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Petite chronologie de la fin de la Lorraine indépendante

13 février 1737 : Traité de Vienne. François III de Lorraine renonce à la Lorraine au profit de Stanislas Leszczynski et devient Grand-duc de Toscane. Il conserve également du patrimoine de Léopold le duché silésien de Teschen, reçu en 1723, ainsi que le Comté de Falkenstein, fief impérial reçu en 1458. Il garde également le titre honorifique d’« Altesse Royale de Lorraine », les armes ducales et le droit de siéger à la Diète impériale sous le nom de « marquis de Nomeny ».

21 mars 1737 : Antoine-Martin de Chaumont de la Galaizière, chancelier et garde des sceaux du roi Stanislas, fait acte de prise de possession de la Lorraine. Rennel, Riocpurt et Lefèbvre sont chargés par le Duc François III de Lorraine d’assister à cette funeste cérémonie en tant que commissaires. Au moment de la prestation du serment, les régiments de Bretagne, de Guyenne et de Vivarais, sortis de la ville de Nancy, pour y laisser une plus grande liberté à la prise de possession, y rentrent en armes comme auxiliaires du roi de Pologne.

vitrail Chapelle Cordeliers Nancy

Vitrail dans la Chapelle des Cordeliers à Nancy (Crédits photo : Groupe BLE Lorraine)

3 avril 1737 : En provenance de Meudon, Stanislas arrive à Lunéville. Il ne fait son entrée dans Nancy que le 9 août.

Stanislas, duc fantoche installé par les Français en 1737, fait ensuite démolir non seulement les châteaux de La Malgrange, de Dax, de Ligny, d’Einville-aux-Jard, d’Ancerville et de Gondreville, mais aussi l’arsenal, l’ancien château de Nancy, la salle de l’Opéra, l’Hôtel des Pages, l’ancienne chapelle Notre-Dame de Bonsecours, d’où partait chaque 5 janvier le défilé de notre Fête nationale depuis 1477, ainsi que la partie du Palais ducal situé à l’extrémité de la Place de la Carrière pour la remplacer par l’Hôtel du Gouvernement. Il fait par ailleurs supprimer les confréries bourgeoises d’arbalétriers, d’arquebusiers et de bustiers et endosse l’impopularité croissante que vaut au nouveau régime l’accroissement des charges fiscales (+ 50 % entre 1737 et 1750, sans parler des trois impôts successifs du « vingtième » en 1749, 1757 et 1760), l’introduction de la corvée des routes, la création de la milice et le bannissement en 1748 de la langue germanique des actes de procédure en Lorraine germanophone. A la taille, la ferme générale et les droits indirects se sont ainsi ajoutés les droits seigneuriaux hérités par le domaine royal et les impôts sur le sel, le tabac et la châtrerie. A la veille de la révolution française, la Lorraine était devenue l’une des régions les plus pauvres de France, juste devant la Bretagne. Les 27 années suivantes, elle donna 7 Maréchaux et 65 généraux à la révolution et à l’Empire.

1738 : La Lorraine, déjà imposée à 190 000 livres, voit ses contributions augmenter. A peine a-t-elle versé 620 045 livres dans les coffres de Stanislas pour son droit de « joyeux-avènement », qu’elle est obligée de payer 368 415 livres pour l’entretien de la cavalerie française cantonnée sur les rives de la Meurthe et de la Meuse. Qui plus est, sur demande du ministère de la marine du royaume de France, les individus condamnés par les tribunaux lorrains à la peine du bannissement sont envoyés sur les galères royales.

9 mai 1738 : Anne-Charlotte de Lorraine, fille d’Elisabeth-Charlotte et de Léopold Ier et sœur de François III, est élue abbesse de Remiremont à la mort de l’abbesse Béatrix Hiéronyme de Lorraine, petite-fille de Charles IV. Malgré cette élection, Stanislas fait détruire les scellés qui avaient été posés par le maire, le procureur fiscal et le juré de Remiremont. Il les fait remplacer par ceux des commissaires envoyés par la cour française de Nancy. Il en coûte même 1 400 livres au chapitre pour payer les vacations des officiers de justice de Stanislas qui sont chargés de violer des droits pourtant imprescriptibles. C’en est fini de la royauté du chapitre impérial de Remiremont.

De 1738 à 1741 : L’église Notre-Dame de Bonsecours est élevée selon les plans d’Emmanuel Héré sur ordre de Stanislas. L’église est édifiée à la place de la chapelle Notre-Dame de la Victoire, dite « chapelle des Bourguignons ». La bourgeoise de Nancy est mécontente et le fait savoir. Le potier d’Etain Mouchette-Revau, habitant en face du sanctuaire lorrain, fait par exemple murer ses fenêtres pour ne pas être « témoin » du sacrilège. Dans cette nouvelle église seront enterrés François-Maximilien, Duc d’Ossolinski et grand-maître de la maison de Stanislas, Catherine Opalinska, reine de Pologne et femme de Stanislas, le cœur de la reine de France Marie Leisckzinska et Stanislas lui-même.

Nuit du 16 au 17 octobre 1740 : Importantes inondations en Lorraine, notamment à Dieuze, Rosières, Pont-à-Mousson et Mirecourt. Le maître des comptes, M. Bagard, est contraint de s’exiler. Il est soupçonné d’avoir pris part à la Lettre au Marquis de Stainville. Celle-ci exprimait une requête pour faire diminuer les impôts en Lorraine en raison des intempéries catastrophiques.

Stanislas fait détruire la collégiale Saint-Georges, qui occupait une partie de l’emplacement actuel de la place de la Petite-Carrière. Les restes des princes de Lorraine sont transférés à la chapelle ducale. Cette dernière, qui date du XVIIème siècle, est le seul vestige, avec l’église, commencée en 1480, du couvent des Cordeliers, qui fut lui aussi détruit. La magnifique mise au tombeau  du XVème siècle de la chapelle du couvent des Cordeliers est transférée dans la chapelle de Norroy, située dans l’église Saint-Nicolas de Neufchâteau. La collégiale Saint-Georges est donnée à la ville qui en fait un magasin à blé, dont nous ne retrouvons plus aucune trace aujourd’hui.

1741 : A cause du prix trop élevé des grains, des émeutes éclatent à Lunéville, Einville, Vézélise et Dieuze. Louis XV, qui avait ordonné en 1740 la création d’un régiment de gardes-lorraines, placé sous le commandement du prince de Beauvau, fait lever à Stanislas 3 600 miliciens, distribués en six bataillons sous les noms de Nancy, Sarreguemines, Bar, Etain, Epinal et Neufchâteau. Le roi les prendra à son service le 1er  février 1742. Il créé également une « milice royale de Lorraine » composée de six bataillons constitués par tirage au sort. Dressée contre l’Autriche, cette dernière devient rapidement impopulaire, surtout à partir de 1745, date à laquelle l’ancien Duc de Lorraine François Etienne III devient Empereur. Si bien qu’en 1759, la France renonce à recruter de nouvelles troupes. La milice est finalement supprimée en 1770. 20 000 Lorrains ont servi dans les armées royales.

25 janvier 1742 : Stanislas ordonne une levée de trois nouveaux bataillons de milice, en plus des 3 600 miliciens de 1741, sous les noms de Dieuze, Saint-Mihiel et Mirecourt.

10 juillet 1744 : Face à la poussée des troupes de Charles Alexandre de Lorraine, qui ont franchi le Rhin au début du mois, Stanislas quitte Nancy pour se réfugier à Metz. Mais Charles se retire d’Alsace dès le 23 août, pour aller secourir la Bohême, envahie par les Prussiens.

L’avant-veille de Noël, Elisabeth-Charlotte d’Orléans de Lorraine, veuve de Léopold et mère de François III, s’éteint dans son château de Commercy. Elle était la dernière image de l’indépendance lorraine. Sa fille Anne-Charlotte quitte la Lorraine pour aller vivre à Innsbruck. Le château de Commercy revient alors au roi Stanislas.

Louis XV crée le régiment d’infanterie Royal-Lorraine, composé de 1 950 miliciens tirés de la province. Stanislas lève un nombre similaire d’hommes pour remplacer les bataillons de milice.

3 septembre 1745 : François-Etienne III de Lorraine est élu Roi des Romains. Il fait son entrée triomphale et solennelle à Francfort le 25 septembre.

28 septembre 1745 : François-Etienne III de Lorraine et Marie-Thérèse de Habsbourg passent en revue les troupes de la Pragmatique Sanction à Wertheim, près d’Heidelberg.

4 octobre 1745 : François III de Lorraine-Vaudémont est couronné le jour de la Saint François Empereur sous le nom de François Ier de Lorraine-Habsbourg. Il règne jusqu’en 1765.

Un arrêt du Conseil des finances autorise la construction d’un hôtel dit « de l’Intendance » sur l’emplacement de l’ancien … Palais ducal. La portion commencée par Léopold, et qui fermait la Place de la Carrière, est entièrement démolie, à l’exception d’une aile longeant la Ville-Vieille.

1748 : Un décret du Vice-roi de Lorraine Chaumont de la Galaizière bannit la langue germanique des actes de procédure en Lorraine.

Octobre-novembre 1748 : Le Traité d’Aix-la-Chapelle est signé en seulement six jours. Il met un terme à la guerre de succession d’Autriche. Cette dernière a coûté la vie à 20 000 jeunes Lorrains enrôlés dans les armées françaises. Ces dernières déplorent 100 000 morts au total.

1749 : Le « nouveau Louvre » de Nancy, dont la construction est inachevée, est abattu. Sur son emplacement est édifié l’Hôtel de l’Intendance, actuel « Palais du Gouvernement », où réside le gouverneur militaire français de la Lorraine occupée.

Décembre 1749 : Le Marquis Antoine-Martin Chaumont de la Galaizière établi un nouvel impôt en Lorraine baptisé le « vingtième ».

1750 : En Lorraine, le montant des contributions a augmenté de moitié par rapport à ce qu’il était en 1737. Stanislas y ajoute … un nouveau vingtième destiné au paiement des anciennes dettes de l’Etat. Cette mesure est profondément injuste puisque ces dettes avaient été mises par le Traité de Vienne du 28 Août 1736 à la charge de la France.

3 février 1751 : Inauguration par Stanislas de la bibliothèque publique dans la salle des Cerfs du Palais ducal de René II. C’est là que se tenaient autrefois les Etats de Lorraine et les cérémonies funèbres des princes.

De 1752 à 1756 : Réalisation de la Place Stanislas à Nancy sur les plans d’Emmanuel Héré. Une statue de Louis XV est installée au centre de la place royale. L’effigie du roi reçoit de nombreuses insultes mais Stanislas a le bon sens de ne pas en faire rechercher les auteurs.
1754 : Le tombeau de Jacques Callot, situé dans la Chapelle des Cordeliers, à Nancy, est détruit. Celui que l’on peut admirer de nos jours est une reproduction. Le frère du Marquis de la Galaizière est nommé grand-prévôt du chapitre de Saint-Dié.

25 novembre 1755 : Inauguration de la place royale de Nancy et de la statue de Louis XV. En réaction, les nostalgiques lorrains se rassemblent devant la maison du libraire Nicolas, située Rue de Saint-Dizier, où un buste de Léopold de Lorraine orne la façade d’en face.

De 1756 à 1758 : Pour relier son château de Neuviller à Lunéville, Monseigneur de la Galaizière mobilise les habitants de plus de 200 villages.

Septembre 1757 : Le Marquis Antoine-Martin Chaumont de la Galaizière établit un nouvel impôt en Lorraine : le second « vingtième », avec en plus un effet rétroactif d’une année. La cour souveraine de Lorraine proteste le 24 Avril 1758, mais sans succès. Onze de ses membres sont condamnés à l’exil par Stanislas, dont l’intendant de Châteaufort. Huit seront toutefois pardonnés. « La comparaison des provinces de France assujetties aux vingtièmes ne peut présenter un parallèle juste avec les Duchés de Lorraine et de Bar. Ces états forment une souveraineté séparée. Le premier vingtième imposé depuis sept ans pour liquider les dettes des Duchés de Lorraine et de Bar a suffi à peu de chose près, et suffira pour le peu qu’il dure sans qu’il soit nécessaire d’en établir un second. Il n’y a pas de province en France où les impositions directes et indirectes aient été doublées par un accroissement aussi prompt que celui qui s’est fait en 20 années dans les états du roi de Pologne. Les créations des procureurs, de la maréchaussée, des receveurs des finances, des maîtrises, des notaires et des bailliages ont fait passer au trésor royal de France des sommes qui, jointes au produit des autres revenus de l’Etat, ont formé un capital de plus de 60 millions. La misère du peuple, qui devient générale, est telle que les villes et les campagnes sont remplies de pauvres dont le nombre s’accroit chaque jour ».

1757 : En face de l’hôtel de ville de Nancy, au bout de la Rue Héré, est érigé un arc de triomphe en l’honneur de Louis XV. On y trouve également des bustes en bronze des graveurs Israël Sylvestre (1621-1691) et Ferdinand de Saint-Urbain (décédé en 1753). Parallèlement, le château de Commercy est aménagé en  buanderie militaire.

13 novembre 1761 : La Galaizière et Stanislas imposent au peuple lorrain un troisième impôt du « vingtième » avec effet rétroactif au 1er octobre 1759. La cour souveraine de Lorraine proteste une nouvelle fois et apporte « la preuve mathématique » que la France a retiré des Duchés de Lorraine et de Bar, de 1738 à 1761, déduction faite de toutes les charges et dépenses ordinaires et extraordinaires, la somme de 78 392 450 livres.

En 1761, les revenus nets de la Lorraine s’élèvent à 7 103 378 livres. Par l’établissement du troisième vingtième, la Lorraine se trouve surchargée d’un paiement qui excède de plus de 1 800 000 livres la possibilité éventuelle de ses recettes. Il en est de même du Barrois, dans une proportion analogue.

La même année, Stanislas fait détruire la collégiale de Vaudémont qui était « en trop mauvais état ». Les restes du Comte Antoine de Vaudémont et de sa femme sont transportés dans la Chapelle des Cordeliers à Nancy. Le Marquis de La Galaizière essaie d’obtenir pour son frère, nommé grand-prévôt du chapitre de Saint-Dié depuis 1754, l’érection de Saint-Dié en évêché. Mais l’évêque de Toul et le ministre Choiseul font échouer ce projet.

De 1764 à 1765 : Seconde vague d’implantation dans le Banat autrichien. 20 000 Lorrains, Alsaciens, Rhénans, Badois, Wurtembergeois et Bavarois s’y installent, dont 300 Lorrains dès avril 1764.

1765 : Stanislas fait réaliser le Parc de la Pépinière, à Nancy, sur l’emplacement des murailles de la ville, détruites de mai 1661 à octobre 1662. Il ne sera terminé et clôturé qu’en 1775.

23 février 1766 : Accident et décès de Stanislas (88 ans). La Lorraine devient officiellement française.

10 janvier, 2014 à 22:44


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