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Du temps de Lorraine Cœur d’Acier

La radio pirate Lorraine Cœur d’Acier fut fondée en mars 1979 par la Confédération Générale du Travail (CGT) à Longwy, afin de lutter contre les fermetures d’usines sidérurgiques. La radio diffusait quelques heures par jour, illégalement, à partir de la mairie de Longwy-Haut. L’émetteur était placé sur le sommet du clocher de l’église voisine. A chaque tentative d’évacuation par les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS), on y sonnait le tocsin et des milliers de personnes venaient protéger la radio.

A l’été 1980, les nouveaux dirigeants de la CGT évincèrent les journalistes de Lorraine Cœur d’Acier et en modifièrent le contenu. La radio perdit alors de son influence et finit par être évacuée par les CRS en 1981.

La particularité de cette radio résidait dans son ouverture. La parole n’était en effet pas réservée exclusivement aux syndicats. Tous ceux qui voulaient intervenir le pouvaient. Lorraine Cœur d’Acier était une véritable radio libre fondée sur la solidarité. Elle reste encore aujourd’hui l’un des événements les plus emblématiques des luttes sociales de Longwy après la première crise de la sidérurgie et le premier plan acier.

30 ans plus tard, son combat reste toujours d’actualité.

18 octobre, 2011 à 22:09


2 Commentaires pour “Du temps de Lorraine Cœur d’Acier”


  1. bloggerslorrainsengages écrit:

    Pendant toute la durée d’émission de Lorraine Cœur d’Acier (LCA) à Longwy, de mars 1979 à février 1980, les enregistrements étaient archivés. La Confédération Générale du Travail (CGT), syndicat qui avait lancé cette radio de lutte, possédait par conséquent toutes les cassettes qui furent par la suite numérisées et rendues accessibles. Ces documents constituent encore aujourd’hui une richesse incroyable et unique.

    Lancée pour s’opposer aux suppressions de postes dans la sidérurgie du bassin de Longwy liées aux premiers effets de la mondialisation, LCA fut l’une des toutes premières radios libres. Elle a brisé le monopole d’Etat. C’était une radio de lutte mise sous la protection des habitants et des travailleurs. Toute la population s’y exprimait sur des thèmes variés comme le travail des immigrés, les souffrances à l’usine, les droits des femmes, l’histoire, la démocratie dans les pays de l’Est, les patrons, la lutte des classes, etc. Les gens s’émancipaient en l’écoutant, en participant et en parlant. Les ouvriers et immigrés n’étaient plus dévalorisés. Les débats étaient sans censure.

    Mais elle fut fermée malgré les vives protestations de la population. LCA était en effet dans le cœur des Longoviciens. Elle est cependant restée dans tous les esprits en Lorraine et ailleurs. Elle fait ainsi régulièrement l’objet de documentaires vidéos et de sujets de thèses ou de livres.

  2. bloggerslorrainsengages écrit:

    De mars 1979 à juin 1980, Lorraine Cœur d’Acier (LCA) s’est fait le porte-voix de toute une région en lutte.

    En 1979, la sidérurgie lorraine agonise, les plans de restructuration se multiplient et les ouvriers sentent que leur champ d’action se restreint. En mars, les syndicats décident d’organiser une grande manifestation à Paris pour sauver les emplois du bassin de Longwy. Afin de fédérer un maximum de monde, la CGT créé une radio pirate : Lorraine Cœur d’Acier. Durant six jours, les Lorrains y écoutent les discours militants et d’appels à la lutte ouvrière. Le 23 mars, près de 200 000 personnes marchent sur la capitale française. L’objectif est atteint, mais la soif de parole des Longoviciens n’est pas étanchée. Les deux journalistes professionnels animant la station, Jacques Dupont et Marcel Trillat, le comprennent très vite et entreprennent de faire de LCA un espace de liberté d’expression qui manquait à la cité des émaux. La station véhicule les idéaux syndicalistes, mais aussi des confidences individuelles. Elle marque la genèse d’une radiophonie populaire de débats et de témoignages. A l’antenne, les thèmes se bousculent : l’immigration, l’éducation, l’avortement, ou encore la violence des religieuses de l’assistance publique.

    Au-delà de l’apport financier de la CGT, du soutien de la municipalité qui accueille le studio dans l’hôtel de ville, et du talent de Marcel Trillat pour mettre les Longoviciens à l’aise, ce sont surtout la ferveur et la solidarité des auditeurs qui portent le projet aussi haut. Ils sont en effet nombreux à accrocher un morceau de chiffon rouge à l’antenne de leur voiture, comme signe de reconnaissance. L’émetteur est rapporté d’Italie par un camarade. L’antenne est installée sur le toit de l’église avec la complicité du curé. Des techniciens ingénieux, surnommés les « débrouilleurs », sont chargés de saquer le brouillage des ondes opéré régulièrement par le gouvernement français. Il arrive même que les sirènes des usines soient déclenchées pour appeler les habitants à venir protéger le studio ou l’émetteur. Des méthodes dignes du célèbre héros de série télévisée MacGyver, élaborées parfois par les auditeurs eux-mêmes, permettent à la radio d’être toujours audible.


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