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Ascométal, révélateur de la dépendance lorraine

Après la cokerie de Carling et les hauts-fourneaux d’ArcelorMittal à Hayange, le complexe sidérurgique d’Ascométal, à Hagondange, constitue l’exemple parfait de ce qui ronge et détruit l’industrie lorraine. Déjà restructuré par le passé, le groupe a vu sa gestion confiée à un fonds américain assujettis à des banques et à la finance mondiale. Comme dans de trop nombreuses unités de production présentes en Lorraine, les décisions ne sont plus prises sur notre territoire mais à l’étranger, à des centaines voire des milliers de kilomètres de là, à Paris ou ailleurs.

Ascométal fabrique pourtant des produits de haute qualité pour l’automobile, la mécanique et les secteurs du pétrole-gaz. C’est d’ailleurs cette spécificité qui lui a permis de perdurer. Aujourd’hui, il est plus que regrettable de constater que les bénéfices dégagés par l’entreprise, grâce notamment au retour de ses anciens clients, soient aussitôt engloutis dans le remboursement de sa dette qui s’élève à 360 millions d’euros. Cette dernière a été contractée lors de l’acquisition d’Ascométal par l’actionnaire Apollo en 2011. Voilà comment un fleuron industriel reconnu pour ses aciers spéciaux se retrouve dans la tourmente. En rachetant Ascométal au sidérurgiste italien Lucchini, le fonds de pension américain entendait réaliser un Leverage Buy-Out (LBO). Cette opération financière consiste à acheter une entreprise sans dépenser la totalité de l’argent mis sur la table dans le but de faire une plus-value à la revente. Malheureusement, cela ne s’est pas du tout passé comme prévu. La mise d’Apollo était en effet beaucoup trop faible. Celui-ci comptait verser 50 millions d’euros sur les 350 millions d’euros de la vente. Il a créé la holding Capitaine Bidco et contraint Ascometal de supporter le poids de la dette en émettant 300 millions d’euros d’obligations pour rembourser les banques. Bien évidemment, personne n’a voulu acheter de telles obligations. Si bien que le prêt relais accordé par les banques américaines Morgan Stanley et Bank of America s’est transformé en prêt auprès de la holding Capitaine Bitco. Avec un taux d’intérêt exorbitant de près de 13 % ! Capitaine Bidco exigeait alors de sa filiale le remboursement des intérêts qui s’élevaient à 37 millions d’euros par an. Ascométal a été asphyxié par son propre actionnaire à cause d’une opération financière complètement foireuse.

Engagés dans un véritable dilemme du prisonnier au sujet de la gouvernance de l’entreprise, les différents protagonistes américains ont tous perdu le contrôle du groupe, faute d’accord, puisque le Tribunal de Commerce de Nanterre a dernièrement placé Ascométal en redressement judiciaire pour une période d’observation de six mois. Les 580 et 80 personnes respectivement employées à Hagondange et à Custines s’apprêtent désormais à trinquer, alors que ce n’est ni le travail ni les commandes qui manquent …

10 mars, 2014 à 0:07


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