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Chirurgie cardiaque : l’affaire Roux toujours dans le flou

Le docteur Pierre-Michel Roux s’est dernièrement vu signifier sa révocation par le Conseil National de Gestion des Praticiens Hospitaliers (CNGPH), soit la peine la plus lourde dans l’échelle des sanctions disciplinaires applicables aux praticiens hospitaliers de la fonction publique. Concrètement, l’ancien patron du service de chirurgie cardiaque de l’hôpital Bonsecours de Metz n’est plus « médecin de l’hôpital public ». Il peut toutefois encore exercer dans le secteur privé ou dans un cabinet libéral.  

Le Dr Roux ne cache pas sa « colère », d’autant plus que selon lui cette décision « a été prise contre l’avis du conseil de discipline récusant » sa révocation « par 7 voix contre 3 […] C’est une décision purement administrative sur des griefs purement médicaux. Les griefs de dépassement d’honoraires ont totalement disparu du dossier. Ce qui prouve le sérieux de ces attaques », ironise le praticien. « Il est curieux qu’après 23 ans de pratique à Metz dans un service que j’ai monté, on découvre brutalement qu’il faille me révoquer ». Et d’ajouter qu’un « chirurgien ne peut rien contre une décision administrative visant à sauver le bâtiment tout neuf du CHU de Nancy ». 

En tout état de cause, il va quand même falloir que l’Agence Régionale de la Santé (ARS) nous explique maintenant comment on a pu envoyer des patients durant 23 ans vers un chirurgien soi-disant « incompétent ». 

Par ailleurs, en raison de l’affaire Roux (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/10/15/fermeture-du-service-de-chirurgie-cardiaque-de-metz-restons-vigilants/), le service de chirurgie cardiaque de l’hôpital messin a perdu de son activité. En effet, il ne fonctionne plus que partiellement, avec trois journées d’intervention par semaine. Or, pour être viable, un tel service doit comptabiliser 400 actes annuels qui se caractérisent par la nécessité de la mise en place d’une circulation extracorporelle. Ce qui n’est plus le cas à l’heure actuelle au CHR Metz-Thionville. À l’inverse, l’hôpital-clinique privé Claude-Bernard doit faire face depuis le début de l’année à une forte augmentation de son activité en chirurgie cardiaque. 

Rappelons enfin qu’avant 2013, le schéma interrégional d’organisation sanitaire ne prévoit comme par hasard plus que deux centres de chirurgie cardiaque en Lorraine. Aujourd’hui, il en existe trois, deux à Metz et un à Nancy. Il faudra donc en supprimer un. Devinez où … 

18 juin, 2011 à 15:58


4 Commentaires pour “Chirurgie cardiaque : l’affaire Roux toujours dans le flou”


  1. bloggerslorrainsengages écrit:

    Le conseil régional de l’ordre des médecins a dernièrement rejeté la plainte contre le docteur Pierre-Michel Roux par l’Agence Régionale de Santé. Les juges ont mis 15 jours pour rendre leur décision, délai très court pour cette juridiction.

    C’est la troisième fois que le docteur Roux est blanchi par ses pairs. La commission médicale du Centre Hospitalier Régional de Metz-Thionville (CHR) avait en effet d’abord refusé la suspension du chirurgien. Les membres du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers avaient ensuite voté à 7 voix contre trois sa mutation d’office et le rejet de sa révocation.

    Pourtant, le docteur Roux a été suspendu de ses fonctions au CHR et révoqué de l’hôpital public. Toutes ces décisions ont été prises sur un seul rapport et pas sur des cas précis.

    Graphiques et tableaux à l’appui, son comité de soutien démontre que le taux de mortalité élevé qu’on attribue à l’ancien chirurgien serait en relation directe avec la restructuration de la réanimation du CHR en avril 2009 et avec l’arrivée de praticiens pas assez formés. Avant ce chamboulement, les chiffres de mortalité du service « étaient en dessous de la moyenne française ».

  2. bloggerslorrainsengages écrit:

    Fermé en 2010 en raison d’un taux de mortalité anormalement élevé, le service de chirurgie cardiaque de l’hôpital Bonsecours a repris ses interventions en février 2011. Le site messin du Centre Hospitalier Régional (CHR) a depuis récupéré l’intégralité de sa capacité de 24 lits et l’unité de réanimation a rouvert avec 8 lits.

    Désormais, le pôle territorial lorrain de chirurgie cardiaque, vasculaire et transplantation regroupe les activités du CHR à Metz (Bonsecours) et Thionville (Bel-Air), ainsi que du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Nancy.

  3. bloggerslorrainsengages écrit:

    L’association de défense du docteur Roux explique que le rapport Lecoq, présenté au conseil de discipline, « montrait que les chiffres réels du taux de mortalité » du service de chirurgie du CHR de Metz « étaient stabilisés en dessous de la moyenne nationale depuis plus de trois mois ».

  4. bloggerslorrainsengages écrit:

    Si l’on quitte le terrain des faits pour celui des coulisses, il est probable que la personnalité du Dr Roux a joué en sa défaveur. Indépendant et têtu, il a décidé de suivre son propre chemin, ce qui peut être, en médecine comme dans d’autres domaines, préjudiciable à long terme. Il se murmure de manière récurrente que cette attitude de forte tête et les inimitiés qu’elle a entraînées ont pu être utilisées de manière « politique ». Le schéma interrégional d’organisation des soins pour la Lorraine ne prévoyait ainsi que deux services de chirurgie cardiaque (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2012/05/13/chirurgie-cardiaque-un-etablissement-de-trop-a-metz/), au lieu des trois qui existaient (CHR Metz-Thionville, CHU Brabois, clinique Claude Bernard). Les manquements reprochés au Dr Roux, qui n’ont pour l’heure pas été prouvés, auraient accéléré la fermeture du service public messin au profit du voisin nancéien. Toujours est-il qu’il n’en reste pas moins surprenant de voir l’ARS, qui a changé de directeur, se désister de sa plainte, après l’avoir initiée et suivie avec tant de constance.


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