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Le mensonge du siècle

Il y a maintenant un an les bouchers de Paris saignaient encore notre belle Lorraine, cette fois avec les restructurations militaires. Les villes de Metz, Dieuze et Bitche étaient particulièrement sacrifiées sur l’autel d’une réforme injuste et subissaient de plein fouet le diktat de l’Elysée.  Alors que la colère gronde toujours et que l’incompréhension règne encore, les compensations promises peinent à être réelles, palpables et concrètes. Elles prennent corps dans le rapport Blanc, document secret dont on ne sait finalement rien. Serait-ce donc une coquille vide ? De même, les Lorrains attendant toujours que Sarkozy vienne enfin expliquer sa fureur. Des trois cités précédemment évoquées, seule la ville des Vosges du Nord, protégée par son impressionnante citadelle, semble avoir été sauvée. Le soldat Bitche s’est en effet remarquablement défendu, accueillent à coup de pierres les représentants du gouvernement français et menaçant de rendre toutes ses médailles de guerre. Une ville décidément imprenable. Une héroïque résistance, une fois de plus. Bitche recevra bien le 16ème bataillon de chasseurs de Saarburg en provenance de Rhénanie-Palatinat en compensation du départ du mythique 57ème régiment d’artillerie dissout en juin. Cela dit, après avoir vu sa compensation financière passer de 10 à seulement 3 millions d’euros, le combat de Bitche n’est pas encore achevé en vue d’assurer son désenclavement.

A Dieuze comme à Metz, le bilan est lourd, terrible même, dramatique. C’est ici que les canons de toute la haine française ont retenti le plus. Dans le Saulnois, on n’en sait toujours pas plus sur le contenu de l’unité de formation de compensation promise, à savoir un groupement d’instruction. Cette unité détachée seraient chargée d’assurer la formation initiale de jeunes engagés volontaires des régiments du Nord-Est. Une mission bien obscure. 400 permanents et 600 engagés tourneraient ainsi trois fois par an. Le maire de la commune ne sait absolument pas à quoi s’en tenir : les permanents sont-ils célibataires ou seront-ils accompagnés de leur famille, s’installeront-ils sur place ou pas ? Le véritable flou artistique règne autour cette éventuelle arrivée. Rien ne pourra remplacer aux yeux du premier magistrat et de ses administrés le prestigieux 13ème régiment de parachutistes (RDP).  D’un point de vue économique, le pouvoir des jeunes engagés ne sera en aucune mesure semblable à celui des hommes du 13ème RDP, qui sont très bien rémunérés. La compensation n’est absolument pas équivalente. De même, sur les 10 à 15 millions d’euros promis par le président français, pas un copeck n’a encore pointé le bout de son nez. En attendant, Dieuze est véritablement saignée à vif, amputée de 1 000 emplois, 350 familles et 600 enfants.  La ville est même soumise financièrement. L’Etat français en est l’inquisiteur, le bourreau, le démon.

A Metz, ville martyre et foudroyée dans sa dynamique par ces iniques restructurations, 5 365 militaires sont appelés à partir. Enorme. D’ailleurs des centaines ont déjà pliés bagages. Seuls 280 personnes viendront dans la première ville de Lorraine dans le cadre de la base de défense. De défense il est en effet ici question plus qu’ailleurs. Car si Bitche a su courageusement faire face, si Dieuze a pu s’offrir un honorable baroud d’honneur, la vieille ville de Metz, à l’abri derrière ses murailles, autrefois réputée inviolable, a pris littéralement l’eau. L’ennemi s’est infiltré partout, dans les rues, les lieux de pouvoir. La défense de la ville a quasiment été inexistante, broyée de toute part par des conflits et des rivalités internes. Les quelques pieux chevaliers encore debout n’ont malheureusement pas pu combler l’incompétence et la naïveté des dirigeants de la ville. Metz n’a jamais été aussi vulnérable et elle l’a payé de la plus horrible des manières. Les élus réclament 36 millions d’euros de compensation financière, des pacotilles au vue du préjudice subi. Même si des projets de redynamisation sont timidement apparus, à l’instar de l’Ecocité, une sorte de quartier laboratoire dédié au développement durable devant normalement voir le jour sur la base aérienne 128 une fois désaffectée, ils restent très flous. Quant aux emplois publics censés combler le vide laissé par les militaires, le compte n’y est toujours pas, vraiment pas. Que faire alors que le gros des troupes quittera la garnison messine en juillet 2010 et 2012 ? Agir, toujours, et ne pas rester suspendus aux vaines paroles du président français qui sont en train de s’amasser dans le véritable charnier des promesses non tenus aux côtés de la désormais célèbre stèle funéraire de Gandrange.

La colère est la même du côté d’Essey-lès-Nancy, commune complètement délaissée et abandonnée par Paris et qui va perdre 400 hommes. Le maire n’a ainsi même pas accès à l’étude en cours sur la reconversion du site, au moment où quelques projets se dessinent comme l’installation du service départemental d’incendie et de secours ou encore le CREPS, tous deux intéressés pour reprendre une partie des 50 hectares de l’emprise militaire. Mais rien, absolument rien n’est acté en ce qui concerne la rétrocession des parcelles et des bâtiments aux collectivités. Un autre dossier au point mort. 

Ainsi, de toutes ces communes flouées et dépecées, seules Bitche et Lunéville, qui, bien que perdant son état-major et son général, s’en sort avec le renforcement du 53ème régiment de tirailleurs, semblent sauvées. Lunéville va même récupérer un espace vert d’une superficie d’un hectare en plein centre-ville et va s’atteler à le mettre en valeur. Partout ailleurs, la peur rode et les sinistres conséquences des restructurations militaires se font sentir. A l’horizon 2014, en Lorraine, seulement 2  087 personnels viendront compenser les 9  146 hommes partis avec leur famille, soit un solde négatif de 7  059. Une catastrophe démographique et économique. Merci la France, à cause de qui tant de Lorrains sont morts.

26 juillet, 2009 à 11:35


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