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Chefs-d’œuvre de Lorraine

Même si le Centre Pompidou-Metz a bien pris soin de mettre un point d’interrogation à l’intitulé de son exposition Chefs-d’œuvre ?, tant il est vrai que cette notion est plutôt difficile à définir et soumise à la subjectivité, la salle dite des virtuosités du musée présente plus d’un chef d’œuvre lorrain. A découvrir absolument. 

C’est d’ailleurs l’unique espace spécifiquement consacré à l’art lorrain. On y retrouve l’idée première du chef-d’œuvre, à savoir une création totalement aboutie, par laquelle l’artiste atteint un accomplissement. Cela marquait souvent la fin d’un apprentissage et le passage du statut d’élève à celui de maître.

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Nous vous avons déjà fait découvrir l’un d’entre eux, à savoir Rondes de lumières (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/05/01/un-lustre-pour-eclairer-pompidou/), ce lustre de 650 kg venu tout droit du Bitcherland et spécialement créé pour le Centre Pompidou-Metz. Cette pyramide cristalline est signée par les maîtres verriers de Saint-Louis-lès-Bitche. Cette pièce unique a nécessité 20 jours de travail au verre chaud, 300 heures en taillerie, gravure et décor et 150 heures en lustrerie. La prouesse technique est tout aussi impressionnante que le résultat. Sous le lustre, quatre autres œuvres lorraines rivalisent de beauté, comme Les Hommes noirs, d’Emile Gallé, le Monde Imaginaire d’Etienne Cournault, deux pièces aussi noires que profondes. Une œuvre engagée face à une œuvre poétique. Un vase face à une sphère peinte et argentée, comme autant de preuve d’un savoir-faire lorrain qui exulte. Que dire ensuite de La Main aux algues réalisée en 1904 par Gallé (encore lui), chef-d’œuvre de technicité et de sensibilité, et de son vis-à-vis, le Gantelet de Patrick Neu, artiste contemporain d’origine lorraine. Le premier travaillait le verre. Le second a conçu spécialement pour l’exposition un énigmatique gant en ailes d’abeilles. Si un peu plus d’un siècle sépare ces deux représentations, toute l’évolution de l’art y est résumée.

Le Centre Pompidou-Metz révèle en fin de parcours un énième chef d’œuvre lorrain, à savoir la cathédrale d’une ville aux 3 000 ans d’histoire. Une vue imprenable lui est réservée depuis la galerie 3 du musée. 

Toutes ces pièces sont ainsi représentatives d’une extrême richesse artistique d’une terre de Lorraine méconnue. De nombreux chefs-d’œuvre se trouvent en Lorraine. Ainsi, quand il y fait le tour des plus grands musées et monuments, le visiteur est surpris. Ligier Richier (1500-1567) est par exemple un des sculpteurs les plus incroyables de son siècle. Son Transi, dans la collégiale Saint-Etienne de Bar-le-Duc, est une des œuvres les plus fortes de son temps. A Metz, le chancel de Saint-Pierre-aux-Nonnains ou encore le plat de reliure d’Adalbéron II ont une réputation européenne. L’histoire mouvementée de la Lorraine a peut-être créé, selon certains spécialistes, des conditions favorables à la naissance de chefs-d’œuvre.

Mais c’est bien dans les arts appliqués que la Lorraine s’illustre le mieux et le plus. Chez Baccarat et Saint-Louis, certaines verreries du Second Empire sont de vrais tableaux. Aujourd’hui, les hommes ne sont d’ailleurs plus en capacité d’en faire autant. Chez Gallé, certaines pièces modestes sont des chefs-d’œuvre par rapport à tout ce que l’artiste y a mis de lui-même. Il y a le travail du verrier, du botaniste, de l’homme qui a des convictions politiques, de l’humaniste. C’est un monde en soi. N’oublions pas Daum, toutes les autres cristalleries et verreries, les faïenceries, les Emaux de Longwy, ainsi que certaines œuvres dans le travail du bois. La Lorraine a produit des merveilles techniques.  

Dans le domaine de la peinture, notre pays est également riche de Georges De La Tour (1593-1652) et Claude Gellée dit Le Lorrain (1600-1682). Leur travail sur la lumière a apporté un regard neuf. Le Lorrain regardait le soleil en face, tandis que De La Tour s’intéressait au clair-obscur, à l’éclairage à la bougie, en jouant sur la transparence. Emile Friant (1863-1932), Jacques Bellange (1575-1616), le dessinateur et graveur nancéien Jacques Callot (1592-1635) ou Jules Bastien-Lepage (1848-1884) sont aussi d’importantes figures de l’art en Lorraine.  

De la même manière, pouvons-nous considérer le Centre Pompidou-Metz comme un chef-d’œuvre ? Oui et non, si l’on considère qu’un chef-d’œuvre a besoin d’un peu de temps pour arriver à maturité. Ce bâtiment est en tout cas hors norme. Il comporte une notion de prototype, d’invention d’un univers. Outre le nouveau musée d’art contemporain qui le deviendra très certainement, la Lorraine abrite d’innombrables chefs-d’œuvre architecturaux, comme le théâtre du Peuple de Bussang. Le projet de Pottecher (1905-2001) est unique, intellectuel, moral et social. Il se matérialise par ailleurs dans une forme en accord avec le paysage et le lieu. Que dire également de tous nos châteaux, forteresses, citadelles, cathédrales et de la cité Radieuse Le Corbusier de Briey (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/04/08/cite-radieuse-de-briey-retour-vers-le-futur/) ? Difficile de dire si c’est un chef-d’œuvre, mais elle est considérée aujourd’hui comme un projet important de l’histoire de l’architecture du XXème siècle. 

Enfin, dans un registre différent, le concept même de croix de Lorraine peut être considéré comme un chef-d’œuvre. Notamment dans la manière dont il a voyagé dans le temps pour en arriver jusque dans nos représentations actuelles. C’est en emblème qui a des formes et des symboles multiples et qui incarne une véritable force. 

(Source : presse régionale) 

14 mai, 2010 à 22:22


Un commentaire pour “Chefs-d’œuvre de Lorraine”


  1. modele (canada) écrit:

    Un peu obscyur ce passage ;) « a savoir une creation totalement aboutie »


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