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Esthétique des pôles et testament des glaces à Metz

L’Arctique et l’Antarctique, si proches, si loin, deux pôles à explorer qui s’attirent et se repoussent à la manière des aimants. Devant un tel spectacle, le voyageur solitaire des mers ne peut que se heurter au monochrome blanc de la banquise, abandonner ses espoirs et ses désespoirs. Ce magnétisme d’un nouveau genre fait l’objet d’une superbe exposition, « Esthétique des pôles », au Fond Régional d’Art Contemporain (FRAC) de Lorraine à Metz, à travers la découverte d’une quinzaine d’œuvres. Le concert artistique s’ouvre tout d’abord sur une boussole déboussolée réalisée par le Français Jean-Jacques Dumont, qui part dans une course infinie pour ne montrer le Nord que toutes les soixante secondes. Histoire de rappeler qu’il est question ici de perdre tous ses repères. Dans cette optique, le Britannique Darren Almond affronte le vent terrible de cette ultime terra incognita et sa nuit noire, qui semble parfois éternelle. Sa performance, filmée, est presque aussi éprouvante pour le spectateur que pour lui-même. Dans une marche frénétique, il avance dans le noir percé de cristaux de neige, luttant contre le blizzard. L’artiste semble nous traîner derrière lui vers l’inconnu menacé de disparition. L’errance filmée de Bertrand Lozay est tout aussi impressionnante. On voit en effet l’homme divaguer au hasard, quasiment non préparé, sans l’attirail nécessaire au grand froid, risquant ainsi littéralement sa vie pour partir en quête d’on ne sait quoi, comme s’il tentait de s’évanouir dans cet infini. L’exposition nous montre par là que ces terres inhospitalières menacées par le réchauffement climatique sont aussi fragiles que les hommes qui tentent de les arpenter. De même, l’artiste néerlandaise Marijke van Warmerdam a posé sur un socle un mini-iceberg. Ce dernier fond irrémédiablement, changé tous les deux jours. Il nous donne à voir dans sa cruelle réalité ce que l’on n’aperçoit d’habitude que par le biais des images, à savoir la fonte des glaces. Enfin, aux antipodes, Julien Lousteau fait appel à notre imaginaire, en évoquant dans son film le lac Vostok, prisonnier des glaces antarctiques depuis des millions d’années. Si on l’explorait, il pourrait révéler les secrets les plus ancestraux de la planète. Mais il serait alors contaminé à jamais. Etrange, subtile et irrésistible dilemme. En somme, une très nécessaire plongée dans l’inconscient et l’inconscience du monde.

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A noter que cette exposition est à découvrir jusqu’au 9 février au FRAC de Lorraine à Metz. L’entrée est libre. 

(Source : Le Monde) 

27 décembre, 2009 à 12:47


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