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Hayange : berceau et tombeau du fer

Berceau du fer, Hayange s’est développé sous le regard protecteur et bienveillant de la Vierge qui surplombe la vallée, ainsi qu’à l’ombre nourricière et vrombissante de l’usine, intégrée depuis 300 ans à la ligne d’horizon.

Hauts-fourneaux Hayange

Hayange s’est développé grâce à son complexe industriel (Crédits photo : Groupe BLE Lorraine)

Hayange, c’était un petit Paris. Une ville prospère. Les rues étaient noires de monde, les gens venaient de partout. Le samedi, les trottoirs étaient saturés. La Rue Foch, la grande artère commerçante de Hayange, tenait lieu de Champs-Elysées. Il y avait des boutiques de luxe, comme Betty Coutur qui s’étendait sur neuf étages et Petit Lit Blanc, magasin de meubles et de jouets pour enfants, dont les vitrines étaient une invitation à un rêve hors de portée. La mairie, construite dans le plus pur des styles des années 1950, a un vrai potentiel de classement aux Monuments historiques. Certains y voient un bel immeuble art déco, d’autres un austère bâtiment d’inspiration stalinienne. La ville est encore belle, peut-être même plus qu’avant, mais désormais, elle est vide.  

La fermeture annoncée des deux hauts fourneaux du Patural, le troisième définitivement condamné étant en cours de démontage, ravive cette angoisse et cette peur du vide. L’arrêt du P3 et du P6 a néanmoins eu pour vertu de reformer le triptyque « politiques, commerçants et sidérurgistes ». Ensemble, ils ont organisé au début de l’année une action « vallée morte ». 40 000 tracts ont été imprimés avec la volonté de toucher le plus possible les 29 000 foyers que compte la vallée de la Fensch entre Uckange, Fameck, Serémange, Florange, Nilvange, Knutange, Algrange et Fontoy. Hayange reste l’épicentre de cette vallée qui a vécu du fer. Et en a souffert aussi.

Au temps de la splendeur, la ville comptait 22 000 habitants. Elle en a 15 550 aujourd’hui. Hayange était une ville bien plus jeune que la moyenne française. Moyenne qu’elle dépasse largement depuis. Elle a perdu son dynamisme. La sidérurgie reste le cœur de métier de la ville, même si 50 % des habitants de moins de 40 ans travaillent au Luxembourg. Il faut dire que la frontière de ce pays, parmi les plus riches du monde, ne se trouve qu’à 16 kilomètres. Dans les nouveaux lotissements qui se construisent, la proportion atteint près de 90 %.

Hayange a perdu son lustre d’antan. On ne peut en parler sans frissonner. C’est indéniable. Des rues autrefois commerçantes sont devenues désertes. Mais pas question de succomber à la sinistrose. Ici, on ne se lamente pas. On se bat.

15 juin, 2012 à 21:50


2 Commentaires pour “Hayange : berceau et tombeau du fer”


  1. bloggerslorrainsengages écrit:

    Hayange sans haut-fourneau, ce n’est pas possible. Au temps de sa splendeur et de sa prospérité, la ville offrait des boutiques de vêtements de luxe, des bijouteries et son Prisunic aux rayons rutilants, remplacé depuis par un hard discount. Tout un symbole. Hayange comptait alors deux cinémas, le Molitor et le Palace. Le premier a fermé ses portes depuis des lustres, le second repris par la municipalité est à l’agonie. Désormais, les fermetures se succèdent : gendarmerie, inspection académique, trésorerie, tribunal, lycée technique, presbytère, etc. L’hôpital est en grande difficultés financières et vient d’être repris par le CHR de Metz-Thionville. Hayange ou l’histoire d’une ville qui se meurt.

  2. bloggerslorrainsengages écrit:

    Hayange a été le berceau du fer et a connu les années de prospérité liées aux 10 hauts-fourneaux qui soufflaient leur vie à travers la vallée. Depuis, le berceau s’est mué en tombeau.

    Le lycée professionnel des Grands Bois était également l’un des fleurons de la ville. Il accueillait 1 200 élèves. Pendant 35 ans, il fut « le lycée des métiers ». L’établissement vieillissant, il fallait le reconstruire. La municipalité avait proposé un site au cœur de la ville. Le projet n’a pas été retenu. Aujourd’hui, il ne reste que 190 élèves. Le lycée a quitté Hayange, seule une section est restée. Le tribunal a quant à lui été rattaché à celui de Thionville.

    Le déclin de l’activité est intimement lié à celui de l’activité industrielle de la Fensch. Pour le commerce comme pour le reste, les usines ont imprimé leur marque au fer rouge. C’était très vivant : les mineurs, les aciéristes, les fondeurs. Tout ce petit monde vivait ensemble dans les cités. Aujourd’hui encore, chaque quartier possède sa mairie annexe, ouverte deux jours par semaine. Jusqu’en 1971, les différents quartiers d’Hayange étaient des villages indépendants : le cœur de ville, le Konacker, Marspich et Saint-Nicolas-en-Forêt, qui fut d’ailleurs le dernier village créé en France en 1956. Autant d’identités différentes et de clubs de football. Hayange a compté jusqu’à sept terrains !

    L’industrie a fait les jours de gloire et les heures sombres de la ville. La fermeture des mines et des usines a entraîné une perte de cohésion. Désormais, le Luxembourg est le premier employeur de la ville (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2011/10/30/lorraine-ne-plus-dependre-du-luxembourg/).


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