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Demain la Lorraine …

De quoi sera faite notre si belle province dans dix, quinze, vingt, voire trente ans ? Faut-il s’attendre à des bouleversements ou autres changements majeurs dans notre économie ? Quelles seront nos forces et nos faiblesses dans le futur ? Enfin, dans quelle logique de développement s’inscrira la Lorraine de demain ? C’est ce à quoi nous allons tenter de répondre en nous basant sur les idées que l’on peut entendre de par chez nous. 

Fortement bousculée par le contexte de crise internationale, d’autant plus fragilisée par des restructurations militaires aussi iniques que scandaleuses, la Lorraine n’en finit plus de devoir franchir des obstacles pour définitivement se relever et tourner la page de la fermeture des mines et de la sidérurgie, qui ont un temps fait sa richesse et sa prospérité. Quoi qu’il en soit, il apparaît désormais de plus  en plus crédible et certain que l’avenir de la Lorraine dépend intimement de la métropole Metz-Nancy. C’est pour cela qu’il convient d’organiser stratégiquement et urbanistiquement l’espace central, en prenant pour pivot Pont-à-Mousson. Un tel ensemble représenterait alors un poids de 800 000 personnes, sans compter les 300 000 autres du côté de Thionville et du sillon nord meurthe-et-mosellan. Car il est important dans le jeu de la concurrence internationale de disposer d’un solide réservoir d’Emplois Métropolitains Supérieurs et d’une offre culturelle et de recherche vaste et ambitieuse. En s’unissant, les deux villes proposeraient en outre chacune leur propre qualité de vie et leur attractivité respective. En effet, quand on revient à la réalité lorraine, on constate qu’il y a un peu de tout de chaque côté. Il y a un phénomène de métropolisation, une offre lorraine, mais qui ne se perçoit absolument pas  de l’extérieur. Cela dit, le principal problème de la relation Metz-Nancy, c’est cette incapacité chronique à définir des points convergents. Pour faire simple, une fois que l’Etat français a dit qu’il apporterait son soutient (ce qui est rarement le cas), on rééquilibrera. Au lieu de cela, les Lorrains exigent d’abord un rééquilibrage avant de combler les vides. Si Nancy a des atouts exceptionnels, autour de l’université et de la recherche notamment, ils sont insuffisants pour lui permettre de rayonner sur l’échiquier international sans Metz, et vice versa. Les Lorrains éprouvent également de grandes difficultés à se situer clairement face aux projets de développement des Luxembourgeois. D’ailleurs, nous n’avons quasiment jamais discuté d’une manière sereine et unie avec eux. La division des Lorrains les conduits à surestimer l’impact du Luxembourg. Certes, il y a beaucoup d’argent sur cette place financière. Mais comment s’en sortira-t-elle de cette crise ? Ce sont les frontaliers qui trinqueront en premier. Ce constat est d’autant plus dommageable que beaucoup d’entreprises en ont marre de la région parisienne. Alors qu’ici, en Lorraine, nous disposons d’un foncier équipé et disponible au cœur d’un éco-urbanisme. 

De même, l’image de la Lorraine devrait tendre à changer. Pour nombre de Français, la Lorraine se résume, au mieux, à la place Stanislas de Nancy, au pire à une terre minière en pleine crise post-sidérurgique. Le futur Centre-Pompidou Metz devrait relever cette image. Mais devant ce point d’orgue de modernité, il faudra communiquer plus et mieux sur le patrimoine architectural exceptionnel de Metz et de ses 3000 ans d’Histoire. Un autre héritage, et non des moindres, doit être davantage mis en valeur, à savoir celui de Robert Schuman qui est né ici. Le règne de Charlemagne avait  également et très fortement laissé son empreinte. Nous ne célébrons pas assez les pères des deux Europe, de l’ancienne et de la nouvelle. En outre, la Lorraine a une formidable carte à jouer dans le domaine des énergies renouvelables. Elle pourrait même devenir un exemple en la matière, tant il s’agit pour elle d’une vocation  naturelle. Nous sommes la province à la plus forte densité forestière, avec des paysages et des espaces de qualité et variés : le pays des étangs, le massif des Vosges, les côtes calcaires… La conjonction des éléments patrimoniaux évoqués plus haut avec cette richesse naturelle et écologique doit renforcer notre attractivité touristique. Le tout, c’est de savoir le transmettre, le partager, le communiquer avec intelligence. Car, globalement, nous ne sommes pas très respectés de Paris, où les décideurs ne se seraient jamais risqués à faire passer la pilule de la nouvelle carte militaire dans d’autres provinces. A l’image de la Russie, la Lorraine doit retrouver son statut et son rang de puissance. C’est cette dépendance inique de Paris qui plombe le développement de la Lorraine depuis des lustres. Par exemple, au milieu des années 1970 quand nous avons dû faire face à la même crise économique et industrielle que les Luxembourgeois, la Lorraine n’a pu, faute de liberté, réagir aussi promptement et réussir une si brillante reconversion. 

La Lorraine a cela dit une force par rapport aux autres provinces françaises : celle de la rigueur, du goût pour le travail. C’est peut-être son côté terre d’immigration, où les gens ont travaillé dur pour gagner leur vie, qui peut expliquer cela. Même si elle a connu par le passé de très importants conflits sociaux, les relations sociales y sont maintenant beaucoup plus pacifiées que dans d’autres endroits. Et les relations pacifiées sont globalement bonnes pour l’économie. Il y a ainsi ici une culture du compromis plus marquée qu’ailleurs. La Lorraine a une vocation de terre d’expérimentation : la rigueur du tempérament lorrain, sa tradition d’un syndicalisme fort et souvent responsable ainsi que son expérience de l’intégration des immigrés devraient lui conférer un statut de laboratoire social pour toutes les réformes de la fonction publique. Et de ces expérimentations, les médias en parlent. Cela contribuerait à l’image plutôt grande de la qualité de ses relations sociales. Etre pilote des grandes réformes de l’enseignement primaire et secondaire avec des vacances moins longues, des rythmes de travail plus équilibrés, des enseignements trilingues français-allemand-anglais, y compris et surtout dans les collèges et lycées défavorisés. L’expérimentation fait mobiliser plus de moyens. Si toute l’académie s’y mettait, cela offrirait des salaires plus élevés et des moyens pédagogiques supplémentaires. L’expérimentation favorise enfin un dynamisme intellectuel, et si les écoles sont performantes, c’est un plus indéniable pour l’économie. 

On l’aura compris, pour s’en sortir, la Lorraine devra également investir encore plus dans l’écologie et l’éco-tourisme, communiquer de manière efficace et performante sur sa culture, sa gastronomie et sa qualité de vie. Cela peut par exemple passer par l’organisation d’événements culturels d’envergure internationale, dans lesquels Metz et Nancy seraient mis dans une concurrence seine pour programmer un festival qui serait les années paires sur un site, les années impaires sur l’autre. Notre province gagne véritablement à être connue et il y largement de quoi favoriser l’éco-tourisme ! 

Enfin, la Lorraine de demain devrait voir selon certains un afflux de résidents européens à fort pouvoir d’achat. Déjà des Hollandais achètent et restaurent des vielles maisons en Meuse et dans des villages qui retrouvent vie et commerce de proximité. Il faudra profiter de cette position géographique exceptionnelle, au centre de tout, pour favoriser le brassage culturel. 

Beaucoup de gens s’en étonnent. Mais c’est une erreur de penser que c’est mieux ailleurs … 

18 février, 2009 à 19:06


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