps. Ceux-ci furent donc inhumés ensemble avec l’accord des familles. 300 noirs Américains sont également enterrés à Saint-Avold, ainsi que 42 Américains d’origine mexicaine, seize civils, essentiellement des membres de la Croix-Rouge, treize Indiens d’Amérique, six Anglais, quatre Portoricains, trois Canadiens, trois aumôniers, un Mexicain, un Chinois, un Hawaiien et un Philippin. A noter que la Medal of Honor, la plus haute distinction militaire américaine décernée pour acte de bravoure, fut attribué en 1997 au sergent Ruben Rivers. Ce dernier faisait partie du 761ème Bataillon de chars, surnommé les Black panthers, qui était composé uniquement de soldats noirs. Bien que grièvement blessé le 16 novembre 1944 lors de la Bataille de Guébling, le sergent Rivers refusa d’abandonner le commandement de son groupe. Il succomba trois jours plus tard dans son char, pulvérisé par des tirs allemands. Proposé par son supérieur hiérarchique pour recevoir la Medal of Honor dès le lendemain, elle ne lui fut seulement accordée que le 13 janvier 1997 par Bill Clinton. L’armée américaine ne décernait en effet pas à l’époque cette distinction à des soldats de couleur.

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Le site rassemble 1 487 tombes de toutes confessions et de plusieurs nationalités (Crédits photo : Karim FAREZ pour le Groupe BLE Lorraine)

Le cimetière emploie un surintendant de nationalité américaine. Le reste du personnel est lorrain. Il comprend deux maçons, deux mécaniciens, un assistant contremaître, un contremaître, une assistante administrative et treize jardiniers. L’ensemble des employés est soumis aux droits français et américains mais aussi au Droit Local mosellan.

Le cimetière est évidemment un important lieu de mémoire, de nombreuses familles américaines se sont rendues et se rendent encore à Saint-Avold pour se recueillir sur la tombe d’un proche. Le cimetière est régulièrement le théâtre de cérémonies émouvantes. Le Bicentenaire de la révolution américaine y a par exemple été commémoré en 1976. Plus récemment, des commémorations ont été organisées à l’occasion du 60ème anniversaire de la libération de Saint-Avold. De plus, tous les ans, lors du Memorial Day, jour de commémoration fixé hors Etats-Unis au dernier dimanche du mois de mai suivi d’un lundi du même mois, les soldats américains tombés sur les champs de bataille sont honorés. Deux drapeaux, un français et un américain, sont alors plantés au pied de chaque stèle.

Malgré son importance, le cimetière américain de Saint-Avold n’a jamais accueilli de président américain et français. Selon la charte de l’association France-Etats-Unis, toute personne qui s’engage à parrainer un soldat enterré à Saint-Avold doit déposer au moins une fois par an une fleur au pied de la stèle du soldat filleul, sans pot ni emballage.

Il est possible de se rendre au cimetière américain de Saint-Avold qui est ouvert tous les jours de 9h à 17h, sauf le 25 décembre et le 1er janvier. La visite de ce lieu chargé d’histoire permet de comprendre le sacrifice de ces milliers de soldats nés de l’autre côté de l’Atlantique et qui reposent aujourd’hui sur le sol lorrain.

Karim FAREZ, Etudiant en Histoire parcours Droits et Sciences politiques à l’Université de Lorraine, pour le Groupe BLE Lorraine.

21 mars, 2015 à 12:49


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