Centre de ressources numériques sur la Lorraine

Siège de Metz par Charles Quint : le tournant de 1552

Le Metz de 1553 ne ressemble plus du tout au Metz de 1552. Entre les deux, il s’est produit un siège, une guerre, la fin de la République et la destruction d’une bonne partie de la cité. La Ville Libre a basculé dans le royaume de France et a perdu son indépendance. 

Depuis les années 1520, deux superpuissances se disputent l’Europe. Le royaume de France fait face au Saint-Empire Romain Germanique qui gouverne l’Espagne, les colonies d’Amérique, les Provinces-Unies, le Milanais, l’Autriche et une grande partie de l’Allemagne. Entre les deux, le Duché de Lorraine et la Cité-Etat de Metz sont sous influence impériale.

Siège de Metz par Charles Quint : le tournant de 1552 dans Culture et patrimoine tapisserie-siege-de-metz

Dessin représentant Charles Quint lors du siège de Metz

Le roi de France Henri II s’est allié au début de l’année 1552 avec les princes protestants du Nord de l’Allemagne, afin de briser l’encerclement de son royaume. Le Traité de Chambord scelle l’entente. L’Empereur Charles Quint cherche quant à lui à maintenir un corridor entre les Provinces-Unies et l’Italie, pour asseoir son fils, Philippe II, sur le trône d’Espagne.

En Lorraine, le Duc Antoine meurt en 1543, son fils, François, en 1544. La régente Christine du Danemark est la nièce de Charles Quint. Henri II y trouve un prétexte pour intervenir. Il envoie son armée de 38 000 hommes en Lorraine. Le 9 avril, les canons tonnent à Gorze. Le 10, le connétable de Montmorency se présente devant Metz. La Ville Libre est contrôlée par treize familles. Deux d’entre elles, les Heu et les Esch, protestantes, succombent aux sirènes françaises. Les autres se laissent influencer. La République est à bout de souffle.

Le 10 avril, Metz ouvre donc ses portes aux Français. Tout cela a été longuement préparé. La cité est un nid d’espions. Rabelais, qui y séjourne entre 1546 et 1547, en est l’un des plus illustres. Henri II y laisse stationner une garnison de 3 500 hommes et part attaquer Strasbourg. C’est un échec.

De son côté, Charles Quint tergiverse tout l’été. Quand, enfin, il se décide à reprendre Metz, le 23 septembre, les Français ont eu cinq mois pour se préparer. Le duc de Guise, lieutenant général du roi de France, a fait raser près de cinquante églises et chapelles hors des murs de la ville. Il crée un glacis au Sud et stocke toute la nourriture possible. Le siège de Metz dure deux mois et dix jours. Les vivres ne manquent pas. Charles Quint a quant à lui bien du mal à nourrir ses 45 000 hommes et les 10 000 soldats du Prince de Brandebourg. Les 55 000 impériaux sont tenus en échec par les 5 000 défenseurs de Metz, garnison française et milice messine comprise.

La faim, la mésentente entre Espagnols, Italiens, Néerlandais et Allemands, des semaines de pluie et la neige épaisse ruinent le moral des impériaux et favorisent la dysenterie et le typhus. Charles Quint lui-même est malade. Ses soldats tombent comme des mouches. En décembre, la moitié des Allemands et des Néerlandais, ainsi que les trois-quarts des Italiens ont déserté, faute d’être payés. Le 1er janvier 1553, le Duc d’Albe, commandant des armées de Charles Quint, lève le siège et demande aux Messins de soigner les blessés. La ville compte de son côté 213 morts et 608 blessés. Pour Charles Quint, c’est la fin. Trois ans après, il abdique.

1552 est donc une date capitale dans l’histoire de l’Europe. L’équilibre se refait entre le royaume de France et le Saint-Empire Romain Germanique. Pour Paris, tourné jusque-là vers l’Italie, c’est le point de départ de la conquête de l’Est. Les malheurs de la Lorraine ne font que commencer.

13 novembre, 2013 à 22:48


Laisser un commentaire