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Avenue Picot, impasse Saint-Symphorien

A partir de 2016, le championnat d’Europe des nations passera de 16 à 24 participants. La France pourrait être désignée pays organisateur de la compétition. Dans cette optique, des listes de 15 villes potentiellement candidates ont été établies en fonctions des installations sportives actuelles, qui seront rénovées, ou de nouvelles enceintes à venir. Metz n’y figure jamais. Nancy, si. Heureusement pour la Lorraine. Mais avoir deux stades accueillant des rencontres de ce niveau et ayant de telles répercussions médiatiques, c’est toujours mieux qu’un. Vous en conviendrez. Mais en l’état actuel des choses, il est plus que légitime de se demander si Metz n’est déjà pas en train de perdre l’Euro. C’est une vieille habitude de la maison. En effet, il y a de cela un peu plus d’une décennie, la ville et la Lorraine toute entière avaient été privées de l’immense succès populaire de la Coupe du Monde 1998, de ses retombées ponctuelles, comme de ses effets durables. Ce qui serait d’autant plus regrettable si Metz devait encore rater ce nouveau rendez-vous, c’est qu’une loi permettra bientôt, si ce n’est déjà fait, d’obtenir des aides de l’Etat français au sujet des constructions programmées pour l’Euro 2016. Tout cela dans le cadre d’une déclaration d’utilité publique. La question en 2009 n’est en effet plus de savoir si Metz mérite ou non un grand stade de foot, au prétexte de ne plus posséder une grande équipe de foot, car de nos jours, un stade constitue un véritable outil de travail, mais de déterminer son emplacement. Et plus l’outil est performant, plus il permet de se développer. C’est économique, ni plus, ni moins.

Cela dit, afin de bénéficier de l’effet d’aubaine, d’attirer et de séduire des investisseurs privés dans le même élan et de permettre au Nord lorrain de bénéficier lui aussi de toutes les retombées d’un évènement majeur comme celui-là, les élus et politiques locaux doivent en finir une fois pour toutes avec les errements du siècle précédent. En ces temps de crise et sur un dossier aussi fédérateur, un consensus devrait d’ailleurs tomber sous le sens. Et bien non ! Nos politiques n’auront pourtant pas cinquante mille occasions de nous prouver leur envergure, ou pas, quelques mois après les conséquences des restructurations militaires qui nous ont données une idée aussi précise que désastreuse de leur niveau d’influence.

Rappelons que la compétition avait viré au triomphe sportif et économique en 1998, sauf ici, du fait de l’incapacité chronique des élus à pouvoir s’entendre, ceux-ci préférant se renvoyer la balle au cours d’une éternelle partie de ping-pong. Dix ans plus tard, on prend les mêmes (ou presque) et on recommence. Si bien qu’en 2009 se pose la question lancinante: mêmes causes déplorables, mêmes effets dévastateurs pour notre province ? Metz semble ainsi accusé un retard important sur Nancy et énorme sur Strasbourg, alors que le projet grenat est… antérieur à ceux de ses voisins !

L’agrandissement du stade Marcel Picot à Nancy apparait plus engageant. De 20 087 places actuellement, l’enceinte ayant en effet déjà été rénovée entre 1999 et 2003, Picot passerait à plus de 35 000 places à l’horizon 2012, avec entre autres 5 000 places VIP. Cette nouvelle extension s’effectuerait par le haut des tribunes derrière les buts. Une zone de loisirs serait par ailleurs aménagée autour du stade et les possibilités de stationnement seraient considérablement augmentées. Le club et la ville ont ainsi bien réagi après avoir constaté que le taux de remplissage de Picot affichait 90% depuis 4 ans. Montant total estimé de l’opération : entre 30 et 50 millions d’euros. Un tel investissement serait permis par un partenariat public-privé impliquant aussi bien le club que la Communauté Urbaine du Grand Nancy.

Tandis qu’à Metz, le stade Saint-Symphorien, dans sa configuration actuelle ou même rénové, ne pourrait en aucun cas répondre au cahier des charges de l’Euro 2016, dans la mesure où il ne prévoit pas, par exemple, entre 5 000 et 8 000 places de parking ou encore plus de 500 emplacements pour les bus. Il est en effet impossible de réinventer sur cette île les possibilités d’accès et de stationnement. Agrandir le stade serait même presque dangereux. Dommage, car disposer d’un tel outil à deux pas du centre-ville est tout de même appréciable. Dès lors, de nouvelles interrogations se profilent à l’horizon. Si la rénovation de Saint-Symphorien constituerait un coup d’épée dans l’eau, un nouveau stade pourrait être construit. Mais où ? Et cet autre projet serait-il prêt à temps ? Ainsi, bâtir un stade flambant neuf sur les friches industrielles de la vallée de l’Orne est aujourd’hui l’alternative la plus crédible à une rénovation de Saint-Symphorien. Le projet offrirait en outre l’avantage d’avoir des conditions d’accès ferroviaires mais aussi autoroutières. Certains pensent donc qu’il convient désormais de raisonner à l’échelle d’une métropole Metz-Thionville, qui comptabiliserait 500 000 habitants. Ce qui constituerait tout de même une taille critique, tant est qu’il en existe une, pour accueillir un grand stade. Problème : le nouveau maire de Metz a bien l’intention d’enterrer la possibilité de voir le club messin ailleurs qu’à Metz, et avec cela tout espoir de voir la ville accueillir des matchs de l’Euro 2016. Il invoque ainsi le reclassement de l’enceinte mythique de Saint-Symphorien, puisqu’un stade à l’abandon occasionnerait des friches supplémentaires après celles des terrains militaires. Il fait également référence à la réalité économique, dans la mesure où l’opération prévoit la création de 40 000 mètres carrés de surfaces commerciales supplémentaires, ce qui représente 10% de ce qu’il existe actuellement. Sauf que là, le nouveau stade ne serait pas situé à Metz. Mais pour revenir au premier argument du maire, si ce dernier déniait se bougeait un peu plus pour défendre sa ville, il y en aurait peut-être un peu moins des friches militaires. De même, qui a dit que le stade serait à l’abandon. Notre ami Johny pourrait dans cette optique détruire autant de fois qu’il le souhaite la pelouse. Et puis, il ne restera ainsi à Metz plus qu’à développer la pratique du rugby afin d’avoir enfin une équipe professionnelle digne de ce nom. Fermons la parenthèse.  Tout cela pour dire que le maire de Metz y regarderait à deux fois, au moins, avant de signer les autorisations d’ouverture ou, plus sûrement, avant de ne pas les signer. Quel avenir alors pour le stade du FC Metz, qui a été pendant 30 ans le principal ambassadeur de Metz et de la Moselle, en même temps qu’un moyen de distraction, de bonheur parfois, pour plus de 20 000 personnes. Enfin, une dernière comparaison, si Nancy dispose d’un budget de 40 millions d’euros, Metz n’a à sa disposition que 15 millions d’euros. Vous voyez donc ce qui manque pour prétendre jouer un rôle honorable en ligue 1…

25 avril, 2009 à 11:30


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