Centre de ressources numériques sur la Lorraine

Meisenthal et la vallée du cristal

Pour notre dernier rendez-vous de l’année au sujet de la découverte du fabuleux patrimoine lorrain, et, en cette période de préparatifs et de magie de Noël, nous avons mis le cap sur les Vosges du Nord, afin de mettre la lumière sur Meisenthal et sa tradition verrière, à l’origine des fameuses boules de Noël … 

Blotti sur les contreforts des Vosges du Nord, dans le Bitcherland, telle est l’image de Meisenthal qui apparaît sur les anciennes cartes postales. C’est ici, dans cet écrin magnifique de verdure, de profondes forêts et de sources, que sont en effet nées les boules du sapin de Noël avec le souffleur de Goetzenbruck, petite localité voisine, en 1858. La verrerie de Meisenthal a repris la production ancestrale en 1998. Mais avant de replonger dans la fabuleuse aventure des boules de Noël, arrêtons-nous un instant sur les particularités et l’histoire de Meisenthal. 

Les habitants de Meisenthal sont appelés les Mondfänger. D’après la légende, ils auraient essayé d’attraper (fängen) la lune (Mond) qui se reflétait dans sur les eaux de l’étang. Le village, établi à l’intersection de plusieurs vallons, ne présente aucune partie cohérente. Des prairies ponctuent la forêt défrichée tardivement et les maisons semblent posées un peu au hasard, parfois à l’écart des axes de circulation. Une morphologie qu’on ne retrouve nulle part ailleurs et qui s’explique par l’occupation récente du village et l’ accroissement de la population verrière à la fin du XVIIIème siècle. En contrebas de l’ église de la Nativité de la Vierge, construite en 1811 et agrandie en 1871, les bâtiments de la verrerie sont regroupés autour des deux grandes  cheminées

Situé aux confins de la Lorraine et de l’Alsace, le village s’étend en pays couvert, c’est-à-dire boisé, par opposition au pays découvert, à l’Ouest du Bitcherland, où le défrichement des siècles passés a laissé place à l’agriculture. Une série de bornes dressées en 1608 pour marquer la frontière entre le Duché de Lorraine et le comté de Hanau-Lichtenberg, avec pour principaux témoins la Pierre des douze Apôtres et une colonne élevée sous l’Empire, matérialisent encore aujourd’hui cette limite territoriale entre les deux provinces.

Ainsi, le Breitenstein (ou en français la Pierre des douze Apôtres) est un monolithe dressé par l’homme, gardant toujours secrets son état originel et sa signification primitive. Traduit littéralement par pierre large ou plus justement par pierre frontière, le Breitenstein est un bloc de grès rouge d’une hauteur de quatre mètres quarante. Pour la tradition orale, la destination primitive de ce rocher remonte à l’époque druidique. Placé, en effet, au milieu de ces immenses forêts, ce menhir lorrain a dû servir, soit de pierre sacrificielle, soit de témoignage monumental élevé en l’honneur d’un quelconque divinité. Lors de la lente christianisation de cette  partie de la Lorraine germanique, on débaptisa le rocher selon une technique qui consiste à garder tous les objets vénérables des anciens cultes, en leur donnant toutefois une orientation chrétienne. Bien plus tard, on compléta le monument d’un groupe de 1 mètre 50 de haut, représentant le Christ en croix, flanqué de la  Vierge et de Marie-Madeleine à ses pieds. Au dessous, sur le pourtour, les douze apôtres, en relief, trois sur chaque face, semblent veiller sur la forêt en regardant les quatre horizons. Ces sculptures sont tardives puisqu’elles ont été sans doute ajoutées au XVIIIème siècle, peut-être même en 1767, si l’on en juge par l’inscription placée au-dessus. Elle reproduit sur quatre lignes le nom des douze apôtres, le tout dans une orthographe germanique. Le Breitenstein prend également place dans le tracé frontalier délimitant, depuis 1606, les domaines respectifs des Ducs de Lorraine et des comtes de Hanau. De nos jours, la limite des communes, des départements de la Moselle et du Bas-Rhin, ainsi que des évêchés de Metz et de Strasbourg, épouse toujours l’ancien tracé féodal. Ces bornes, éparpillés à intervalle fixe, portent sur la face qui regarde Bitche le blason à la croix de Lorraine, entouré du mot Lothring au-dessus et de la date 1605 en dessous. Sur la face opposée, on peut voir l’écusson de Hanau, reconnaissable à ses trois chevrons. Le Dreipeterstein est un autre mégalithe, constitué de trois rochers de grès rouge jouxtant la route forestière qui débute à la colonne. Ce sont sans doute des vestiges d’un ancien autel druidique. Plus tard, ils servirent également de bornes frontières puisqu’on y retrouve les blasons des Hanau et ceux du Duc de Lorraine. D’après la légende, trois princes : Pierre de Bitche, Pierre de Hanau et Pierre de La Petite-Pierre s’y seraient rencontrés pour signer la paix. C’est de là que provient le nom des rochers. 

Ainsi, niché dans une vallée profonde, à quelques kilomètres de Saint-Louis-lès-Bitche, sur la route du cristal, le village de Meisenthal fut donc, comme vous l’aurez maintenant compris, l’un des berceaux de la verrerie dans le Pays de Bitche. Pendant deux siècles, le village ne vit que par et pour le verre. Si l’industrie du verre est attestée dès le 15ème siècle à Meisenthal aux lieux-dits Glasthal et Hutzelthal, la Guerre de Trente ans ravagea tout sur son passage. Au lendemain de l’extinction de la verrerie de Soucht en 1700, un groupe de verriers obtient en 1702 l’autorisation du Duc de Lorraine Léopold Ier  de venir s’installer sur le site voisin de Meisenthal. La verrerie, qui fut fondée deux ans plus tard, fonctionna jusqu’en 1969. Reconstruits tout au long du XIXème siècle et du XXème siècle, les bâtiments de la verrerie occupent toujours le cœur du village.

Mais en 1858, une grande sécheresse priva les Vosges du Nord de fruits, de noisettes et de pommes de pin. Un souffleur de verre inspiré de Goetzenbruck tenta de compenser cette injustice en soufflant quelques boules en verre afin de décorer les sapins de Noël. Il déclencha à lui seul une tradition qui traversa les cultures, le monde et l’humanité. En 1964, la verrerie de Goetzenbruck mettait un terme à la fabrication industrielle des boules de Noël argentées. Depuis 1998 le Centre International d’Art Verrier (CIAV) de Meisenthal, qui a ressuscité et revisité cette tradition, produit à nouveau, selon des rituels ancestraux, des boules de Noël en verre. La série « traditionnelle » s’inspire des modèles anciens et la série « contemporaine » a été conçue par des designers allemands, britanniques, français et italiens.

Si vous passez à Meisenthal, n’hésitez donc pas à vous arrêter au CIAV. Ce dernier est composé d’un atelier et d’une salle d’exposition. Dans l’atelier, vous assisterez à une démonstration de fabrication du verre. La salle d’exposition présente quant à elle des créations originales de style contemporain ainsi que des produits d’inspiration historique de la région comme les fameuses boules de Noël. Il s’agit d’un lieu unique de production, de démonstration, de transmission, de création et de découverte. Après un tour du CIAV, une visite au musée du verre et du cristal s’impose, qui est un véritable témoignage de l’activité du village et du savoir-faire de ses habitants. Il est situé dans l’ancienne verrerie de Meisenthal. Connue pour ses verres de montre, la verrerie accueillit Emile Gallé de 1867 à 1870 qui y procéda à ses essais sur la pâte de verre. Le musée reconstitue les différentes étapes de la fabrication verrière. Au rez-de-chaussée, une exposition d’anciens outils et un four reconstitué permettent de comprendre les techniques de la fabrication du cristal. Enfin, avant de partir, n’oubliez de faire une halte au cimetière du village. Ombragé par de grands arbres, celui-ci, qui descend en pente douce vers l’église, est le plus beau du Bitcherland et le seul qui ait conservé un nombre importants de monuments du XIXème siècle, dont plusieurs sculptés par des maîtres verriers. Galbées en élévation, à l’imitation de la nature, romantiques, néoclassiques, néogothiques, toutes les formes et tous les styles sont ici représentées. Dominant cet ensemble exceptionnel, un grand calvaire fut érigé en 1823, à l’époque de l’agrandissement du cimetière. Après cela, c’est certain, vous ne regretterez absolument votre escapade dans les Vosges du Nord.

24 décembre, 2008 à 10:47


5 Commentaires pour “Meisenthal et la vallée du cristal”


  1. bloggerslorrainsengages écrit:

    La cinquième édition du festival de théâtre de rue Demandez-nous la lune ! qui s’est déroulée à la halle verrière de Meisenthal a dépassé le cap des 3 000 visiteurs. Une belle réussite pour les organisateurs et la quarantaine de bénévoles mobilisés.

  2. bloggerslorrainsengages écrit:

    Il y a cinq siècles, des verriers nomades construisirent un four de fortune dans une vallée sauvage des Vosges du Nord. Ces pionniers écrivirent les premières pages d’une aventure industrielle et artistique hors du commun qui perdure encore aujourd’hui.

    Nichés dans des vallées mitoyennes, les sites exceptionnels de Meisenthal et de Saint-Louis-lès-Bitche ont valorisé leurs épopées respectives sur les terres mêmes qui les ont vus naître. Ils constituent une occasion unique de découvrir la magie d’un patrimoine culturel et naturel préservé par la passion des hommes.

    La Verrerie de Meisenthal (1711-1969) associe mémoire ouvrière et expressions artistiques contemporaines. Le Musée du Verre dévoile aux visiteurs sa somptueuse collection Art nouveau illustrant la collaboration entre Emile Gallé et les verriers virtuoses de Meisenthal. Le Centre International d’Art Verrier, qui œuvre pour le compte de créateurs, offre le ballet de ses souffleurs de verre qui commentent leur travail. La Halle Verrière propose quant à elle toute l’année des concerts de musiques actuelles, des spectacles de théâtre de rue et des expositions d’art contemporain.

    Baptisé « La Grande Place », le Musée du Cristal de Saint-Louis-lès-Bitche se situe au cœur de la plus ancienne cristallerie de France. Sa collection unique au monde est lovée dans un parfait écrin de lumière. A quelques mètres de là, les verriers bravent le feu et la matière en fusion. Une muséographie illustrée par 20 vidéos guide les visiteurs à travers quatre siècles d’Histoire, de la découverte du cristal à la maîtrise des techniques décoratives les plus élaborées.

    Les deux sites sont situés au cœur du Parc Naturel Régional des Vosges du Nord, classé Réserve mondiale de la Biosphère par l’UNESCO en 1989 et lauréat européen du concours EDEN qui l’élève au rang des destinations touristiques d’excellence.

  3. bloggerslorrainsengages écrit:

    En 1858, faute de fruits pour décorer le sapin, un artisan de Goetzenbruck, en Moselle, eut l’idée de souffler des boules de verre … La verrerie de Goetzenbruck, réputée pour la production de verre bombée, produisit des boules décoratives réfléchissantes dès 1857. Dans les années 1950, plus de 200 000 boules furent exportées à travers le monde. Mais en 1964, leur fabrication fut arrêtée. En 1998, le Centre International d’Art Verrier (CIAV) de Meisenthal organisa des rencontres autour des techniques de soufflage et d’argenture des boules de Goetzenbruck, réunissant anciens et nouveaux verriers. Depuis, il est l’héritier de ce savoir-faire, confrontant ces gestes ancestraux à des productions et des questionnements contemporains.

  4. Groupe BLE Lorraine écrit:

    35 000 boules de Noël ont été produites en 2014 à Meisenthal. Jamais le Centre International d’Art Verrier n’en a fabriqué autant. Ce dernier a en conçu 3 000 durant l’année et 32 000 depuis septembre.

    En un peu plus de dix ans, cette ancienne verrerie alors abandonnée s’est métamorphosée. Les boules de Noël sont devenues un véritable produit touristique, vitrine du Bitcherland.

  5. Groupe BLE Lorraine écrit:

    Le Centre International d’Art Verrier de Meisenthal, dans le Bitcherland, a vendu 42 700 boules de Noel en 2016. Un record ! C’est 7 700 de plus qu’en 2015. La dernière création de boule de Noel contemporaine en forme de presse citron, baptisée Fizz, a notamment été écoulée à 12 600 exemplaires sur les 13 000 produits.


Laisser un commentaire