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Des maladies des mineurs lorrains

La fermeture de la mine de La Houve en 2004 à Creutzwald sonna le glas de l’extraction du charbon en Lorraine et en France. Mais les poussières et les produits toxiques continuent d’empoisonner le corps des mineurs retraités du Bassin houiller lorrain qui possède un taux record de surmortalité.

Des générations entières de gueules noires ont usé leur appareil respiratoire au fond. Charbonnages de France a d’ailleurs déjà été condamné à plusieurs reprises pour faute inexcusable à la suite du décès de salariés atteints de cancer du poumon ou de silicose. Depuis 1998, les permanents de la CFDT mineurs de Freyming-Merlebach chargés des maladies professionnels ont ouvert 1 027 dossiers « amiante » pour des affections de l’appareil respiratoire. Mais aujourd’hui, d’autres affections graves commencent à apparaître : cancers de la vessie, de la peau, du rein, du sang, du nez …

Plus aucun expert ne doute désormais de l’exposition des mineurs à des produits cancérigènes pour les poumons. En 2009, le cancer de la vessie d’un mineur a été reconnu comme maladie professionnelle. En décembre dernier, le décès d’un ancien piqueur de fond, victime d’un cancer du nez, a été attribué à son exposition à un puissant produit toxique utilisé pour colmater des brèches dans les massifs de charbon. Un ancien aide-géomètre de Hombourg-Haut a quant à lui été emporté en 2003, à 36 ans seulement, d’un cancer extrêmement rare du nasopharynx ayant dégénéré avec métastases osseuses. Il n’avait pourtant travaillé que de 1984 à 1992 aux Houillères du Bassin de Lorraine (HBL), notamment au puits Reumaux de Freyming-Merlebach. Ces huit années ont été suffisantes pour l’exposer de façon mortelle au formaldéhyde, un produit utilisé pour stabiliser les terrains dans les veines minières. Les professionnels qui injectaient cette mousse dans les failles avaient des tenues de protections et portaient des masques. Mais ceux qui travaillaient sur le même chantier, à proximité, bossaient torse nu. Or, ces produits de colmatage sont volatils. Il en pleuvait sur les gars dans les galeries.  

Les syndicalistes de la CFDT ou de la CGT qui se battent aux côtés des victimes et de leurs familles s’aperçoivent que certains produits qu’ils pensaient inoffensifs se sont transformés en poison aux pouvoirs lents et destructeurs. Les mineurs étaient exposés à une multitude de produits chimiques. La composition de certaines huiles hautement cancérigènes, comme le K zéro par exemple, n’a été révélée qu’après la fermeture des mines.

Aujourd’hui, la surmortalité par cancers dans les bassins miniers lorrains s’explique notamment par les affections d’origine professionnelle. Des maladies qui sonnent comme une énième souffrance.

On retrouve ainsi des cancers au niveau de plusieurs organes :

Poumon : très souvent reconnus comme maladie professionnelle pour les mineurs. L’amiante, la silice et les cocktails de poussières diverses, y compris les diesels et fumées de tir à l’explosif, en sont les causes principales.

Vessie et peau : première reconnaissance en 2009. Les Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP) sont des agents déclenchant. Ce sont des résidus de combustion dérivés du goudron et du bitume. On en trouve en force dans les huiles qui servaient d’antirouille au fond. Une huile, que toute la corporation minière connaît sous le nom de K zéro est notamment à l’origine du mal. Avec la mécanisation, il fallait toujours faire des niveaux, graisser des machines au fond. La consommation d’huile était phénoménale sur les flexibles, les vérins… Les mineurs en avait jusqu’aux épaules avec leurs maillots de corps à bretelles. Ça leur giclait à la figure quand un flexible pétait. Clairement cancérogène, cette huile ne devait surtout pas être appliquée sur la peau.

Rein : comme dans les métiers de la chimie, l’exposition des mineurs au trichloréthylène est en cause. Plusieurs reconnaissances ont déjà été obtenues sur la plateforme de Carling-Saint-Avold ou chez des anciens des Houillères. Ce produit était utilisé pour nettoyer les pièces métalliques et les mains pleines de cambouis des mineurs.

Nasopharynx : première reconnaissance de maladie professionnelle chez un mineur en décembre 2012. Le formaldéhyde, puisant toxique utilisé dans les mousses de colmatage, est en cause.

Larynx : plusieurs cas reconnus par les caisses chez des mineurs et cokiers, ces dernières années.

Leucémies : le lien entre leucémies et benzène est connu des spécialistes des maladies professionnelles depuis les années 1920. La commission des risques chimiques des HBL a reconnu la présence de benzène dans de nombreux produits utilisés au fond.

Estomac : le lien entre travail au fond et cancer de l’estomac a été fait par des spécialistes. A ce jour, même si des demandes sont en cours, aucune reconnaissance n’a été obtenue pour des mineurs.

Les fédérations de mineurs, CGT comme CFDT, bénéficient d’une reconnaissance très large de leur savoir-faire en matière de maladies professionnelles. A tel point que des salariés d’autres secteurs d’activités ou de petites unités font appel à eux pour les aider dans leurs démarches.

(Source : Le Républicain Lorrain, 15/02/2013)

24 février, 2013 à 23:27


6 Commentaires pour “Des maladies des mineurs lorrains”


  1. bloggerslorrainsengages écrit:

    Le corps fatigué mais pas encore atteints de maladie grave, plusieurs centaines d’anciens mineurs lorrains, pour certains exposés pendant près de 30 ans à des produits cancérigènes au fond, vivent leur retraite avec la peur d’être rattrapés par un cancer. Environ 800 dossiers s’empilent à la cellule CFDT de Freyming-Merlebach. Les syndicalistes comptent déposer un recours aux Prud’hommes à la mi-juin, afin d’obtenir la reconnaissance du « préjudice d’anxiété », lié à la crainte d’une mort précoce due aux conditions de travail. Ce préjudice a été reconnu pour la première fois en 2010 aux travailleurs de l’amiante.

    Mis en liquidation en 2008, les Charbonnages de France reçoivent près d’un millier de demandes de reconnaissance de maladie professionnelle par an. Statistiquement, à 60 ans, un homme peut espérer vivre encore une vingtaine d’années en moyenne. L’espérance de vie des mineurs est réduite de moitié. Le délai de latence entre l’exposition aux produits cancérigènes et le moment où la maladie se déclare peut aller jusqu’à 30 ans selon les pathologies. Jusqu’à présent, les mineurs souffraient surtout de maladies liées au système respiratoire. Aujourd’hui, on constate de plus en plus de leucémies et de cancers de la vessie et de la peau chez cette population.

  2. Donner S écrit:

    Bonjour, ne pas oublier les maladies neurologiques, neurodégénérative tel que les syndromes parkinsonien. Inhalation au CO et Trychloréthylène – perchloréthylène, vapeur d’huile et autres. Merci.

  3. Groupe BLE Lorraine écrit:

    La CFDT mineurs de Freyming-Merlebach va lancer une vaste offensive juridique pour que le préjudice d’anxiété, ou la peur du cancer, soit reconnu et indemnisé pour l’ensemble des produits se révélant toxiques en entreprise. Dans le monde du travail, ce préjudice a été invoqué régulièrement ces dernières années, mais seulement dans des cas d’exposition à la fibre d’amiante. L’idée est de contraindre tous les industriels à écarter tous les produits cancérigènes utilisés dans les entreprises.

    Le préjudice d’anxiété est inscrit dans le droit civil français. Il indemnise une victime non malade d’une situation d’inquiétude permanente face au risque de déclaration d’une maladie. Entre 5 000 et 10 000 mineurs à la retraite, qui n’ont, à l’heure actuelle, développé aucune maladie professionnelle, pourraient être concernés dans le Bassin houiller lorrain.

    Le cas des gueules noires de Lorraine pourrait servir d’exemple en matière de multi-expositions. En effet, les anciens mineurs ont respiré et manipulé des cocktails très nocifs pouvant provoquer des maladies et tuer, à l’image des solvants au benzène connus pour provoquer des leucémies, des solvants chlorés au trichloréthylène destructeurs pour le rein ou encore des mousses de colmatage au formaldéhyde qui frappent l’appareil respiratoire. Dans les puits de Merlebach, on utilisait un million de litres d’huile par an. Les syndicats de mineurs ont dernièrement mis la main sur des notes internes aux HBL (Houillères du Bassin de Lorraine), jusque-là confidentielles, qui témoignent du caractère cancérigène de ces graisses et cambouis.

  4. hess m écrit:

    ça fait peur j’ai travaillé de 1982 à 1987 au puits reumaux et au puits nord…pieds de taille/taille/tête de taille/barrage anhydrite + remblayage pneumatique, c’est quoi qui me pends au cul….

  5. bernadette meyer écrit:

    Bonjour, Veuve d’un mineur boute-feu et décédé d’un cancer pleuro-pulmonaire en 2007 je viens de lancer une procédure de demande d’indemnisation aux FIVA. Le dossier n’est pas encore complet car il manque encore certains éléments, a savoir la reconnaissance de maladie professionnelle. Je suis informée que les poussières et autres particules d’amiante étaient omniprésentes au fond de la mine.
    Je suis consciente que le combat va être rude!! C’est la raison pour laquelle je recherche tous les renseignements et éléments allant dans le sens de ma requête.Pour l’instant j’ai le soutien de SOS Amiante qui m’accompagne dans mes recherches. J’aurais besoins d’éléments plus spécifiques ciblant plus particulièrement les  »cocktails nocifs  »dont étaient exposés les mineurs …
    Mon époux était conscient de la dangerosité de l’amiante , il m’en parlait si souvent, par le fait même qu’il était en contact permanent de tous ces produits nocifs. Je me souviens plus particulièrement de godets anti-feu en cas de coup de grisou qui étaient composés de poussières d’amiante, j’aurais aimé connaitre des détails sur la manipulation de ses installations .
    Ce n’est plus un mystère le cancer de la plèvre est d’origine professionnelle reconnu dans 90 %des cas.Merci d’avance pour vos renseignements.

  6. Groupe BLE Lorraine écrit:

    La Cour d’Appel de Nancy a dernièrement reconnu le préjudice d’anxiété pour 32 salariés et anciens salariés de la Cristallerie de Baccarat exposés à l’amiante. Ces derniers seront indemnisés 11 200 euros par personne. Le Conseil de Prud’hommes les avait pourtant déboutés en première instance en mars 2016, comme l’ensemble de leurs collègues ensuite. Depuis octobre 2013, 290 dossiers de plaintes de salariés de Baccarat ont en effet au total été déposés devant le Conseil de Prud’hommes de Nancy. Ils ont été examinés en trois vagues. Rappelons que le préjudice d’anxiété a été établi en 2010 par la Cour de Cassation. Celui-ci définit la souffrance liée à la peur de tomber malade à cause d’une exposition passée à une substance dangereuse.


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