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Lorraine : la bataille de l’image

Le problème majeur dont souffre la Lorraine est son image. Résoudre ce dernier reviendrait selon nous à solutionner 80 % des maux de notre territoire, que ce soit dans les domaines économiques, industriels, démographiques, sociaux, éducatifs et culturels, comme nous allons à présent le démontrer. C’est pourquoi il est absolument primordial que la Lorraine change son image si elle veut s’inventer un avenir radieux. Depuis leur création en septembre 2008, les BLE s’efforcent de changer cette image en jetant toutes leurs forces dans cette bataille. Une bataille, une guerre même, qu’il faudra mener pendant encore de longues années, mais qu’il est indispensable de remporter. 

La Lorraine souffre en effet d’une image catastrophique dans l’imaginaire populaire, que ce soit chez les Lorrains et les Français, peut-être un peu moins chez les étrangers. Notre province est ainsi bien trop souvent assimilée au noir et au gris de l’industrie sidérurgique, mais aussi à la pluie, à la Sibérie, à la pauvreté et à la misère sociale du fait de la fermeture des mines et de la crise économique traversée. Les Lorrains sont quant à eux jugés tristes, froids, distants, peu accueillant et peu chaleureux et parfois considérés comme de « sales Boches de l’Est ». Bref, ils ne sont que l’archétype même de leur région anthropomorphisée. On croirait franchement que nous cumulons toutes les tares et que nous portions toute la misère du monde. Ce constat, lucide, implacable, certes légèrement exagéré, il ne faut quand même pas avoir fait Polytechnique pour s’en apercevoir et le dresser. Pourtant, à en croire l’étonnement de l’exécutif lorrain et de nos décideurs politiques après les résultats d’une enquête menée pour connaître l’image qu’ont les Lorrains de la Lorraine, on croirait que tous ces clichés tombent subitement du ciel. 

Même s’il serait pour nous aisé de prouver que la Lorraine est un pays aux milles couleurs et aux beautés insoupçonnées et que les Lorrains sont un peuple ô combien chaleureux pour celui qui sait s’y intéresser sans les dévaloriser ni les mépriser, ce n’est pas l’objet de cet article. Si nos lecteurs veulent malgré tout que nous leur démontrons tous ces aspects positifs, qu’ils nous sollicitent, nous y répondrons bien entendu favorablement dans un autre article. Nous allons en effet ici montrer en quoi le changement d’image de la Lorraine serait bénéfique et que c’est une action à mener en priorité. Nous proposerons enfin des moyens et des leviers pour parvenir à ce changement. 

Après avoir dressé rapidement et dans les grandes lignes le portrait et la représentation que se font la majorité de nos concitoyens de la Lorraine, il apparaît évident que la résolution de ce problème, c’est-à-dire le changement d’image de la Lorraine, est la clé de toutes les difficultés que rencontre notre territoire. 

En effet, la mauvaise « réputation » de la Lorraine n’incite pas les investisseurs, les décideurs économiques, les travailleurs, les entrepreneurs et les touristes à se positionner et à venir chez nous, ou du moins cette image fait bien souvent pencher la balance en faveur d’une autre région en cas d’hésitation et de doutes. Bien que notre pays dispose d’infrastructures et de moyens de communication corrects, il convient de mettre en lumière l’impact et l’influence de l’ « aspect psychologique apparent et affectif » dans le critère de décision et de choix. Certes, la Lorraine ne bénéficie pas, de toute évidence, du même taux d’ensoleillement que le Midi-Pyrénées et que le Languedoc-Roussillon. Elle s’apprête pourtant à accueillir la plus importante centrale photovoltaïque de France. Cela dit, l’héliotropisme ne joue pas ce rôle entraînant et déclencheur en Lorraine qui attire personnes, capitaux et investissements. La Lorraine ne jouie pas de ce cercle vertueux. Pourquoi des villes comme Toulouse et Montpellier, et plus généralement le « Sud » et les côtes, sont-elles si dynamiques et accueillent nouveaux arrivants, industries et militaires depuis la réforme des armées orchestrée par le gouvernement français ? De la même manière, pourquoi la Lorraine présente t-elle un tel déficit migratoire, une fuite de ses cerveaux et des personnes qu’elle forme ? Pourquoi a priori, avant de la découvrir, autant de gens, comme par exemple les statisticiens de l’INSEE, rechignent-ils à venir vivre et travailler chez nous ? Enfin, pourquoi de nombreuses personnes étrangères à la Lorraine considèrent comme une punition, un bagne voire même un supplice le fait d’être muter chez nous ? L’héliotropisme et l’image, les deux étant d’une certaine manière liés mais pas indissociables, l’expliquent en grande partie. 

Mais au fond, qu’est-ce que l’image ? Sur quelles constructions de la pensée et de l’esprit se base t-elle ? Dans le cas de la Lorraine, peut-être plus qu’ailleurs, l’image actuelle s’est bâtie sur des artéfacts historiques, des conceptions et des interprétations. Le poids de l’Histoire, notamment des annexions successives d’une partie de notre territoire à l’Allemagne et qui ont exacerbé des antagonismes plus profonds entre les villes ; antagonismes qui remontent à la période médiévale (Metz, ville marchande, bourgeoise et libre, Nancy, cité ducale, noble et cultivée) ; est indéniablement à prendre en compte dans l’analyse. La trace de l’épopée industrielle reste également tenace, mais cette persistance fait beaucoup plus allusion à une certaine idée de précarité, de chômage, de sinistrose et de drame humain du fait de la fermeture des mines et des déboires des activités sidérurgiques, qu’à ce nouvel âge d’or que constitua la glorieuse période du « Texas français » pour la Lorraine. L’échec des différentes reconversions étant passé par là. Le contraste est saisissant entre l’image d’une Lorraine anciennement indépendante, rayonnante politiquement, culturellement et économiquement, et l’image de la Lorraine d’aujourd’hui. On ne peut de même négliger l’influence française visant à faire taire toute « dérive » et « menace » potentielle de Lotharingisme, de résurgence indépendantiste et patriotique. Car la Lorraine a tenu et tient encore le socle de la nation française depuis Verdun. Pour Paris, notre territoire ne constituait à l’époque qu’un glacis de protection, un rempart militaire face aux velléités de l’agresseur prussien puis allemand. La nécessité impérieuse de la France de contrôler ce territoire à l’enjeu géopolitique évident a conduit vers une autre image de la Lorraine, celle d’une terre de garnison, de casernes et de friches militaires de la guerre de 1870 jusqu’à la chute de l’Union Soviétique et les dernières restructurations militaires. Dans le but de consolider et d’affirmer le fameux socle républicain, les particularités régionales furent brisées et méprisées. Il en fut ainsi du Platt qui fut diabolisé, considéré comme un vulgaire allemand. Vint ensuite l’exploitation industrielle avec son lot de mines et d’installations sidérurgiques. Il faut dire que le sous-sol lorrain est extrêmement généreux par nature, puisque riche de fer, de charbon, de cuivre et de sel, minerais auxquels nous pouvons ajouter d’autres ressources comme le bois et l’eau. Après le déclin de ces industries, il n’en fallait donc pas plus pour assommer définitivement et écraser l’image de la Lorraine, comme celle d’un territoire postindustriel, post-apocalyptique. Exit la nature, les grands espaces, la campagne meusienne, la montagne vosgienne, place à la désolation dans l’imaginaire et la conscience populaire française. 

Voilà comment nous en sommes arrivés là. Rien n’est du au hasard dans cette histoire, tout découle des conflits et des oppositions du passé. Voilà comment les Lorrains ont perdu leurs repères en perdant leur identité, tels des êtres lobotomisés. 

Une première condition pour que change l’image de la Lorraine est déjà de réapprendre au peuple lorrain sa culture, ses traditions et ses symboles comme la fête du 5 janvier par exemple. La renaissance du Platt dans la partie germanophone de la Moselle abonde en ce sens. Réapprendre notre culture, certes, mais aussi se la réapproprier après qu’une bonne partie de celle-ci fut récupérée depuis des dizaines d’années par les Alsaciens. A ce titre, l’exemple du munster illustre parfaitement ce phénomène. Alors que ce fromage est devenu à tort indissociable de l’Alsace, ce dernier est fabriqué à … 95 % en Lorraine ! Le même raisonnement et les mêmes conclusions peuvent être faits avec la cigogne, la bière, la choucroute, la charcuterie, le backenhoff…   

Partant de ce constat et afin de changer cela, quelles sont alors les actions à mettre en œuvre par l’exécutif lorrain, les acteurs de la vie politique, culturelle et économique, ainsi que par les différents organismes de notre territoire ? 

Tout d’abord, il apparaît évident d’améliorer notre communication dans le but de renforcer notre attractivité. Celle-ci doit se faire de manière intense et à intervalles réguliers ou à l’occasion d’évènements bien particuliers comme les célébrations de la Saint-Nicolas, les marchés de Noël, les foires internationales, les grands rendez-vous sportifs (Open de Moselle) et culturels (Nuit Blanche, Carnaval, les fêtes de la Mirabelle, des Jonquilles …). La communication pour la promotion de la Lorraine et non pour la publicité et la propagande du Conseil Régional et /ou des Conseils Généraux doit de la même manière utiliser plusieurs supports en essayant de tirer profit de chacun de leurs avantages respectifs : la télévision, internet, la radio, les affiches dans la rue, le métro parisien, les gares… Des spots publicitaires dynamiques montrant la richesse historique, culturelle et naturelle de la Lorraine pourront par exemple être réalisés, à l’image de la campagne télévisuelle menée actuellement par la région Midi-Pyrénées. Le tout accompagné bien sûr d’un slogan particulièrement percutant et provocateur. 

Mais le travail de communication, qui doit de toute façon être réalisé dans l’intérêt de l’ensemble de la Lorraine et des Lorrains, peut revêtir d’autres formes, comme la participation des différentes collectivités territoriales unies et rassemblées aux grands salons économiques, d’urbanisme et de tourisme, afin de peser davantage face à la concurrence des autres régions françaises et européennes. Il est également important de faire la promotion de la Lorraine et de ses richesses auprès des tours opérators, en présentant notamment les accès aéroportuaires, ferroviaires et autoroutiers. Soulignons cependant que les villes lorraines de Metz et de Nancy se sont dernièrement présentées ensemble lors de salons parisiens et sur la Côte d’Azur et ont judicieusement engagé une politique culturelle et touristique commune et complémentaire. 

Le changement d’image de la Lorraine passe aussi par d’autres actions. Il s’agit ainsi de redonner de la fierté aux Lorrains, de leur transmettre l’amour et la passion de leur pays. Ils doivent pour cela se réapproprier leur histoire et leur culture. Pour y parvenir, nous croyons qu’il faut prendre le problème en amont, c’est-à-dire par un enseignement dès le primaire et le collège. De telles mesures, à savoir des programmes scolaires adaptés et des émissions télévisuelles bilingues, permettraient par exemple, comme nous l’avons vu, de soutenir les particularismes locaux comme le Platt, de réveiller des traditions comme la Rommelbootzen Naat et de défendre le Droit Local. Il convient en outre pour revaloriser l’image de la Lorraine d’engager de nombreux travaux de restauration et de mise en valeur touristique de lieux emblématiques du patrimoine lorrain comme l’Abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson, la Forteresse de Châtel-sur-Moselle ou encore la cité médiévale de Rodemack, à l’image de ce qui a été fait au Château de Malbrouck à Manderen. Il est en effet quand même malheureux de devoir attendre que le Château de Lunéville et le sanctuaire de Sion soient en partie détruits par les flammes pour enfin s’en préoccuper. C’est pourquoi, dans un intérêt touristique, culturel et économique, les monuments en péril à l’instar des châteaux de Saulxures-sur-Moselotte et d’Hombourg-Budange, mais aussi de l’abbaye de l’Etanche doivent être sauvés et sauvegardés. Un bon coup de peinture mettrait en outre un peu plus de couleur à une Lorraine souvent jugée triste et grise. Remarquons à ce titre l’excellente initiative de l’ancienne municipalité de Metz qui avait soutenu des programmes de rénovation et de ravalement de façade pour l’arrivée du TGV-Est. Enfin, il serait souhaitable que la Lorraine dispose d’une chaîne de restaurants vantant ses spécialités et sa très riche gastronomie, comme c’est par exemple le cas pour l’Alsace, le Nord-Pas-de-Calais et la Provence. 

En conclusion de notre étude, nous avons l’intime conviction que le changement d’image de la Lorraine résoudrait nombres des problèmes de notre territoire. Ce n’est pas un hasard si notre pays n’accueille actuellement que peu de cadres, de centres de décisions et d’emplois métropolitains supérieurs. Beaucoup d’éléments sont en effet corrélés à l’image et au dynamisme perçu d’un territoire. Une nouvelle image attractive pour une Lorraine qui serait alors perçue comme riche, accueillante, chaleureuse et festive permettait de remobiliser les Lorrains dans la défense et la promotion de leur territoire, tout en attirant davantage de personnes, d’étudiants, de médecins et d’investisseurs. En attendant, l’ouverture prochaine du Centre Pompidou Metz et du Center Parcs du Pays de Sarrebourg, ainsi que la restauration du Versailles lorrain à Lunéville pourraient jouer le rôle de catalyseur dans le changement de notre image. A condition toutefois de le faire savoir intelligemment.

12 avril, 2010 à 18:24


2 Commentaires pour “Lorraine : la bataille de l’image”


  1. jean umber écrit:

    L’amélioration de l’image que se font les français sur la Lorraine passe aussi par un effort de chacun d’entre nous pour promouvoir notre région.
    Je me souviens, lorsque j’étudiais à Paris et que je faisait partie d’une chorale, avoir participé à un mariage à Nancy où celle-ci se produisait.
    Nous avions une journée devant nous, aussi leur ai-je proposé une visite rapide de Metz.
    Lorsque nous sommes descendus de voiture sur la place de Chambre, la question qui a fusé était celle-ci : « mais où sont les usines? N’y a-t-il pas un chapelet d’usines entre Nancy et Metz? ».
    Évidemment, ils sont tombés des nues lorsque je leur ai fait visiter Metz.

  2. bloggerslorrainsengages écrit:

    Décidément, les « journalistes » sont toujours aussi mal renseignés, puisque dimanche soir à 19 h dans une émission traitant du problème des marcheuses Chinoises dans le 10ème arrondissement de Paris on nous expliquait qu’entre 700 et 1 000 femmes originaires de l’ancienne Manchourie fuient la misère de leur région qui est « un peu la Lorraine de la Chine avec un taux de chômage de 70 % ». Bravo et merci pour la comparaison. On savait la Lorraine sacrifiée mais à ce point-là ! Scandaleux, inadmissible et intolérable. Du véritable amateurisme.


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