Centre de ressources numériques sur la Lorraine
  • Accueil
  • > Actualité
  • > Pour un Conseil Unique de Lorraine : Alsace, Champagne, non merci !

Pour un Conseil Unique de Lorraine : Alsace, Champagne, non merci !

Les différentes annonces concernant les contours des futures régions donnent le sentiment d’un incroyable bricolage improvisé dans la précipitation, de grotesques gribouillages dessinés en catimini sur un coin de table. Pire, ce redécoupage nous fait reculer de 40 ans. En effet, alors que de plus en plus de responsabilités et de compétences étaient attribués aux collectivités, le pouvoir jacobin parisien se permet brusquement de leur retirer la compétence générale tout en organisant leur charcutage !

blason lorrain Chapelle Cordeliers Nancy

Vitrail à l’effigie de la Lorraine dans la Chapelle des Cordeliers à Nancy (Crédits photo : Groupe BLE Lorraine)

Depuis Louis XIV, la France se construit sur le mythe d’une organisation rationnelle de son territoire. Comme si cette pseudo petite nation était un jardin dont on reverrait l’agencement des bosquets et des plans d’eaux géométriques. Si bien que la nouvelle carte des régions, amendée ou non, ne repose sur aucune logique.

Le pouvoir central nous parle ainsi de faire des économies. Or, force est de constater que rien ne permet actuellement de mesurer objectivement les économies et l’efficacité de ce meccano géographique. Divers chiffrages sont avancés. Certains estiment même que la réorganisation territoriale envisagée entraînerait davantage de coûts ! Paris entend fusionner des régions entre elles sans déterminer quelles seront les compétences des uns et des autres, ni mêmes les ressources fiscales et financières qui seraient attribuées aux territoires remodelés. L’argument économique de la « réforme » n’est donc pas recevable.

Par ailleurs, personne n’a apparemment eu l’idée de faire appel aux lumières d’un géographe expert de l’organisation de l’espace. C’est pourtant l’une des spécialités phares de l’école française. Au final, la méthode et les critères utilisés sont affligeants et dénués de sens. Notre Lorraine se voit forcer de fusionner soit avec l’Alsace, soit avec la Champagne-Ardenne, soit encore avec les deux. D’une superficie de 23 547 km², la Lorraine fait les trois quarts de la Belgique et est plus grande que de nombreux Länder allemands tels que la Sarre (2 569 km²) ou encore que la Rhénanie-Palatinat (19 853 km²). La différence avec nos voisins fédérés n’est pas une question de taille « critique », mais d’attributions de compétences et de pouvoirs. De son côté, la Corse, forte de ses 300 000 habitants, a le droit de rester seule. Faut-il donc poser des bombes et commettre des attentats pour passer entre les mailles du filet ? Si tel est le cas, cela fait froid dans le dos ! Par conséquent, l’argument géographique ne tient pas la route.

En outre, imposer des fusions et défigurer à ce point le paysage régional sans la moindre consultation citoyenne pose un grave problème de légitimité et d’appropriation. Das ist keine Demokratie ! Un tel passage en force constitue une insulte envers le peuple, un mépris total.

Examinons à présent la possibilité d’une fusion Lorraine-Alsace. L’association de ces deux territoires à forte identité, souvent antagoniste, n’a rien de naturel, comme on pourrait le croire depuis Paris. En 3 000 ans d’histoire, l’appellation « Alsace-Lorraine » n’apparaît qu’au lendemain de la Guerre de 1870-1871, après que le premier Reich allemand ait annexé le Nord-Est de la Lorraine et l’Alsace, afin d’assouvir sa pulsion expansionniste. Une bonne partie de la mythologie républicaine française s’est construite autour de ces « provinces perdues », oubliant au passage leurs spécificités. Aujourd’hui, la Lorraine est tournée vers le Luxembourg, la Sarre et la Belgique, alors que l’Alsace regarde à l’Est en direction du Bade-Wurtemberg et de la Suisse. L’Alsace-Lorraine n’a jamais été et ne sera jamais une communauté de destin choisie par ses habitants.

Si une majorité des élus alsaciens refuse toute modification des frontières actuelles de l’Alsace, ils ne voient par contre aucun inconvénient à redessiner les frontières d’autres régions, avec en ligne de mire l’arrivée dans leur giron de la Moselle, qui provoquerait l’éclatement de la Lorraine, ainsi que du Territoire de Belfort. On reconnaît une nouvelle fois bien le talent de l’Alsace. Celui-là même qui a réussi à faire croire que les cigognes et le Munster sont alsaciens, alors que les premières s’observent partout et que le second est produit à 95 % en Lorraine.

Que dire à présent d’une fusion Lorraine-Champagne-Ardenne ? D’une part que de nombreux élus lorrains et champenois y sont opposés. D’autre part, que les points communs à la Lorraine et la Champagne se résument essentiellement au partage d’un unique pôle de compétitivité. Enfin, que le rattachement de la Champagne, terre des sacres des rois de France, à la Lorraine, constituerait une véritable insulte lancée à l’histoire lorraine, ancien Etat souverain et indépendant.

La création d’un ensemble Lorraine-Alsace-Champagne ne mérite pas qu’on s’y attarde tant il n’a de sens au vu des éléments et des arguments précédemment avancés.

En conclusion, le Groupe BLE Lorraine ne peut que dénoncer des marchandages politiques obscurs éloignés de toute logique économique et territoriale. La carte des régions charcutée n’est qu’une caricature de démocratie et de décentralisation. C’est la raison pour laquelle, à défaut de la reconstitution à court terme d’une grande Lorraine, le Groupe BLE Lorraine se prononce pour la création d’un Conseil Unique de Lorraine et rejette idée de toute fusion de la Lorraine avec une région voisine.

23 octobre, 2014 à 21:18


5 Commentaires pour “Pour un Conseil Unique de Lorraine : Alsace, Champagne, non merci !”


  1. internaute123 écrit:

    « On reconnaît une nouvelle fois bien le talent de l’Alsace » en effet, j’ai le même ressenti a propos des Alsaciens.
    Concernant la fusion des régions, on pourrait citer deux proverbes Lorrains du pays de Nied :
    Jedem sein’t, dann hat der Deiwel neischt (à chacun le sien alors le Diable n’aura rien).
    wéer bestoot és, hat nur noch en halw brout (celui qui est marié n’a plus qu’un demi pain).

  2. SCHAEFER écrit:

    L’Alsace et la majorité de ses élus ne veut point entendre parler de fusion avec la Lorraine et/ou la CA. Quant à une union de l’Alsace avec la seule Moselle, nous avons déjà donné…en 1940. L’Alsace n’a que 1 950 000 habitants vs 2 700 000 pour la Lorraine, mais son PIB = 90% celui de la Lorraine.
    Le fromage Munster : provient des « alpages » vosgiens, de part et d’autre de la « frontière » qui se confond avec la ligne de crêtes, donc il est effectivement autant « lorrain » (de l’arène du Hohneck !) qu’Alsacien (de la même arène !).
    Cigognes : elles passent, nombreuses, en Lorraine, mais…elles résident en Alsace.
    Bien cordialement
    Pierre
    de Holtzheim (67)

  3. Groupe BLE Lorraine écrit:

    Mais bien entendu … pour ce qui est des cigognes, autant être clairs et factuels : http://forumdeslorrains.forumactif.com/t96-les-cigognes-sont-de-retour.

    Pour ce qui est du Munster, de la même manière :

    - http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2013/02/06/des-hamburgers-au-munster/

    - http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/04/11/la-lorraine-cette-terre-fromagere/

    Voilà, c’était simplement une parenthèse, là n’est pas le débat (il y en a juste assez de la récupération et de la confiscation de tout et n’importe quoi par les alsaciens, bientôt, on trouvera des « sushis d’Alsace naturellement ! »)

    Le Groupe BLE Lorraine

  4. CV57 écrit:

    Une commission du Sénat vient de produire une carte actant que l’Alsace fait région à part. La réorganisation envisagée est alors celle du regroupement de la Champagne-Ardenne avec la Lorraine. La « CAL » de la réforme, en quelque sorte (ha, ha !). Rendez vous pour la suite le 28 octobre. Pendant ce temps là, d’autres problèmes d’organisation des territoires ne sont pas traités (ou pas médiatisés).

  5. schmitt écrit:

    Bravo les Lorrains ! Enfin une ambition légitime et porteuse d’avenir. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’une fusion quelconque (la dimension n’a pas d’importance) : ce qu’il faut, c’est de la confiance accordée aux collectivités, c’est moins d’Etat central qui nous étouffe, ce sont des compétences à exercer avec possibilité de réglementer localement et de lever des moyens financiers correspondants. Bref, une bonne dose de fédéralisme ne ferait pas de mal à notre vieux pays. Paris nous infantilise ! Je ne vous suis pas complètement sur l’histoire du munster et des cigognes qui ne connaissent pas les limites administratives ; si les alsaciens utilisent leur image à bon escient, tant mieux pour eux ! Ils ne dénigrent pas les Vosges pour autant.
    Nous ne devons pas nous opposer, mais revendiquer ensemble que nous voulons désormais avoir voix au chapitre.
    Lors de la manifestation à Strasbourg pour une Alsace unie, de nombreuses voix se sont élevées pour dire que les Lorrains auraient dû y être associés et manifester le même jour leur rejet de l’ALCA! Les Alsaciens ne rejettent pas les Lorrains ni ne les méprisent : ces vieilles querelles de clocher n’ont plus cours que chez les (très) anciennes générations ! Les jeunes Alsaciens résonnent Europe, Vosges, Moselle, Franche-Comté, Suisse, Pays de Bade. Pas ALCA.
    Et quel affront fait aux Lorrains de leur faire croire qu’ils ont besoin de se marier à l’Alsace pour s’en sortir !
    BRAVO pour votre initiative. Toutes les régions devraient être sur la même ligne. Ce que l’Alsace a compris, tout le monde doit le défendre. FAITES ENTENDRE VOS VOIX !! Ne vous cantonnez au blog. Oeuvrez pour votre LORRAINE sans crainte : toutes les idées qui ont fini par être applaudies ont d’abord été moquées, puis combattues.
    Et tout ça, c’est un alsacien du Sundgau qui vous le dit. Hànd ìn Hànd, mìtnànder. Ne lâchez rien.


Laisser un commentaire