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Opéras et orchestres de Lorraine : une harmonie difficile à trouver

Le rapport Balladur qui a précédé la réforme territoriale a établi qu’il n’y avait aucune métropole entre Paris et Strasbourg. En réaction et pour tenter enfin d’exister, Metz et Nancy ont décidé de s’entendre sur plusieurs points comme l’Université de Lorraine et l’hôpital. Donc pourquoi pas dans le domaine de la culture à présent ?

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L’Opéra National de Lorraine à Nancy (Crédits photo : Opéra National de Lorraine)

Tout cela pourrait aboutir à la création d’un pôle symphonique lyrique et chorégraphique unique d’ici 2013 dans le contexte actuel de réduction des budgets culturels. Le rapprochement entre les opéras de Metz et de Nancy est depuis un moment dans les tuyaux. Certains responsables s’interrogent sur la pertinence de ces deux maisons indépendantes de production lyrique, coexistant à cinquante kilomètres de distance, avec pour chacune, orchestre, l’Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy d’un côté et l’Orchestre National de Lorraine de l’autre, chœur et ateliers de réalisation de décors et de costumes. Certains aimeraient assister à un mariage de raison, à défaut d’un mariage d’amour, à l’image de ce qui a été opéré en Alsace ou dans les Pays de la Loire. Ainsi, en 1997, les opéras de Strasbourg, de Colmar et de Mulhouse se sont unis pour former l’Opéra du Rhin qui est devenu « opéra national ». Les établissements d’Angers et Nantes ont également fusionné pour donner Angers-Nantes Opéra. Cette fusion ne s’est par ailleurs accompagné d’aucun désengagement financier et d’aucun licenciement. La réduction des effectifs s’est faite par le non remplacement de certains départs et les économies réalisées ont été intégralement réinvesties dans l’artistique. Au final, tout le monde y a gagné. Le public, d’abord, qui bénéficie de prestations d’une qualité qu’il était impossible d’atteindre auparavant, les artistes, ensuite, qui, comme les comédiens qui jouent cent fois la même pièce, maîtrisent de mieux en mieux rôles et partitions, les opéras, enfin, qui sont devenus accessible à un public considérablement plus nombreux. Ce dernier point est d’ailleurs tout le cœur du problème. Mais, contrairement à Angers et Nantes, Nancy et Metz sont, malgré leurs différences, des villes comparables en termes de population et d’offre culturelle. Les budgets de leurs opéras sont également du même ordre. Cela dit, une structure bien pensée pourrait en effet être bénéfique pour les deux. 

A Metz, certains estiment qu’une telle hypothèse serait un nouveau coup porté à la grande maison de l’opéra après un mauvais procès fait au ballet, la démoralisation des abonnés et des saisons de plus en plus appauvries. Mais une telle coopération ne constituerait-elle pas un remède à tous ces maux ? La question agite en tout cas la sphère musicale et culturelle messine, déjà fortement mise à contribution avec les problèmes budgétaires de l’Orchestre National de Lorraine (ONL) et de l’Harmonie municipale. 

L’annulation, fin mai, de la tournée en Corée, pour cause de difficultés financières qui entraînent forcément un manque d’ambition, avait en effet surpris. Car l’ONL accuserait un déficit de 300 000 euros. Un déséquilibre auquel il faut ajouter celui de l’année 2010 évalué entre 150 000 euros et 300 000 euros. Un déficit inacceptable pour un établissement public contraint à l’équilibre du fait de son statut. La réactualisation des subventions qui s’est faite de manière inégale explique un tel marasme. Certaines n’ont pas été reconduites et les charges ont augmenté. Le président de l’ONL et adjoint à la culture de Metz, Antoine Fonté, refuse d’assumer la situation de déséquilibre budgétaire dans laquelle se trouve l’orchestre. Il demande à l’État français de prendre ses responsabilités. Un peu trop facile. Cela dit, il faut reconnaître que Paris a toujours accusé un retard chronique de paiement. Nous pouvons néanmoins considéré que la ville aurait dû compenser le manque à gagner. En effet, on ne peut pas dépenser 500 000 euros pour la Nuit Blanche tout en ayant des contraintes budgétaires. La culture pérenne ne doit pas être sacrifiée au profit de l’événementiel. Il n’est ainsi pas acceptable que l’orchestre soit en difficulté.  

Rappelons que la labellisation de l’ONL s’est faite sur un protocole de 2003 signé entre Metz et Nancy avec la Région Lorraine et l’Etat français. Ce dernier posait les bases d’un pôle lyrique, symphonique et chorégraphique en Lorraine. C’est à partir de là que Nancy a eu son Opéra National de Lorraine et Metz son Orchestre National de Lorraine. Or, ce deal fût bâtard. Car l’ONL a été dimensionné comme un orchestre symphonique, soit 80 à 110 musiciens. Or, il n’en compte que 70 et n’est financièrement pas à la hauteur. L’ONL est un ensemble sous-dimensionné. En comparaison, l’Orchestre National de Strasbourg compte 110 musiciens. Cela oblige par conséquent la formation lorraine à embaucher des complémentaires. L’ONL dispose par ailleurs d’un budget de 5,7 millions d’euros, dont 80 % sont absorbés par la masse salariale. Ce n’est pas tenable pour un ensemble qui a une mission d’orchestre national. 

Afin de revenir à l’équilibre financier, l’ONL pourrait se rapprocher de « Metz en Scène, structure qui regroupe l’Arsenal, les Trinitaires et la future salle des musiques actuelles. Une autre solution envisagée serait de supprimer des dates de spectacle de la saison 2010-2011, notamment les prestations les plus coûteuses. L’orchestre fait 50 ou 60 représentations par an. Peut-être n’en fera-t-il que 50 dans les années à venir. Enfin, il reste la possibilité que les orchestres de Metz et de Nancy ne fassent plus qu’un comme les opéras. Dans cette histoire, Metz risque gros si tout migre à Nancy. Car la question sous-jacente n’est autre que de savoir si l’on vraiment un orchestre national à Metz, comme le demande Jacques Mercier, à la baguette depuis plus de huit ans. Les politiques semblent en effet parfois regretter le temps où cet orchestre n’était que municipal. Regrettable pour un orchestre qui dispose pour lieu d’expression l’une des plus belles salles du monde, l’Arsenal, construite à l’origine pour lui. Il faut que chacun prenne conscience de la chance d’avoir un orchestre national à Metz, reconnu en dehors des frontières. En tout cas, la situation est suffisamment grave pour qu’Antoine Fonté prenne des gants, ce qui est assez rare.

De même, toujours à Metz, le maire, Dominique Gros, qui n’est pas un fin mélomane, aurait l’intention de réduire de moitié le budget de l’harmonie municipale et aurait invité ses 70 musiciens amateurs, des agents municipaux non titulaires qui exercent par ailleurs une activité principale, à se monter en association. La goutte d’eau qui fait déborder le vase pour le monde musical messin, alors même que son harmonie municipale, qui assure une vingtaine de concerts par an, dont de nombreuses représentations gratuites, est la plus vieille de France, puisqu’elle remonte à 1790. La ville de Metz a ainsi une très grande tradition musicale, symphonique et vocale. Rappelons également que les orchestres d’harmonie et les fanfares sont nés dans des pays miniers. Ils constituent encore aujourd’hui l’âme de la Moselle et de son chef-lieu.  

Après les rumeurs sur l’avenir de l’Opéra-théâtre de Metz, après les incertitudes concernant son corps de ballet, cela fait beaucoup. L’argument financier serait recevable s’il concernait tout ce qui touche au domaine culturel. Or, il n’en est rien pour certaines animations estivales, la Nuit Blanche ou encore la future salle des musiques actuelles. Osons donc poser la question qui fâche : veut-on éradiquer de l’horizon messin la musique classique, considérée comme bourgeoise et élitiste ? La mairie veut-elle étouffer une tradition symphonique qui n’a cessé de s’épanouir depuis des décennies ? Depuis 2002, le chef et son orchestre ont pourtant accompli un travail considérable.

Ces questions traduisent l’inquiétude légitime de bien des mélomanes qui sont aussi des électeurs, au moment où les discussions dans le cadre du rapprochement Metz-Nancy devraient aboutir à la confirmation d’un pôle symphonique fort à Metz.

L’Orchestre National de Lorraine est à Metz, l’orchestre régional à Nancy. Si les orchestres fusionnent, qui y gagnera ? Parce que derrière tout ce débat, il y a évidemment l’ancestrale question de Metz contre Nancy. Y aura-t-il en réalité un gagnant et un perdant ? Les interventions des uns et des autres, quelle que soit leur appartenance politique, paraissent en tout cas entrer encore et toujours dans ce schéma de guerre intestine.

Evidemment, la question essentielle est « où seront les sièges de l’orchestre fusionné et celui de l’opéra fusionné » ? Car ce n’est pas seulement l’offre culturelle qui est en jeu, c’est aussi le rayonnement culturel des deux villes : un opéra qui propose des créations et un orchestre de renommée internationale représentent autant d’arguments économiques qui favorisent l’installation des entreprises.

Si rien n’est fait par contre, aux friches industrielles, scolaire et militaires, il faudra peut-être ajouter aussi les friches culturelles.

9 mars, 2011 à 15:19


2 Commentaires pour “Opéras et orchestres de Lorraine : une harmonie difficile à trouver”


  1. Groupe BLE Lorraine écrit:

    L’Orchestre Philharmonique de Diddenowen (Thionville) est la plus ancienne formation musicale de la ville. Il a été créé en 1860 et fait partie intégrante du patrimoine culturel et artistique de la cité mosellane.

  2. Groupe BLE Lorraine écrit:

    Après le Favart à l’Opéra-Comique de Paris ou la Cavatine de l’Opéra de Rouen, l’Opéra National de Lorraine à Nancy a désormais lui aussi son gâteau officiel. Baptisée l’Entracte, cette pâtisserie aux saveurs myrtille et praliné a été créée pour célébrer le centenaire de l’institution. Elle sera prochainement vendue dans une vingtaine de boulangeries-pâtisseries de Meurthe-et-Moselle et durant l’entracte des représentations Place Stanislas.


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