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La vérité cachée

Il est des lieux oubliés, perdus au plus profond de la conscience collective, des lieux que certains ne souhaitent pas voir ressurgir, ni mêmes évoqués. Le site de la Mothe en Bassigny situé aujourd’hui en Haute-Marne est l’un d’entre eux. Cette ancienne cité fortifiée demeure encore maintenant le symbole de la résistance lorraine face à l’envahisseur français. Qu’en reste t-il de nos jour ? Rien ou presque, à peine l’ombre d’un souvenir, puisque la ville fut complètement rasée puis recouverte d’une forêt sous Napoléon I er. C’est d’ailleurs ce dernier qui plaça volontairement le site de la Mothe en dehors de la Lorraine Aucune stèle, aucun monument digne de ce nom, ne rappelle ce fait d’arme majeur. Et pour cause. La Mothe représentait et représente toujours un danger potentiel.

C’est ce qu’avait très bien compris Napoléon, tout comme ses prédécesseurs. En effet, la puissante forteresse était une réelle menace pour les troupes françaises et constituait une pièce maîtresse dans l’organisation militaire du Duché de lorraine. En la rasant, en mettant tout en œuvre pour la faire disparaître de la mémoire collective, les Français voulaient anéantir bien plus que le simple danger militaire. Ils voulaient détruire toute forme de patriotisme lorrain, toute forme d’identité lorraine, toutes velléités indépendantistes. Et c’est ce qu’ils réussirent presqu’à faire, allant même jusqu’à s’approprier tout ou partie de la culture, des symboles et des emblèmes lorrains. Ce fut le cas entre autres de la croix de Lorraine, mise soudainement en avant pour faire face à une autre croix beaucoup plus ancienne et vidée également de son sens initial, la croix gammée, comme ce fut également le cas de certaines spécialités culinaires telles que le baba au rhum ou la tête de veau par exemple. Aujourd’hui, le monde entier s’émeut et s’indigne devant les récents évènements en Géorgie ou encore sur le sort du malheureux Tibet. Mais le peuple lorrain ne sait plus que sa véritable patrie connut un destin semblable. Certes, nous ne pouvons en aucun cas comparer le sort de la Lorraine, annexée en 1766 à la France, à celui de la Géorgie ou du Tibet, voire de la Tchétchénie,  mais un simple parallèle peut paraître véritablement troublant. Si cette annexion s’est plutôt réalisée en douceur à la mort de Stanislas en 1766, c’est parce que la guerre avait déjà été faite auparavant. Il y eu effectivement plusieurs conflits entre la France et les armées de Lorraine. C’est au cours de l’un d’entre eux au 17ième siècle, que l’on nomme communément la Guerre de Trente ans, sorte de gigantesque brasier européen, que la France, ce si beau pays qui aime donner des leçons aux autres en ce qui concerne les droits de l’homme, aidée de mercenaires suédois contribua à la mort d’environ 250 000 Lorrains, soit près de 50% – 60% de la population lorraine de l’époque. Si le terme de génocide pour la Lorraine peut certes apparaître un peu excessif aux yeux de certains, celui de massacre est quant à lui un peu faible. Mais, évidemment, on ne nous enseigne pas cela sur les bancs de l’école française, on préfère volontiers s’en cacher, surtout en Lorraine, et l’on comprend aisément pourquoi. La Lorraine a toujours servi de sorte de « glacis de protection » à la France face au monde germanique. C’est pour cette raison que les Français se sont constamment efforcés d’effacer tout ou partie des traditions et de l’identité lorraine. C’est ce qui peut au moins en partie expliquer à mon avis le fait que nombres de Lorrains sont si frileux pour défendre leur terre et en parler avec passion et fierté, et qui les poussent inconsciemment à imaginer un certain complexe d’infériorité par rapport aux provinces voisines. Face à l’ancien ennemi allemand, la France voulait une Lorraine fidèle et obéissante pour défendre le reste du pays. Puis, la France a exploité les richesses minières lorraines afin de se développer et devenir un puissant pays industriel. Aujourd’hui, alors que l’Allemagne est devenue une amie, un partenaire privilégié, solide et fiable, alors que la menace ne semblait plus pouvoir venir de l’Est, alors que le charbon et la minette de Lorraine ne peuvent plus supporter la concurrence mondiale, la France abandonne notre Lorraine comme une vulgaire chaussette trouée. Cela se concrétise de nos jours par la restructuration des armées, le refus du plan Campus en première instance que tentent de faire accepter certaines promesses illusoires, comme cela l’a été par le passé avec la fin de la sidérurgie et son soi-disant accompagnement vers une reconversion en pointillée. Vue de Paris, la Lorraine n’apparaît plus désormais que comme une terre habitée d’une population bien docile et dont le seul destin n’est autre que de devenir la décharge nucléaire de la France. Cette rapide esquisse historique pourra apparaître pour certains caricaturale. On ne peut pourtant changer l’Histoire, mais il est possible de la dissimuler à celui qui n’est pas curieux, à celui qui ne cherche pas à découvrir la vérité, à celui qui n’ose pas remettre en cause l’ « histoire officielle ». Il est grand temps que les Lorrains ouvrent les yeux et comprennent ce qui se passe chez eux depuis près de 250 ans… 

29 septembre, 2008 à 11:23


Un commentaire pour “La vérité cachée”


  1. bloggerslorrainsengages écrit:

    Après la réédition et la destruction de la ville lorraine, les Français ont empoisonné les citernes et sources avec de fortes doses de mercure. Il serait maintenant intéressant d’y faire des prélèvements 366 ans après.


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