Accueil Culture et patrimoine Comment les Allemands transformèrent Metz au début du XXème siècle

Comment les Allemands transformèrent Metz au début du XXème siècle

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Il y a un peu plus de cent ans, Metz vécut une incroyable transformation. Les Allemands détruisirent une grande partie des remparts médiévaux pour édifier une nouvelle ligne de chemin de fer, une nouvelle gare et la Nouvelle-Ville (Neue Stadt).

Metz_Kaiser-Wilhelm-Ring_1917

Kaiser Wilhelm Ring à Metz, carte postale datée du 11 février 1917

Metz étouffait intra-muros. Le bras originel de la Seille passait Rue Haute-Seille et Rue des Tanneurs, où cette corporation lavait et faisait sécher les peaux. Un canal avait été créé au XIIIème siècle pour faire affluer la rivière dans le ruisseau du Cheneau, derrière l’actuel Hôpital Legouest. De cet aménagement naquît l’Ile d’Outre-Seille. Depuis le Moyen-âge, la Seille formait à Metz un véritable égout à ciel ouvert. Les habitants y déversaient toutes sortes de déchets. La rivière posait un sérieux problème de salubrité publique. Elle n’était d’ailleurs pas étrangère aux déclenchements d’épidémies, comme celle de choléra en 1832. Au XIXème siècle, les maires de Metz, dont notamment Félix Maréchal qui était médecin de profession, espéraient pouvoir résoudre le problème. Mais c’était sans compter sur le lobby des tanneurs. La ville était de même encore fortifiée et les remparts étaient toujours actifs militairement.

Les fortifications médiévales messines comprenaient un mur d’enceinte de sept km de long flanqué de 38 tours de guet et de 18 portes. Chaque tour était entretenue par une corporation de métiers, dont elle portait également le nom. Il y avait la Porte Serpenoise, la Porte Saint-Thiébaut, la Porte En-Chandellerue, la Porte des Repenties, la Poterne Saint-Nicolas, la Porte Mazelle, la Porte des Allemands, la Porte Sainte-Barbe, la Porte du Haut-Champé, la Porte de France, la Porte de la Saux-en-Rimport, la Porte de Chambière, la Porte de l’Hôtel Lambert, la Porte d’Outre-Seille, la Porte du Pontiffroy, la Porte du Pont des Morts, la Porte d’Anglemur et la Porte de Patar. Au XVIème siècle, Louis XIV fit fortifier à nouveau la ville. C’est à cette époque que fut construite la citadelle qui s’intègre aux remparts.

Si les fortifications médiévales et celles de Vauban datant du XVIIème siècle faisaient de Metz une des Carcassonne de l’Est, elles freinaient l’essor démographique du XIXème siècle et la construction de logements. Après la guerre de 1870-1871 et l’annexion au Reich allemand, Guillaume II voulut faire de Metz la vitrine de l’Empire. Il fit pour cela déclasser l’enceinte militaire. Il faut dire que l’évolution de l’armement, notamment de l’artillerie, avait rendu les remparts quelques peu caduques. Les ingénieurs et les architectes allemands voulaient aérer la cité et y faire rentrer la lumière. Le Kaiser autorisa en 1898 le démantèlement de l’enceinte pour permettre à la ville de s’étendre. A l’époque, il n’y avait aucune construction en dur entre la Porte Serpenoise et l’actuel Jardin botanique, excepté quelques hangars et cabanons. Metz est en effet historiquement une cité sans faubourgs. En seulement quelques années, des boulevards et des pénétrantes furent aménagés, les mêmes que les Messins utilisent encore aujourd’hui. Comme à Paris du temps de Haussmann, les espaces laissés libre furent transformés en cours carrossables bordés d’arbres qui devinrent rapidement des lieux de promenade. Un Ring fut imaginé pour contourner la ville de l’extérieur en suivant le tracé des anciens remparts, après que les fossés eurent été comblés. Une Nouvelle-Ville s’étendit rapidement au Sud avec la métamorphose spectaculaire du quartier du Sablon et la construction de l’Avenue de Nancy, de l’Avenue De Lattre de Tassigny, de la Rue de Pont-à-Mousson et de la Rue de Verdun. Les travaux, qui avaient débuté en 1903, ne durèrent que deux ou trois ans. En quelques années, la ville avait complément changé.

Attaché à l’époque médiévale, l’Empereur sauvegarda néanmoins des pans entiers de remparts, mais aussi la Tour Camoufle qui date du XVème siècle, la Porte des Allemands ou encore les fondations de la Tour d’Enfer près du Palais du Gouverneur. Une nouvelle tannerie fut enfin édifiée à Saint-Julien-lès-Metz, afin de permettre aux tanneurs de travailler dans de meilleures conditions.

(Source : RL du 25/01/2015)

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Un commentaire

  1. serge

    9 mars, 2015 à 19:30

    Les Prussiens étaient de grands urbanistes avant l’heure. Ils ont laissé en Alsace-Moselle un superbe patrimoine et une vision avant-gardiste de la ville et de ses flux.
    N’oublions pas que c’est sur un coup de sang de Napoléon III que la France a déclaré la guerre à la Prusse.
    Pour imaginer la géopolitique de l’époque c’est comme si la Belgique déclarait le guerre à feu l’URSS.
    Metz a hérité d’un patrimoine riche et varié et Nancy, la petite sœur, a pu jouer dans la cour des grands. Le malheur des uns……

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