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Monuments, stèles et croix de 1870-1871 dans la campagne messine

Le 16 août 1870, la Bataille de Rezonville fit plus de 15 800 morts, blessés et disparus côté allemands et près de 13 000 côté français. Ce jour-là, la Prusse fut défaite. Deux jours plus tard, le 18 août 1870, la France était abasourdie après la Bataille de Saint-Privat-la-Montagne qui fit pourtant plus de 20 000 morts, blessés et disparus chez les Allemands, contre 12 000 chez les Français. En trois jours, des milliers de cadavres parsemèrent les champs, fermes, routes, villages et côtes autour de Metz. Cette hécatombe est restée célèbre à travers l’expression « ça tombe comme à Gravelotte » qui désigne les obus, la mitraille et les corps des soldats.

Monument Guerre 1870-1871 campagne messine

Monument du 52ème Régiment d’Infanterie brandebourgeois près de Rezonville (Crédits photo : Google Maps)

La Guerre de 1870-1871 constitue un tournant dans l’histoire militaire. Elle marque l’entrée dans la guerre industrielle. Ce fut au cours de ces terribles combats et dans le fracas des armes à feu et de l’artillerie que chargèrent pour la dernière fois les cavaleries d’Europe occidentale. Afin d’offrir une sépulture digne à tous ces morts, les champs de bataille se couvrirent progressivement à la fin du conflit de monuments, de stèles et de croix. Si bien qu’aujourd’hui, sur le plateau de Rezonville, les tombes blanches des ossuaires parsèment les champs. Compagnons malheureux d’une même boucherie, Français et Allemands se trouvent mêlés dans ce paysage bucolique.

En excluant les innombrables croix et stèles, 160 monuments de la Guerre de 1870-1871 sont recensés en Pays Messin, dont 120 sont allemands, ainsi que 116 monuments collectifs, dont 112 allemands. Dans cette Moselle qui fut annexée au Reich, on compte ainsi beaucoup plus de tombeaux allemands. Le premier monument inauguré par les Dames de Metz le 7 septembre 1871, à Chambière, était pourtant dédié à des soldats français. La première inauguration allemande eut lieu quelques mois plus tard, le 28 décembre 1871, à Saint-Privat, avec le monument du 4ème Régiment des Grenadiers de la Garde. Une première vague de construction de stèles se produisit dans la foulée de ces deux commémorations. Elle dura jusqu’en 1875. Entre Rozérieulles et Mars-la-Tour, une multitude de socles massifs en pierre de Jaumont soutiennent toujours d’immenses colonnes et obélisques. On trouve également des pyramides faites d’énormes blocs, notamment entre Vionville et Auconville. Une seconde vague de constructions de monuments suivit en 1890, avant une troisième à l’aube de la Première Guerre Mondiale.

Dans une Allemagne naissante, unifiée par la Prusse dans le sang de la Guerre de 1870-1871, l’édification d’un mémorial était une affaire de régiment, donc d’origine. Chaque régiment voulait avoir son monument pour afficher ses pertes et démontrer la force de son engagement sur le terrain. A Gravelotte, en face du nouveau Musée, le Mausolée présente une série de marbres blancs à l’intérieur de son cloître d’inspiration cistercienne. Cette Halle du Souvenir a été construite en 1905. A l’hommage se dispute également une certaine rivalité. Nulle part ailleurs, dans d’autres champs d’honneur, dans d’autres guerres, les blessés n’occupent une telle place. Le 77ème Régiment d’Infanterie de Hanovre déclare par exemple deux officiers et vingt-quatre soldats morts, six officiers et 97 soldats blessés. En Allemagne, le souci de rendre hommage aux combattants tombés trouva même des répercussions dans les négociations du traité de paix. L’Empereur Guillaume accepta ainsi de céder Belfort et son territoire en échange de deux villages situés en Meurthe, à savoir Vionville et Sainte-Marie-aux-Chênes, le fameux tombeau de la Garde impériale.

(Source : RL du 20/04/2014)

7 mai, 2014 à 23:10


Un commentaire pour “Monuments, stèles et croix de 1870-1871 dans la campagne messine”


  1. Groupe BLE Lorraine écrit:

    Le Chemin de Mémoire de Rozérieulles a dernièrement été inauguré à la Ferme Saint-Hubert, haut lieu de la Guerre de 1870-1871. D’une longueur de 4,5 km, celui-ci mène les curieux à travers les champs de bataille qui ont vu s’affronter 400 000 hommes et fait plus de 30 000 morts, tout en sinuant par la Vallée de la Mance, où l’histoire a laissé place à une étrange biodiversité. Le sentier est agrémenté d’un panneau d’orientation et de plusieurs panneaux d’informations, afin de mettre en valeur les monuments et les tombes situés sur les hauteurs du village qui témoignent encore de la violence des combats des 14, 16 et 18 août 1870. Il permet également d’explorer des sites naturels d’une beauté insoupçonnée. Ainsi, en descendant la Taie au Renard, les promeneurs découvre le Vallon des Genivaux et parcourent les anciennes carrières de pierre de Jaumont qui abritent la renoncule à feuille de platane, des orchidées, la dentaire pennée ou encore la pyrole à feuille ronde.


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