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Le signal de Sion-Vaudémont ou la colline inspirée

Son nom est évocateur, mystérieux. C’est un lieu où souffle l’esprit écrivit Maurice Barrés au sujet de la fameuse colline de Sion dans son roman religieux et culturel, La Colline inspirée, en 1913. A bien des égards la colline de Sion est un endroit singulier et étrange, surprenant, qui a de tout temps fasciné les voyageurs et les pèlerins. La colline de Sion-Vaudémont, son appellation complète, est située dans le Saintois, pays du Sud de la Meurthe-Et-Moselle. Sa forme si caractéristique de fer à cheval s’élève à plus de 542 mètres d’altitude. Dominant ainsi la plaine, la butte offre un panorama infini sur les vieux vergers traditionnels ainsi que les vestiges d’un château-fort construit par les Comtes de Vaudémont, la Tour Brunehaut.

D’un point de vue géologique, la colline de Sion est en réalité une « butte-témoin », c’est-à-dire un site en hauteur au milieu d’une plaine ou d’un plateau. La colline s’est en fait « détachée » progressivement du reste des côtes de Moselle. C’est une partie du plateau qui n’a pas été érodée. D’ailleurs, le monument Barrés, véritable phare élancée éclairant de sa splendeur tous les environs, est le point le plus haut du plateau lorrain.

Outre la symbolique forte qu’elle représente pour la Lorraine, point sur lequel nous reviendrons un peu plus loin, la colline est célèbre pour ses « étoiles ». Les étoiles de Sion sont des restes fossilisés d’animaux marins appelés crinoïdes ou encrines, qui prospéraient dans la région au Jurassique, il y a près de 170 millions d’années. La Lorraine était alors recouverte par une vaste mer chaude. Les encrines y vivaient en colonies dans les fonds. Ces animaux s’apparentaient aux étoiles de mer et aux oursins. Décrits comme des fleurs, les encrines sont également nommés lys des mers. Si on trouve des étoiles un peu partout sur la colline et mêmes aux alentours, c’est en face du lieu dit « La Croix Sainte-Marguerite » que vous aurez le plus de chance d’en apercevoir. 

La légende du « Saut de la Pucelle » est une des origines mythique des étoiles de Sion. Sur cette butte-témoin se trouve un endroit escarpé et dangereux nommé le Saut de la Pucelle. Cette portion de forêt dont le sol serait presque incliné à la verticale absolue constitue une haute falaise à pic, cachée par la végétation. On raconte ainsi qu’un chevalier noir se serait épris de l’une des filles du seigneur de Vaudémont et aurait décidé de s’emparer d’elle de force. Ce dernier entreprit de commettre son forfait un soir où la belle revenait à cheval du sanctuaire de la Vierge à Sion. La jeune femme ayant compris la manouvre de son agresseur se serait alors enfouie en direction du saut et aurait invoqué la Vierge de Sion à son secours. Le cheval de la belle tomba miraculeusement debout sur une large pierre sur laquelle il marqua profondément les quatre fers de ses sabots. Au même moment, la Vierge saisit dans le ciel une poignée d’étoiles que la nuit tombante venait d’allumer et les jeta dans les yeux du cavalier noir et de sa monture. Tous deux s’écrasèrent dans le précipice. C’est depuis ce temps immémoriale que l’on trouverait des étoiles par myriade sur la colline Les gens du coin affirment qu’il y a encore quelques années, on pouvait voir la marque des sabots de la monture de la belle sur une pierre en contrebas.

Plus terre-à-terre, la chute d’un cavalier dans le Saut de la Pucelle n’avait rien d’impossible. En effet, comme nous l’avons déjà évoqué, les très grands arbres qui croissent dans la pente abrupte pouvaient empêcher un étranger de réaliser la présence et l’exceptionnelle intensité de la déclivité, faisant ainsi qu’un cavalier pouvait fort bien se rendre compte trop tardivement du danger qui le guettait.

La colline de Sion-Vaudémont est l’un des rares sites en Europe qui accumule une mémoire archéologique correspondant à plusieurs millénaires de peuplement. Sion est occupée depuis au moins quatre mille ans. En effet, la colline, en dominant les terres environnantes a pu jouer un rôle stratégique important. Le site connut ainsi une première vague d’occupation significative au Néolithique, comme en témoigne la découverte de haches-marteau en pierre polie, de céramiques et de pointes de flèches en silex taillé. C’est également ici que les Leuques venaient honorer Romertha, la déesse de la fécondité. Les Romains y édifièrent ensuite un temple dédié à Mercure, dieu du commerce. De même, Sion représente le premier témoignage du christianisme en Lorraine, avec les traces d’un monument remontant au Vème siècle. Sion s’est presqu’immédiatement révélé comme un lieu de dévotion populaire de la Vierge mariale dès le Xème siècle. Plus tard, sous l’influence des Comtes de Vaudémont, devenus Ducs de Lorraine, des pèlerinages vinrent s’y développer

Bien des années après la destruction par les troupes françaises des fortifications de Vaudémont au XVIIème siècle sous ordre de Richelieu, on fit inscrire en 1873, soit deux après la défaite de la France contre la Prusse, sur l’autel de l’église Notre-Dame de Sion la mention « Ce n’est pas pour toujours » en patois lorrain. Ceci afin de traduire le renoncement de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine au Premier Reich. En 1920, lorsque l’Alsace-Moselle redevint française, ces mots furent recouverts d’une palmette dorée portant la phrase « Ce n’était pas pour toujours ». Depuis la fin de l’annexion au  IIIème Reich et par la même occasion de la Seconde Guerre Mondiale, une seconde croix repose à côté de la première avec cette fois l’intitulé, toujours en patois lorrain, « Maintenant c’est pour toujours ». Gageons que non pour la liberté de la Lorraine. Enfin, en 1973, à l’occasion du centenaire de la première inscription, on rajouta le mot « Réconciliation » en français.

Mais le monument le plus emblématique de la colline reste toutefois la basilique Notre-Dame de Sion, preuve que la butte demeure encore un sanctuaire dédié à la Vierge Marie et un haut lieu de culte faisant  toujours l’objet de pèlerinages. L’histoire de cet édifice religieux commence au Xème, époque à laquelle l’évêque Saint-Gérard de Toul construisit l’église de Sion et fit placer une statue de la Vierge derrière l’autel. C’est en 1306 que le huitième comte de Vaudémont, Henri III, fit bâtir le chœur actuel dans lequel fut placée la nouvelle statue de la Vierge allaitant l’enfant Jésus. En 1741, les religieux Tircelins dotèrent la basilique d’une nef plus grande permettant d’accueillir la foule des pèlerins. La statue monumentale de la Vierge trônant au sommet du clocher mesure 7 mètres et pèse 8 tonnes. Elle date de 1871 et fut fondue dans les ateliers de Vaucouleurs. A noter enfin que l’imposante tour de la basilique culmine à 45 mètres. Cette dernière revient de loin, car le 8 novembre 2003, un incendie dû à un court-circuit électrique la ravagea, causant d’importants dégâts et la dépose de la gigantesque statue. En 2007, après quatre années de restauration, la statue fut replacée au sommet de la basilique.

Un couvent et un cloître complètent le sanctuaire. Le couvent fut fondé par le Duc François II en remerciement de la Vierge de l’avoir aidé à retrouver le testament de René II établissant la loi salique en Lorraine. Bâti sur les vestiges d’un vaste complexe gallo-romain datant du IIème siècle, le couvent se compose de quatre corps entourant une cour centrale carrée. Le Conseil Général de la Meurthe-et-Moselle a récemment acquis l’ensemble du site dans le but d’y mener d’importants travaux de rénovation et d’embellissement, en partie achevés aujourd’hui. S’inscrivant dans un ambitieux projet de promotion, le département souhaite faire de ce site exceptionnel et emblématique un nouveau phare du tourisme en Lorraine. 

3 novembre, 2008 à 10:00


2 Commentaires pour “Le signal de Sion-Vaudémont ou la colline inspirée”


  1. MamLéa écrit:

    En géologie, on appelle cela plus exactement une « butte témoin ». C’est une partie du plateau ayant résité à l’érosion… il ne s’en est pas « détaché ».

    Les encrines sont les éléments de la « tige » qui fixait au fond de la mer, les animaux appelés crinoïdes, un peu comme les vertèbres d’une colonne vertébrale.
    Les étoiles que l’on touve près de la croix, ne sont pas in situ, mais dans les déblais d’une piste d’aterrissage construite par les américains (non loin de là où il y a les courses d’obstacle à cheval, chaque été).

    Un sentier balisé permet de faire un circuit intéressant autour de la colline et de s’y baigner dans ses légendes et son histoire.

  2. Refnaturel écrit:

    Bonjour,
    je suis nouveau ici j’aime vous lire ;)
    je voulais vous remercier pour votre super site internet !
    Bonne continuation
    —-
    Nicolaseo, Rien de mieux que le referencement naturel.


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